Internet, jeux, lecture, télé… Bibliothèques sans frontières propose des box pour divertir les SDF

REPORTAGE Depuis le 22 janvier et jusqu’au 28, le gymnase Les Vignoles (XXe arrondissement) accueille des sans-abri durant la nuit. Là, ils peuvent se détendre, se doucher, jouer ou encore aller sur Internet grâce à Bibliothèques sans frontières et à la mairie de Paris…

Camille Obry

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Le gymnase des Vignoles accueille ce mercredi soir une centaine de personnes.
Le gymnase des Vignoles accueille ce mercredi soir une centaine de personnes. — C.OBRY
  • Dans le gymnase, les sans-abri peuvent lire, jouer et aller sur Internet grâce à des box mises à leur disposition.
  • Chacun vaque à ses occupations, dans une ambiance silencieuse.

La nuit tombe dans le XXe arrondissement de Paris. Le gymnase Les Vignoles, lui, s’allume. A l’intérieur, une centaine de lits de camp avec des couvertures et un écran géant mis à disposition exceptionnellement pour ce mercredi soir. « La ville de Paris, par le biais de son centre d’action sociale [CASVP] organise des hébergements de novembre à mars dans le cadre de la trêve hivernale, explique Enora Hamon, responsable des opérations de Bibliothèques sans frontières France. Le système est le suivant. Chaque gymnase de la ville est réquisitionné pendant trois semaines et ouvre la nuit pour accueillir les sans-abri. » Cette semaine, seuls des hommes sont accueillis, par mesure de sécurité. Dans le gymnase, on trouve également quatre grosses caisses à destination des SDF. Ceux-ci y trouvent de quoi lire, jouer et accéder à Internet.

L’IdeaBox, la médiathèque en kit

L’association Bibliothèques sans frontières, qui collabore avec le CASVP depuis deux ans, apporte une nouvelle initiative dans les gymnases ouverts durant l’hiver : l’IdeaBox, composée de quatre modules : bleu, jaune, vert et orange. Chacun a ses spécificités. La jaune propose des tablettes et des ordinateurs avec le Wi-Fi, permettant aux hommes de contacter leur famille ou d’aller sur Internet. « Un m’a demandé une fois de l’aider à créer sa boîte mail », témoigne Enora Hamon.

Des livres sont à la disposition des sans-abri.
Des livres sont à la disposition des sans-abri. - C.OBRY

La verte comporte des jeux de société, des plus classiques comme les dames ou les échecs, au plus récent comme Dobble. La bleue, c’est la box de la télé. Ce soir, il n’y en a pas besoin car Loca Image et la mairie de Paris ont prêté un grand écran et un vidéoprojecteur pour un test. La boîte orange comporte, elle, des livres, que les sans-abri peuvent garder avec eux s’ils le veulent. Ce sont des dons de la BSF.

Des sans-abri qui ont leur « chambre »

Le partenariat entre l’association et le centre d’action sociale de la ville de Paris est arrivé « par hasard », selon Enora Hamon. « Une personne du CASVP a entendu parler des projets de BSF. Et en début d’année dernière, on a organisé trois soirées, en mars, dans un gymnase. On recommence cette année pendant deux semaines dans deux gymnases différents. » Du 15 au 21 janvier, c’est le gymnase Hautpoul (XIXe) qui a été mis à contribution. Depuis le 22 janvier, c’est celui des Vignoles qui a pris la relève. Il accueille ce mercredi soir, une centaine d’hommes démunis, « dix de plus que d’habitude ». A l’entrée, un repas chaud est distribué dès l’arrivée des sans-abri, qui viennent au compte-gouttes. Un kit d’hygiène leur est également offert, avec shampoing et gel douche, qu’ils peuvent utiliser dans les douches du gymnase mises à disposition.

Des sans-abris jouent à des jeux de société avec les bénévoles.
Des sans-abris jouent à des jeux de société avec les bénévoles. - C.OBRY

Au fur et à mesure, les sans-abri rentrent dans la partie du gymnase où les lits sont mis à leur disposition. Fatigués, certains s’allongent dans un endroit où la dure loi de la rue n’est plus. D’autres profitent du matériel numérique mis à disposition pour naviguer sur Internet et recharger leur téléphone. Tout se fait dans le silence. Chacun reste dans sa bulle. Certains vont eux jouer au Puissance 4 ou aux dames avec les bénévoles. Là, ils peuvent oublier les soucis du quotidien. Un sans-abri d’une vingtaine d’années est même ravi de pouvoir avoir « sa chambre » comme il l’appelle. Ce soir, un film est projeté à 19 h 30. Le choix est laissé aux sans-abri entre Le sel de la terre, Bébés et Mary and Max. Finalement c’est le documentaire sur le photographe Sebastiao Salgado Le sel de la terre qui est choisi.

L'IdeaBox jaune, qui comporte tablettes et ordinateurs, est prise d'assaut.
L'IdeaBox jaune, qui comporte tablettes et ordinateurs, est prise d'assaut. - C.OBRY

Jusqu’à 23 heures, les hommes sont libres de jouer, parler, écouter de la musique et dormir. Après cet horaire, les lumières du gymnase Les Vignoles s’éteignent et les bénévoles s’en vont. Le lendemain matin, les personnes hébergées par tôt. « C’est quasi militaire », commente Enora Hamon. Pendant la journée, le gymnase est entièrement nettoyé et désinfecté, avant que recommence une autre soirée.