Rats, poubelles, propreté... «Les Japonais sont choqués de l’état de Paris»

INTERVIEW Virginie Milliot, maître de conférences au département d’anthropologie de l’université Paris Nanterre livre à «20 Minutes» son analyse sur la propreté parisienne…

Camille Obry

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Les poubelles s'entassent à Paris.
Les poubelles s'entassent à Paris. — R.LESCURIEUX
  • Paris est une ville dense – plus de 2.000 habitants/m²–, avec une telle densité, une ville devient de plus en plus sale.
  • « Il y a un problème global sur Paris avec la question de l’entretien de l’espace », explique Virginie Milliot, anthropologue.

Rats, sapins de Noël laissés sur les trottoirs, poubelles renversées, odeurs (parfois nauséabondes)… Paris n’est pas un modèle de propreté. Lundi, une vidéo choc tournée par un éboueur montre des dizaines de rats entassés dans une poubelle.  Virginie Milliot est maître de conférences au département d’anthropologie de l’université Paris Nanterre. Elle développe depuis 2006 des recherches sur les conflits d’espaces publics à Paris. Pour 20 Minutes, elle donne un avis sociologique sur la propreté et la saleté à Paris

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Notre tolérance à la saleté est-elle plus faible aujourd’hui qu’il y a un siècle ?

Cela dépend dans quelles perspectives on se place. Il y a une évolution. Si on imagine ce qu’était Paris au XVIIIe siècle et aujourd’hui, il y a une réalité différente. Les normes de gestion des espaces publics ont changé. L’idéal est beaucoup plus lisse, propre et homogène, loin de la réalité. Si on regarde dans le métro il y a quelques années, les normes de propretés ont beaucoup évolué.

On dit souvent que les touristes ne font pas attention car ils ne sont pas chez eux. Le développement du tourisme a-t-il une influence sur la propreté de la capitale ?

Les étrangers qui vivent à Paris, les touristes japonais sont choqués de l’état de Paris, qui est une ville assez sale avec des trottoirs mal entretenus, des mégots de cigarettes par terre. Mais suivant d’autres regards, la ville ne paraîtra pas sale. Il y a un idéal d’espace public qui soit absolument propre. Mais la rue, ce n’est pas la maison. C’est un espace d’ajustement, de friction, de négociation. C’est un espace partagé.

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La saleté parisienne est-elle due au comportement des individus qui jettent leurs déchets ?

Paris est une des villes les plus denses d’Europe et produit donc des déchets. On doit se poser les questions de la production et la gestion de ces déchets. Mais aussi du seuil de tolérance en ce qui concerne les usagers eux-mêmes et les normes de l’espace public. Pour certains, des traces sont des signes de désordre. Il y a une évolution récente.

Il y a 10 ans, la question se posait autrement. Et la solution pour les uns n’est pas celle des autres. Il y a un problème global sur Paris avec la question de l’entretien de l’espace. Nettoyer, c’est évacuer un certain nombre d’objets au dehors. Quand on a des quartiers envahit par des déchets, c’est souvent un signe. Dans les quartiers débordés, les services de la mairie de Paris ne peuvent pas faire grand-chose. C’est un effet de la densité. Il y a aussi un problème de cohabitation. Les questions de saleté peuvent être révélatrices d’une difficulté de vivre ensemble.

Peut-on dire que la hausse de la population fait qu’il y a plus de déchets ?

De près, on ne peut pas donner une explication aussi générale. Il faut regarder dans chaque quartier ce qu’est la saleté. Dans des quartiers, on parle de saleté car des gens utilisent l’espace public comme un lieu de socialisation et créent du bruit. La société produit de plus en plus de déchets. On pense que quelqu’un est là pour les ramasser donc on ne fait pas d’effort. C’est lié à notre mode de vie. On produit énormément de déchets.

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Selon vous, il faut changer les mentalités pour que la propreté évolue ?

Il y a des modèles très différents dans les pays. Il n’y a pas le même rapport à la rue. Dans des écoles étrangères, on responsabilise les enfants. On leur enseigne que c’est de notre responsabilité. Cela ne peut être qu’une bonne solution. Paris ce n’est pas que les habitants, c’est qu’il y a une masse énorme de visiteurs.

La politique joue-t-elle sur la propreté ?

Oui, cela passe par la politique. Sur le quartier de la Goutte-d’Or (XVIIIe arrondissement), il y a des services de voiries qui sont pointés du doigt par les habitants. Mais ils font un travail énorme. Le problème, c’est qu’on demande au service de voiries de régler des problèmes qui ne sont pas de leur ressort. On va leur demander de nettoyer des « bidonvilles ». Il y a un problème politique en amont. Il faut trouver une solution sociale et économique pour mettre en place une politique d’hospitalité.