Municipales 2020 à Paris: En pleine tempête, Hidalgo «en mode reconquête», En Marche à la manœuvre

POLITIQUE Les élections municipales se dérouleront dans deux ans. Une échéance qui est déjà dans de nombreuses têtes à Paris…

Romain Lescurieux

— 

Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux, en 2017
Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux, en 2017 — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • Les élections municipales se dérouleront dans deux ans.
  • Après la décision du tribunal administratif d’annuler la fermeture à la circulation des voies sur berge rive droite, la maire PS de Paris Anne Hidalgo, peut-être affaiblie mais toujours « déterminée ».
  • Dans l’ombre, les macronistes s’organisent.

« Anne Hidalgo va perdre en 2020 », tacle d’emblée Florence Berthout, cheffe de file LRI (Les Républicain et Indépendants) à l’occasion d’un déjeuner presse, organisé début février, à deux pas de l’Hôtel de Ville. Quelques jours plus tard, le Conseil de Paris débute avec comme thème principal la propreté dans la capitale.

C’est la quatrième fois que le sujet revient sur le tapis, depuis le début de la mandature. Et pour cause. Anne Hidalgo en fait un « terrain prioritaire » en vue des prochaines élections municipales, tant le sujet est le point noir de sa mandature. C’est aussi une thématique, dans laquelle l’opposition n’hésite pas à s’engouffrer pour ouvrir le feu. Et se placer en pleine tempête, après la décision du tribunal administratif d’annuler la fermeture à la circulation des voies sur berge rive droite.

>> Lire aussi. Paris: Le tribunal administratif annule la fermeture à la circulation des voies sur berge rive droite

Tirs en série

« Le bilan d’Anne Hidalgo est objectivement très mauvais, si l’on regarde l’état calamiteux des finances parisiennes et la dégradation de la qualité de vie avec les indices de pollution et de saleté qui se dégradent sans cesse », réagit Marie-Laure Harel (LREM) présidente du groupe « Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants ». Même son de cloche chez LRI.

>> Lire aussi. Paris: Nouvelle présidente LR, Florence Berthout veut s'opposer «sans concession» à Anne Hidalgo

« Il y a un énorme décalage entre les annonces et la réalité du terrain. En fait, il n’y a pas de pilote dans l’avion. Paris est dégueulasse, il y a une baisse du pouvoir d’achat, les crèches ferment et des familles quittent la capitale », s’insurge Florence Berthout, alors de retour d’un séminaire dans les Yvelines, au cours duquel elle a commencé à élaborer avec sa formation politique « un contre-programme » à destination de 2020.

« Propreté, affichage, Vélib', Grande roue, marché de Noël, et maintenant voies sur berges. Je ne sais pas si, comme le disait Jacques Chirac, les emm… ments volent en escadrille, mais pour Anne Hidalgo… c’est la Patrouille de France ! », twittait mercredi soir Eric Azière, président du groupe UDI-MoDem au Conseil de Paris. Et puis, il y a la « méthode Hidalgo » qui est aussi pointée du doigt.

« Elle a une manière de faire extrêmement sectaire et autoritaire, à l’opposé de son prédécesseur, Bertrand Delanoë, qui respectait l’opposition et ne fermait jamais la porte au débat », abonde Marie-Laure Harel. À cela, s’ajoutent des sondages en berne (dans le dernier baromètre Elabe pour Les Échos et Radio classique, datant de février, Anne Hidalgo recueille 18 % d’opinions favorables) et certaines polémiques ( soupçons d’emplois fictifs, commande d’un rapport sur la propreté à 224.580 euros). A l’Hôtel de ville, on assure se tenir loin de ce « parasitage » et du « Hidalgo bashing » issu notamment « d’une certaine presse très offensive ». Après une année 2017, jugée « difficile », voire « morose » en fin d’année dans les couloirs de la mairie, l’édile entend remobiliser ses troupes et se recentrer sur ses administrés.

Anne Hidalgo sur un tronçon de la Petite ceinture dans le 13e arrondissement.
Anne Hidalgo sur un tronçon de la Petite ceinture dans le 13e arrondissement. - R.LESCURIEUX

Objectif « terrain » et retour de « l’homme qui chuchote »

« Elle est mode reconquête des Parisiens avec plusieurs sorties sur le terrain. L’année 2018 est cruciale », souffle-t-on à l’Hôtel de Ville où certains adjoints se seraient agacés de ses trop nombreux déplacements à l’étranger. Plus récemment, des mésententes se seraient également cristallisées avec son premier adjoint, Bruno Julliard. « Elle s’est construit une stature internationale. Désormais, elle doit incarner davantage une maire de Paris qu’une ministre des affaires étrangères bis », ajoute-t-on. En octobre, elle a opéré le remaniement de ses adjoints pour aborder cette seconde partie de mandat. Et du changement s’organise également au plus près d’elle, en vue de l’échéance électorale.

>> Lire aussi. Paris: Anne Hidalgo opère son remaniement

Jean-Marie Vernat, directeur de l’information et de la communication (DICOM) est en effet récemment revenu au cabinet de la maire. Un poste qu’il connaît bien. Cet homme discret, qui fait partie de la garde rapprochée d’Anne Hidalgo, est son ancien directeur de cabinet lorsqu’elle était adjointe chargée de l’urbanisme. Après la bataille des municipales, l’homme derrière « Oser Paris » devient son « conseiller politique », avant de rejoindre la « com' » désormais dirigée par une ancienne d’Air France. « Jean-Marie Vernat, c’est l’homme qui chuchote à l’oreille d’Hidalgo », précise une source interne. Car la « menace Macron » est aux portes du Château.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, le 23 mars 2015
La maire de Paris, Anne Hidalgo, le 23 mars 2015 - SIPA PRESS

« Ça ne peut que faire peur quand on regarde les résultats parisiens lors de l’élection présidentielle. Elle est consciente que ça va être difficile mais elle trace sa route, sans se poser la question de qui va incarner cette menace ». », ajoute-t-on.

>> Lire aussi. Passe Navigo, Vélib', écologie… Que réserve Anne Hidalgo pour l’année 2018?

La question de la candidature d’Anne Hidalgo ne semble pas faire débat mais quand l’annoncera-t-elle ? « Le plus tard possible », murmure-t-on dans les couloirs. « Elle va laisser les gens s’agiter. Pour le moment c’est Jean-Marie Vernat qui y pense pour elle ». D’autant qu’en coulisses, les marcheurs s’affairent.

« En Marche » branché sur Telegram

La Bellevilloise (XXe arrondissement), un soir de janvier. De nombreux macronistes parisiens affluent dans ce centre artistique et culturel, pour une soirée de lancement de « pré pré-campagne » afin de se « fédérer », indique une source interne au mouvement parisien, précisant : « Ça se structure petit à petit ». Depuis, élus, référents d’arrondissement, militants, s’échangent de nombreux messages sur le réseau crypté Télégram. Prochainement, 15 groupes de travail vont se former autour de quatre grandes thématiques parisiennes : emploi, vivre-ensemble, jeunesse-culture, smart city. Objectif : « Mener une réflexion sur une méthode et travailler sur un programme ». Un mot d’ordre : « pas d’opération démolition en direction d’Hidalgo ». Et un nom ?

Benjamin Griveaux, porte-parole de la REM et candidat aux législatives à Paris, le 31 mai 2017 avant un meeting.
Benjamin Griveaux, porte-parole de la REM et candidat aux législatives à Paris, le 31 mai 2017 avant un meeting. - Philippe LOPEZ / AFP

Celui de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, circule régulièrement. Mais pour le moment, personne ne s’avance. « C’est certain, il y aura une personne En Marche car Paris est une ville importante mais nous ne sommes pas encore au stade de la candidature », tranche Julien Bargeton (LREM, ancien adjoint d’Anne Hidalgo), non loin de son nouveau bureau de sénateur, en attendant les municipales ? « Tout le monde peut avoir des ambitions et elles sont légitimes », distille-t-il. De son côté, Marie-Laure Harel est déjà prête à soutenir le candidat tamponné LREM.

>> Lire aussi. LREM: Les 5 chantiers qui attendent Castaner à la tête du parti macroniste

« Notre groupe rassemble aujourd’hui différentes sensibilités de droite modérée. Certains d’entre nous, comme moi, ont clairement basculé chez En Marche et soutiendront de toutes leurs forces le candidat qui recevra le soutien d’Emmanuel Macron, donc potentiellement Benjamin Griveaux. Le principe, dans mon groupe, c’est la liberté de parole et d’action, donc chacun soutiendra le candidat qui lui semble le plus approprié ». Côté calendrier, Julien Bargeton, l’assure : « Nous allons rentrer dans le dur entre cet été et l’été prochain ».