Grand Paris Express: La Cour des Comptes constate un dérapage de 13 milliards d'euros

TRANSPORT Après un rapport qui montre la fragilité financière du Grand Paris Express, la Cour des Comptes appelle à « revoir le calendrier »…

C.O. avec AFP

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La ligne 14 du métro parisien. (Illustration)
La ligne 14 du métro parisien. (Illustration) — V. WARTNER / 20 MINUTES
  • Le Grand Paris Express prévoit le prolongement de la ligne 14 et la mise en place de lignes de métro automatiques reliant les banlieues entre elles et à Paris.
  • Parmi les facteurs de surcoût du Grand Paris Express, « la réduction des délais de construction du réseau, imposée par l’échéance des Jeux olympiques 2024 ».

La Cour des Comptes qualifie de « dérapage considérable » le coût du Grand Paris Express. Ce projet de future ligne de métro automatique devrait irriguer la banlieue parisienne et s’étendre sur plus de 200 km. En 2010, le coût de ce super-métro a été évalué à 19 milliards d’euros. Trois ans plus tard, alors que le projet a mûri, le coût de ce dernier était réévalué à 22,63 milliards d’euros.

La Cour note dans son rapport, rendu public ce mercredi, que les « coûts prévisionnels […] n’ont cessé de dériver ». « Depuis la fixation d’un objectif de coût par le gouvernement en 2013, celui-ci n’a cessé d’être réévalué pour un dérapage estimé aujourd’hui à près de 13 milliards d’euros », a déclaré Didier Migaud, président de la Cour des Comptes, devant la commission des finances de l’Assemblée nationale qui l’auditionnait mercredi.

Un coût total de plus de 38 milliards d’euros

« Ce rapport est accablant et met en évidence une gouvernance défaillante du projet, un manque grave de transparence dans les informations fournies aux administrateurs du Conseil de surveillance, des dérapages du coût considérables et une impossibilité à tenir les délais », explique Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, dans un communiqué. Elle appelle également l’Etat à mettre en place « un plan de redressement rapide ».

« Les évaluations initiales étaient fragiles […], et les provisions pour aléas et imprévus qu’elles intégraient étaient très inférieures à ce qui est recommandé pour des travaux de cette nature », écrivent les sages de la rue Cambon. Finalement, le coût du Grand Paris Express s’élèverait à 35,08 milliards d’euros, voire 38,48 milliards en ajoutant les « contributions financières » de la Société du Grand Paris (SGP), l’établissement public en charge du projet, à d’autres projets franciliens.

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Autre facteur de surcoût, « la réduction des délais de construction du réseau, imposée par l’échéance des Jeux Olympiques de 2024, alors que le projet prévoyait initialement une mise en service échelonnée entre 2020 et 2030 », a précisé Didier Migaud. « Le réalisme de ce nouveau calendrier […] apparaît très discutable. Il pose la question de la capacité d’absorption du marché européen des travaux publics […] et d’un possible renchérissement des prestations », a-t-il notamment souligné, s’inquiétant aussi des risques d’incidents dans « des plannings de construction très serrés ».

« Les perspectives de la SGP sont sombres »

Concernant l’endettement nécessaire de la SGP pour financer ses investissements, le montant des frais financiers atteindrait selon la Cour « près de 134 milliards d’euros et l’échéance de remboursement complet de la dette serait reportée de 25 ans, de 2059 à 2084 ». Et encore, des surcoûts ou des variations, « même limitées […] du rendement des taxes fiscales, des taux d’intérêt ou de l’indice du coût de la construction (pourraient) reculer la dernière année de remboursement au-delà de 2100, voire faire entrer la SGP dans un système de dette perpétuelle », avance la Cour.

« Les perspectives de la SGP sont sombres, qu’il s’agisse des coûts, des délais de construction des lignes ou de l’amortissement de la dette », a résumé Didier Migaud. Tout en émettant « de sérieuses interrogations sur la capacité à respecter les échéances olympiques de 2024 », la Cour des Comptes recommande à l’Etat de renforcer la gouvernance de la SGP, et de réviser « le périmètre du projet et de son phasage, faute de quoi il serait contraint d’affecter à l’établissement de nouvelles recettes ».

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« Le schéma d’ensemble n’est pas remis en cause », a indiqué mardi la ministre des Transports, Elisabeth Borne, au Sénat. Le gouvernement a demandé au préfet de la région Ile-de-France de réfléchir à un phasage du projet, qui suscite de fortes inquiétudes parmi les élus locaux. Il devrait donner « le calendrier recalé sur des bases réalistes » dans les prochains jours, a noté Elisabeth Borne.

Le projet du Grand Paris Express comprend plusieurs lignes nouvelles de métro automatique, numérotées de 15 à 18, ainsi que des prolongements de la ligne 14. Mais la présidente de la région Ile-de-France souligne que « la réalisation de ces lignes ne doit pas occulter la priorité que le Gouvernement doit donner à la régénération des lignes existantes, dont la vétusté est aujourd’hui source de dysfonctionnements inacceptables ».