Procès: Jawad Bendaoud relaxé, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen condamnés à 5 et 4 ans de prison

JUSTICE Le parquet a d'ores et déjà annoncé son intention de faire appel...

Caroline Politi

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Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris.
Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Le procureur avait requis cinq ans de prison contre Youssef Aït Boulahcen pour « non dénonciation de crime ».
  • Il avait également demandé quatre ans contre Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah pour « recel de malfaiteurs ».

Une nouvelle fois, Jawad Bendaoud a manqué de flair. « Je parie à 80 % que je vais être condamné, il y a l’opinion publique et les familles des victimes », avait-il confié mercredi dernier, lors de son ultime déclaration, avant que le tribunal se retire pour délibérer. Mais cette fois-ci, l’erreur a été en sa faveur. Au terme d’un procès hors-norme, celui-ci qui fut bien mal surnommé « le logeur de Daech » a été relaxé ce mercredi. « Il n’a pas été prouvé que Jawad Bendaoud a fourni un hébergement à deux individus qu’il savait être des terroristes du 13 novembre », a justifié la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel, Isabelle Prévost-Desprez.

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La magistrate a néanmoins fustigé sa cupidité. « C’est l’appât du gain qui a fait taire vos doutes sur les deux personnes que vous alliez héberger. » Qu’importe. L’intéressé, en veste de jogging rouge à l’effigie du PSG, ne peut contenir sa satisfaction. Un instant stupéfait, il lève le poing en signe de victoire lorsqu’il comprend qu'il vient d'être innocenté puis embrasse l’un de ses avocats, Xavier Nogueras, sur le front. « On salue l’indépendance et le courage du tribunal, ce n’est pas une décision qui allait de soi », s’est félicitée son avocate historique, Marie-Pompei Cullin, très émue par la décision. Selon une source judiciaire, il sortira donc dès ce soir de détention. Le parquet, qui avait requis quatre ans à son encontre, a néanmoins annoncé en fin de journée son intention de faire appel.

Cinq ans de prison pour Mohamed Soumah

Si Jawad Bendaoud a été relaxé, il n’en fut pas de même pour les deux autres prévenus. Mohamed Soumah a écopé de la plus lourde peine, cinq ans de prison avec maintien en détention (quatre ans de prison avait été requis). Si aux yeux de la magistrate, il n’était qu’un « élément rapporté » du dossier, qu’il n’a été impliqué ni dans la préparation des attaques de Paris ni dans de nouveaux attentats, il ne pouvait ignorer que « les deux terroristes étaient des fugitifs liés aux attentats du 13 novembre ». La présidente a rappelé qu’au cours des deux jours qui ont précédé l’assaut, il a échangé à de multiples reprises avec Hasna Aït Boulahcen, qui a joué les intermédiaires avec les terroristes. « Votre action se fait en connaissance de cause et de votre volonté de faire échapper des terroristes. »

Le frère d’Hasna Aït Boulahcen, Youssef, le seul à comparaître libre, a quant à lui écopé de quatre ans de prison dont un avec sursis, sans toutefois que cette peine soit assortie d’un mandat de dépôt. A de multiples reprises, Isabelle Prévost-Desprez a fustigé « sa mauvaise foi », notamment concernant sa radicalisation. Détaillant les échanges téléphoniques qu’il a eus avec sa sœur au cours des 48 heures qui ont précédé l’assaut, la magistrate a estimé qu’il ne pouvait ignorer que son cousin, Abdelhamid Abaaoud, était en contact avec sa sœur. Le prévenu l’écoute, impassible, presque insaisissable, comme il le fut tout au long du procès. Le ministère public avait requis la peine maximale, cinq ans de prison pour « non-dénonciation de crime. Dans son réquistoire, le procureur avait fustigé le « silence complice » du jeune ambulancier « parfaitement radicalisé ».

« Décision mesurée » ou « parodie de justice »

La décision du tribunal de relaxer le prévenu le plus médiatique a été vécue par certains proches de victimes comme une véritable trahison. « C’est un scandale, j’avais confiance en la justice et tout ceci n’a été qu’une parodie », s’est écrié le père d’une victime du Bataclan. Pour d’autres en revanche, ce jugement est mesuré. « La décision est parfaitement logique, la justice a tiré toutes les conséquences des charges qui pesaient sur les différents prévenus », a déclaré Me Oliver Morice, avocat de 18 familles. « C’est logique, le tribunal a été juste », a estimé Bilal, grièvement blessé par les terroristes au Stade de France, désormais cloué sur son fauteuil roulant. Quelques minutes auparavant, dans la salle d’audience, il avait lancé à l’intention de Jawad « Tiens-toi tranquille, maintenant ».