Rats à Paris: «Ils sont même utiles en termes de propreté», explique un expert en hygiène et sécurité

INTERVIEW Pierre Falgayrac, expert en hygiène et sécurité, explique à « 20 Minutes », l’utilité des rats à Paris…

Mélanie Costa

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Un rat à Paris
Un rat à Paris — Francois Mori/AP/SIPA
  • A Paris, 75 à 80 % des rats vivent dans les égouts et sortent très peu de leur logement.
  • La moitié d’entre eux sont résistants aux poisons utilisés pour les exterminer ou les stériliser.
  • Les rats auto-régulent leur population en fonction de la nourriture disponible.

A Paris, le débat sur les rats est virulent. A tel point que les rongeurs se sont déjà invités au Conseil de Paris où les communistes veulent leur extermination. De leurs côtés, les Républicains souhaitent leur stérilisation. A la Ville, on explique ne pas être « favorable à une extermination » et ne voit « pas comment on peut y arriver ». Début janvier, un éboueur avait filmé des rats dans une benne à ordure à Paris, une vidéo qui avait fait polémique.

Pierre Falgayrac, expert en hygiène et sécurité, formateur, et auteur du Grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles ou bio-agresseurs humains (Lexitis, 2017), tranche et explique à 20 Minutes l’utilité des rats pour la propreté de la ville.

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A Paris, Les Républicains sont pour une stérilisation des rats tandis que les communistes veulent leur extermination. Que pensez-vous de ces deux idées ?

Aucune de ces idées n’est pertinente et, surtout, réalisable. La stérilisation consiste à faire consommer aux rats un appât contenant le principe actif. C’est donc la même technique que l’appâtage empoisonné aux anticoagulants. Vu l’inefficacité de la chose, la stérilisation n’a aucune chance de fonctionner.

Une étude récente de l’Inra-VetAgroSup dans le parc des Chanteraines, dans les Hauts-de-Seine a montré que tous les rats avaient consommé des anticoagulants mais pas en quantité suffisante pour mourir, puisqu’ils ont été capturés vivants. La moitié d’entre eux étaient même résistants aux anticoagulants : la prise répétée de doses non létales agit en effet comme un vaccin. Ce serait un comble que les rats deviennent résistants aux stérilisants…

Quant à l’extermination d’une espèce qui était présente avant nous sur la Terre… Non seulement c’est impossible, mais en plus non souhaitable, vu leur utilité.

Pensez-vous qu’il faille tout de même réguler le nombre de rats dans les villes ?

Oui, il faut les réguler. Partout où il y a moins d’un rat par habitant, les nuisances sont moindres. Ils sont même utiles en termes de propreté de la ville. Les rats mangent 25 grammes de déchets par jour. Chacun d’entre eux nous débarrasse donc de 9 kilos de déchets au cours de sa vie [La durée de vie moyenne d’un rat est d’un an]. Cependant, quand le nombre de rats par habitant s’approche de 2, des problèmes surviennent, comme le grignotage des câbles électriques, les affaissements de trottoirs et chaussées. Ils deviennent également plus visibles pour la population.

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75 à 80 % des rats résident dans les égouts. Le problème est que très peu de villes réussissent à réguler de la bonne manière la population de rats. Ils ne sont pas uniformément répartis dans les égouts car ils se concentrent près des sources d’alimentation en surface. Un traitement efficace doit donc être circonstancié et suivi, et ne doit pas ressembler à « un appât tous les deux avaloirs et puis s’en va… »

Est-il possible que la population des rats augmente à Paris ?

Non. Cela ne s’est d’ailleurs jamais vu. Les rats stabilisent eux-mêmes leur population en fonction des ressources vitales disponibles (nourriture et opportunité de nidification) : les femelles dominantes refusent de se faire couvrir et écartent les mâles des jeunes femelles en chaleur. Ainsi, la population de rats se régule d’elle-même.

Y a-t-il des époques où la population de rats a été plus ou moins importante dans la capitale ?

Non. Tant que les ressources vitales sont stables, le nombre de rat l’est aussi. Le seul événement qui provoquerait une prolifération serait une grève des éboueurs qui durerait plus d’une semaine. Et encore, le temps que les femelles soient fécondées et que les petits soient sevrés, le nombre de rats augmenterait significativement un mois et demi plus tard.

Quelles sont les conséquences d’une crue de la Seine sur le nombre de rats ?

Les plus jeunes et les plus faibles meurent dans leurs terriers inondés. Les survivants sont délogés et partent immédiatement à le recherche de nourriture (un rat consomme quotidiennement l’équivalent de 10 % de son poids). S’ils en trouvent, ils chercheront à nidifier au plus près. Si d’autres colonies de rats sont déjà installées près de cette source de nourriture, elles chasseront les migrants. Des rats sont donc plus visibles lors des inondations parce qu’ils sont délogés de leurs terriers, mais ils ne sont pas plus nombreux.