Paris: plombier molesté, un mandat d’arrêt contre la sœur du prince héritier saoudien

JUSTICE En septembre 2016, un plombier d’origine égyptienne était venu faire des travaux dans l’appartement de la princesse Hassa bint Salmane…

C.S. avec AFP

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Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors de sa rencontre avec Theresa May
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors de sa rencontre avec Theresa May — Dan Kitwood

Un mandat d’arrêt a été émis par la justice française, à l’encontre de la sœur du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS). La princesse Hassa bint Salmane est soupçonnée d’avoir ordonné à son garde du corps de frapper et d’humilier un artisan. L’homme effectuait des travaux dans son appartement parisien.

Il a été délivré fin décembre par une juge d’instruction parisienne, selon une information du Point.

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L’épisode intervient alors que MBS doit effectuer une visite en France à une date encore non déterminée. Selon une source diplomatique, elle devrait avoir lieu « courant avril ». À 32 ans, il se présente comme le champion d’un islam modéré, tolérant et ouvert. Il mène depuis moins de deux ans une politique de réformes drastiques sur le plan économique, social et sociétal qui bouleverse les habitudes du royaume saoudien ultra-conservateur.

Le plombier roué de coups

Interrogé jeudi sur d’éventuelles répercussions diplomatiques de cette affaire, impliquant la sœur du prince héritier, le ministère français des Affaires étrangères n’a pas souhaité faire de commentaire.

En septembre 2016, un plombier d’origine égyptienne était venu faire des travaux dans l’appartement de la princesse de 42 ans, avenue Foch, dans les beaux quartiers parisiens. D’après son récit, il prenait une photo de la pièce où il devait intervenir, lorsqu’il a été accusé de réaliser des clichés volés pour les vendre à des médias.

Mécontente, la sœur de l’homme fort de Ryad, avait alors, selon les dires de l’ouvrier, donné l’ordre à son garde du corps de le frapper. L’artisan affirme avoir été roué de coups, notamment au visage, et humilié. Le garde du corps lui aurait notamment intimé l’ordre de s’agenouiller, les mains ligotées, pour baiser les pieds de la princesse.

Au bout de plusieurs heures, il avait pu quitter l’appartement sans son matériel qui lui a été confisqué. Le garde du corps, a été mis en examen le 1er octobre 2016 pour « violences avec arme », « séquestration », « vol » et « menaces de mort ».

La fille unique du roi d’Arabie saoudite avait été placée en garde à vue. Mais elle avait recouvré la liberté deux heures plus tard à la demande du parquet. Elle était ensuite retournée dans son pays, avançant qu’elle était protégée par une immunité diplomatique qu’en fait, elle ne possédait pourtant pas, selon une note du Quai d’Orsay révélée par le Point.

La famille saoudienne, habituée de la justice

Ce n’est pas la première fois que la famille royale saoudienne a des démêlées avec la justice française. En mars 2013, cette dernière avait ordonné la saisie conservatoire de biens acquis en France par Maha al-Sudaïri, épouse répudiée de l’ancien prince héritier Nayef ben Abdelaziz Al Saoud (décédé en juin 2012), en raison d’impayés.

La princesse avait fait parler d’elle lors d’un séjour à Paris, entre le 22 décembre 2011 et le 17 juin 2012, en tentant de quitter l’hôtel de luxe Shangri-La en compagnie de sa suite d’une soixantaine de personnes, laissant au passage une ardoise de près de 6 millions d’euros.

Au Royaume-Uni, un des nombreux petits-fils de l’ancien roi Abdallah d’Arabie saoudite avait été condamné en 2010 à la prison à vie pour le meurtre d’un domestique qu’il traitait en « souffre-douleur », après une soirée de la Saint-Valentin arrosée et à connotation « sexuelle », selon la justice britannique.