A Paris, un bistrot redonne confiance aux trisomiques et aux autistes

SOLIDAIRE Le café Joyeux, qui ouvre ses portes ce jeudi à Paris, emploie une vingtaine de serveurs autistes et trisomiques…

Caroline Sénécal

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Emmanuel, jeune trisomique, apporte exceptionnellement son aide en cuisine.
Emmanuel, jeune trisomique, apporte exceptionnellement son aide en cuisine. — Caroline Sénécal/20Minutes
  • Le café Joyeux emploie une vingtaine de serveurs et cuisiniers handicapés mentaux.
  • L’objectif est de redonner confiance aux personnes handicapées et de changer les regards.
  • Un premier café a été ouvert à Rennes.

Ne pas faire de la question du handicap, une simple affaire de quota. Telle est l’ambition du nouveau café Joyeux qui ouvre ses portes ce jeudi dans le quartier Opéra (IIe arrondissement), en plein cœur de Paris. Ici, toutes les viennoiseries et pâtisseries proposées sont faites maison.

Mais si ce coffee shop se distingue des autres, c’est avant tout par son état d’esprit : la vingtaine d’employés, en cuisine comme en salle, souffre de troubles mentaux et cognitifs, notamment de trisomie ou d’autisme. L’objectif est double :  redonner confiance et dignité aux personnes souffrant d’un trouble mental et faire changer le regard sur le handicap.

90 % des handicapés mentaux sont sans emploi

L’idée a germé en 2011 dans l’esprit de l’entrepreneur breton Yann Bucaille Lanrezac lors d’une sortie en mer avec son association Eméraude solidaire, qui œuvre pour l’insertion des personnes exclues. Ce touche-à-tout se retrouve désœuvré face à un jeune autiste lui demandant un emploi. « Je me suis alors demandé ce que je pouvais mettre en place pour proposer un travail en milieu ordinaire à des personnes handicapées. »

Le constat est sans appel : 90 % des handicapés mentaux sont sans emploi. L’entrepreneur s’oriente vers la restauration, un métier « passion » qui demande précision et exigence, il s’entoure d’Olivier, responsable-restauration et de Grégoire, éducateur spécialisé. Fin 2017, Yann Bucaille Lanrezac lance son premier café Joyeux à Rennes avant d’importer le concept à Paris. Lille et Lyon pourraient rapidement suivre le pas.

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« Si tu as envie de travailler, c’est que tu es capable de le faire »

Ce mardi, derrière les portes en verre de ce bistrot modernisé, l’heure est aux derniers réglages avant l’accueil des clients. « J’adore le travail, souligne fièrement Emmanuel, jeune serveur trisomique. Nous travaillons avec des professionnels qui ont le sourire. Si tu as envie de travailler, c’est que tu es capable de le faire. Grâce à cette autonomie et au groupe, j’acquiers confiance et responsabilité. » Quelques ajustements ont dû être mis en place pour faciliter le travail des uns et des autres. Ainsi, chaque consommateur récupère un « ticket-cube » - une sorte de gros Lego de couleur – après sa commande qui permet aux serveurs handicapés d’associer plus facilement une commande à une table.

Le café Joyeux à Paris
Le café Joyeux à Paris - Caroline Sénécal

Le temps de travail est également adapté en fonction des pathologies des employés. Mais à Rennes, certains ont démarré avec des contrats de 17 heures et ont réclamé, au bout de quelques semaines, plus d’heures. « Nous préférons commencer doucement pour ne pas fatiguer la machine. Mais cette augmentation reste l’un des bons indicateurs de la réussite », assure Olivier, le responsable restauration. A Rennes, certains parents de ces employés hors du commun sont également venus confier le changement d’attitude de leurs enfants. Plus enthousiaste, plus communicatif, plus investi dans la vie de famille. « Nous savons que nous n’allons pas révolutionner le monde, conclue le concepteur de Joyeux. Mais nous voulons montrer que c’est possible. »

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