Exposition universelle 2025: «Edouard Philippe ment aux Franciliens», affirme Luc Carvounas

ABANDON Les membres du comité de candidature ne croient pas aux explications du Premier ministre pour justifier le retrait de la candidature française…

Olivier Philippe-Viela
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  • Le Premier ministre Edouard Philippe a justifié l'abandon de la candidature par des impératifs budgétaires.
  • Selon plusieurs membres du comité de candidature, le modèle économique tenait la route.
  • Les difficultés de livraison des nouvelles lignes du Grand Paris Express seraient une explication, selon le député Luc Carvounas.

« Pfff… Beaucoup de déception et pas mal d’incompréhension. Je ne sais pas ce qu’on nous reproche », souffle Christian de Boissieu. L’économiste est vice-président du comité de candidature de la France à l’organisation de l’Exposition universelle en 2025. Dimanche, il a appris par la presse l’abandon du dossier, décidé par le Premier ministre Edouard Philippe, comme le rapporte le JDD.

Les reproches, selon le chef du gouvernement : des « faiblesses structurelles » dans le modèle économique, avec une hypothèse de fréquentation (35 à 40 millions de visiteurs) jugée trop optimiste, et un manque de partenaires privés prêts à « s’exposer significativement [au] risque commercial de l’exposition ».

Des arguments repoussés par le comité de candidature

Le président du comité de candidature Jean-Christophe Fromantin, par ailleurs maire de Neuilly-sur-Seine, va donner sa version lundi. Dans un tweet lapidaire réagissant à l’annonce de l’abandon du dossier, il a écrit ne pas se retrouver « dans cette France qui renonce, qui recule ou qui s’excuse ».



Mais il ne devrait pas souscrire à l’argument d’une fréquentation potentiellement trop faible. Matignon a pris l’exemple de l’Exposition universelle de Milan en 2015, qui avait attiré 20 millions de spectateurs, insuffisant selon l’exécutif pour rentrer dans les clous budgétaires du projet parisien.

« Nous reprocher d’avoir été trop optimistes sur le nombre de visiteurs, ça ne tient pas, explique Christian de Boissieu. On ne peut pas comparer Milan et Paris. Milan a été une déception avec 20 millions de visiteurs, mais cette ville ne reçoit pas 80 millions de visiteurs par an quoiqu’il arrive. La France est la première destination touristique du monde, faire une prévision de 35 à 40 millions n’avait rien d’excessif. Et même en prenant le chiffre le plus pessimiste, 20 millions, on pouvait s’en sortir ! »

Emmanuel Macron défendait la candidature

Le député PS Luc Carvounas, également vice-président du comité, ne décolère pas contre le Premier ministre : « On a construit cette candidature en partant des territoires, le congrès des maires nous a accueillis depuis sept ans pour travailler dessus, et nos compatriotes nous montraient une appétence encore plus grande que pour les Jeux olympiques ! Mais quand il était maire du Havre, Edouard Philippe ne s’y est jamais intéressé, alors qu’Emmanuel Macron en était un ardent défenseur. »



Le président de la République disait encore au moment du dépôt de la candidature en septembre 2017 que l’événement était l’occasion pour la France « d’apporter sa contribution à une nouvelle ambition française ». « Y a-t-il eu un compromis Elysée-Matignon ? Je ne sais pas », s’interroge Christian de Boissieu.

« Edouard Philippe ment aux Franciliens »

La mise en cause du modèle économique agace particulièrement celui qui est précisément économiste : « C’était justement l’un des points forts, puisque nous ne faisions pas appel à de l’argent public. Les retombées sur le plan économique et culturel d’une exposition qui dure six mois sont autrement plus importantes que celles des JO, sachant qu’il nous fallait avoir les deux, pas jouer l’un contre l’autre. Le modèle déficient, je crois que c’est un prétexte. »

La Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques en 2024 ont-ils eu raison de l’appétit des pouvoirs publics ? « Emmanuel Macron est pris à la gorge par ces JO, l’Etat est acculé et se désengage en tirant donc un trait sur l’expo universelle, et ce sont nos compatriotes franciliens qui en pâtissent. Car Edouard Philippe ment aux Franciliens. Derrière la reculade, la vraie raison, c’est que l’Etat est incapable d’assurer la livraison de la section de la ligne 18 du Grand Paris Express », estime Luc Carvounas.

Le Japon nouveau favori

Celle-ci est censée être mise en service entre 2023 et 2024, pour desservir Paris-Saclay, le site qui était supposé accueillir l’expo au sud de la capitale. Un rapport de la Cour des comptes rendu public le 17 janvier pointe la fragilité financière du projet de Grand Paris Express, avec un « dérapage considérable » de 13 milliards d’euros.

« Ce n’est pas très courageux comme manière de l’annoncer, ajoute Christian de Boissieu. On a sabordé notre candidature nous-mêmes, pour des raisons qui ne semblent pas transparentes, alors que nous avions de sérieuses chances de l’avoir. » Luc Carvounas confirme, selon lui, la France était « à deux doigts » d’emporter l’organisation de l’Exposition universelle. Restent en lice désormais pour 2025 la Russie avec Ekaterinbourg, l’Azerbaïdjan et sa capitale Bakou, et le Japon, dont la ville-candidate, Osaka, emmenée par Pikachu et Hello Kitty, est désormais la favorite.

emmenée par Pikachu et Hello Kitty

« Ce n’est pas très courageux comme manière de l’annoncer, ajoute Christian de Boissieu. On a sabordé notre candidature nous-mêmes, pour des raisons qui ne semblent pas transparentes, alors que nous avions de sérieuses chances de l’avoir. » Luc Carvounas confirme, selon lui, la France était « à deux doigts » d’emporter l’organisation de l’Exposition universelle. Restent en lice désormais pour 2025 la Russie avec Ekaterinbourg, l’Azerbaïdjan et sa capitale Bakou, et le Japon, dont la ville-candidate, Osaka, emmenée par Pikachu et Hello Kitty, est désormais la favorite.