Paris: Les quais du RER 15 fois plus pollués que les rues de la capitale

VIE SOUTERRAINE La pollution de l’air extérieur influe sur la qualité de l’air dans le réseau de transport en souterrain. L’Ile-de-France lance un appel à projets doté d’un million d’euros pour engager un assainissement…

Caroline Sénécal

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Le métro parisien, illustration.
Le métro parisien, illustration. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Dans les rues de la capitale, le dépassement du seuil de 50 microgrammes par mètre cube d’air de particules fines durant deux jours consécutifs, ou 80 microgrammes pendant un seul jour justifie la mise en place de la circulation alternée.
  • À la station de RER Auber, la moyenne de particules fines (PM10) atteint 330 µg/m³ sur les quais.
  • La pollution est brassée à chaque passage de métro sans être évacuée.

Il ne fait pas bon respirer l’air souterrain de Paris. Le constat est sans appel. Les gares et les enceintes souterraines des métros et RER ne sont pas épargnées par la pollution atmosphérique. Si les taux de dioxyde d’azote sont plus faibles qu’à l’extérieur, les souterrains contiennent des niveaux élevés de particules.

Au cœur de la capitale, le dépassement du seuil de 50 microgrammes par mètre cube d’air de particules fines pendant deux jours consécutifs, ou 80 microgrammes pendant un seul jour, justifie la mise en place de la circulation alternée. Une réglementation non valable dans le métro parisien. À la station de RER Auber, la moyenne de particules fines (PM10) atteint 330 µg/m³ sur les quais, et 50 μg/m³ dans les couloirs, selon la région Ile-de-France. Elle ne s’élève qu’à 20 µg/m³ dans la rue d’Auber. Certains jours à Châtelet, sur la ligne 4, la concentration en PM10 dépasse les 300 µg/m3. Tandis qu’à la gare RER Saint-Michel, ce taux de concentration culmine à 200 microgrammes par m3 entre 19 heures et 20 heures.

« Le métro se trouve envahi par la pollution extérieure »

La région Ile-de-France s’engage à lutter contre ce fléau. Elle lance un appel à projets doté d’un million d’euros pour engager un assainissement. Il relève d’un travail de collaboration entre la région, la ville de Paris, et la SNCF. L’objectif est d’effectuer un état des lieux de la pollution souterraine au cœur de différentes gares parisiennes pour trouver et tester de nouvelles technologies, pour trouver des solutions de piégeage ou de réduction à la source des polluants. L’appel à projets s’adresse aux acteurs de solutions techniques de dépollution souterraine : start-up, PME ainsi que les grands groupes.

L’expérimentation est suivie par Airparif. « Le métro se trouve envahi par la pollution extérieure avec les gaz d’échappement, souligne Charlotte Fougère, ingénieure au sein de l’association agréée par le ministère de l’Environnement pour la surveillance de la qualité de l’air sur l’ensemble de l’Ile-de-France. Elle provient des bouches d’aération. » Le freinage des rames constitue également une source de pollution : en suspension dans l’air, elle est brassée à chaque passage de métro sans être évacuée.

48.000 décès anticipés par an

Problèmes cardio-respiratoires, cardio-vasculaires, cancers… Avec la pollution extérieure et souterraine, Airparif évoque 48.000 décès anticipés par an dans la capitale. L’association tient les particules fines comme principale responsable de l’air pollué en sous-sol. « Ces petites poussières sont inférieures à dix micromètres, soit la taille d’une bactérie. Il s’agit de plus grosses particules que celles qui composent l’air extérieur, précise Charlotte Fougère. Il en existe de plus petites, de plus cancérigènes, équivalentes à la taille d’un virus et très dangereuses pour la santé. »

Les agents de la RATP, exposés de manière chronique, ainsi que les voyageurs, doivent pouvoir se déplacer dans de bonnes conditions. L’objectif de qualité d’air en Ile-de-France est de 30 microgrammes par m3 en moyenne annuelle, beaucoup moins que le niveau du RER. La valeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’élève à 20 microgrammes. « Il n’est pas nécessaire d’absorber beaucoup de fibres d’amiante pour déclarer une maladie, souligne Frédéric Le Goff, secrétaire de la CGT Métro-RER.

De la même manière, les usagers se trouvent tout autant exposés que les salariés et les conducteurs. » Pour le syndicat, le risque de cette exposition constitue le point le plus dangereux pour la santé. « L’amiante reste difficile à éradiquer. Il s’agit d’éléments très fins qui se sont installés, au fil des années, sur l’ensemble du réseau avec le déplacement des trains. » Les maladies se déclarent souvent une vingtaine d’années après la période d’activité des agents de la RATP. Les personnes les plus atteintes sont principalement des retraités.

Les professionnels plus exposés

« Les fibres sont tellement fines, que porter un simple masque ne suffit pas », précise Frédéric Le Goff. La question des pratiques à adopter pour les usagers et les travailleurs, afin de réduire leur exposition à la pollution souterraine, reste sans réponse. Il n’existe aucune norme en matière de particules dans les espaces souterrains. Le texte du Code du travail est clair : « dans les locaux à pollution spécifique, les concentrations moyennes en poussières totales et alvéolaires de l’atmosphère inhalée par un travailleur, évaluées sur une période de huit heures, ne doivent pas dépasser respectivement 10 et 5 milligrammes [soit 5.000 microgrammes] par mètre cube d’air ». Pour rappel, la circulation alternée est mise en place à partir de 80 microgrammes de particules fines pendant un seul jour.

Dès jeudi soir, les résultats des données de qualité de l’air dans les transports en commun seront accessibles en temps réel sur le site de la RATP. Depuis 2004, le groupe mène des campagnes de renouvellement de ses ventilateurs, rapporte Le Parisien : 342 appareils ont été installés dans les couloirs du métro. Une manière innovante de renouveler l’air d’un tunnel d’un kilomètre en seulement huit minutes.

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