Cancer, pollution, bruit... Faut-il s'inquiéter pour les moutons du périphérique de Paris?

ECOPATURAGE La ville de Paris a recours à des ovins pour entretenir les pelouses le long du périphérique. Une bonne idée pour la biodiversité mais la santé des moutons inquiète certains…

Yasmina Cardoze avec F.H.

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Des moutons assurent la tonte des talus du périphérique parisien.
Des moutons assurent la tonte des talus du périphérique parisien. — Paul Letheux / GreenSheep
  • A l’arrivée des moutons dans les parcelles du périphérique, de nombreux Parisiens se sont inquiétés des possibles pollutions (air, herbe, sol ou sonore) auxquels ils pourraient être soumis.
  • En 2018, la Ville de Paris devrait faire entretenir six hectares de pâturages par des ovins.

Vous les avez croisés entre la porte Dauphine et la porte de la Muette ou entre la porte Dorée et la porte de Vincennes. Depuis 2013, les moutons d’Ouessant ont remplacé les tondeuses à gazon sur plusieurs friches parisiennes, notamment le long du périphérique.

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Une initiative qui fait du bien à ces espaces dits de prairie, où vivent 44% des espèces menacées en Ile-de-France. Si la démarche est censée bénéficier aux couleuvres, linottes et fleurs des champs, on peut se demander si elle n’est pas dangereuse pour les ovins, contraints de respirer les gaz d’échappements à longueur de journée.

Vingt moutons le long du périph'

Les abords du périphérique sont bien les endroits les plus pollués de la région. Selon Charlotte Songeur, ingénieure à Airparif, « 1,4 million de Franciliens est au-dessus des réglementations européennes et il s’agit surtout des personnes à proximité des trafics routiers, notamment le long du périphérique. » Elle précise : « Dès qu’on s’approche des sources de pollution on va y être plus exposé or le trafic routier est une des sources de pollution les plus importantes. » S’il s’agit pour les humains d'« une vraie problématique de santé », on peut craindre que ce le soit également pour les ovins.

En 2013, quatre moutons paissaient le long du périphérique trois fois quinze jours par an. Ils dépendaient de la ferme de Paris et avaient été achetés directement par la ville elle-même. A partir de cette année, de mars à novembre, ils sont 20 à plein temps et loués par la mairie de Paris auprès de la société GreenSheep. Celle-ci fournit ces tondeuses à gazon écolo à diverses entreprises et communes dans toute la France. Paul Letheux, son président-fondateur, assure qu’il ne se serait pas engagé à reconduire l’opération en 2018 s’il avait le moindre doute sur la santé des animaux : « C’est un vrai sujet pris en compte avant de les installer. Sur le périphérique il pouvait y avoir deux types de pollution : pollution de l’air et pollution des sols. »

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« Il existe un cancer pulmonaire pour les moutons »

Pour ce qui est de l’air, il estime que « pour les moutons, il n’y a pas d’impact, ils vivent seulement une dizaine d’années, donc ils n’ont pas le temps de développer les maladies développées chez l’humain. » Pour s’en assurer, un berger employé par GreenSheep leur rend visite toutes les semaines. « Il est attentif à plusieurs critères, détaille Paul Letheux, est-ce qu’ils mouchent, quelle est la couleur de leurs yeux, est-ce qu’ils se déplacent bien, est-ce qu’ils courent… » Le périphérique parisien n’est pas le seul lieu où les moutons de GreenSheep sont exposés à un air pollué. A l’entreprise de fabrication de tubes pour cosmétiques Albea, 35 d’entre eux paissent le long de l’autoroute A4 depuis un an, sans aucun problème à signaler.

Pour Pierre Autef, président de la commission ovine de la société nationale des groupements techniques vétérinaires, la présence des moutons pendant neuf mois le long du périphérique est une période assez longue pour évoquer une « pollution chronique » pour les animaux. « Il existe un cancer pulmonaire pour les moutons mais il est d’origine viral, la pollution n’a pas vraiment d’influence dessus. Par contre, ils peuvent être victimes d’infections bactériennes ou virales à cause de la dégradation de leur défense immunitaire des bronches, de la trachée… », souligne le vétérinaire.

Bientôt 6 hectares d’éco-pâturage à Paris

Autre type de pollution à prévenir : celle des sols. « On a procédé à des analyses de sol en juin 2016, raconte Paul Letheux, afin de vérifier que les métaux lourds sont à des niveaux au-dessous des seuils imposés par le laboratoire de toxicologie pour les moutons. » La présence d’ammoniaque ou de plomb dans le sol peut en effet se transmettre aux plantes que mangent les ovins. Il est déjà arrivé à l’entreprise de refuser d’installer ses bêtes sur un site d’incinération, ses sols étant trop toxiques. Le long du périphérique, les seuils de toxicité n’étaient pas dépassés. Pierre Autef recommande des analyses régulières des sols pour les métaux lourds (mercure, plomb, cuivre) car les résultats peuvent être bons au jour J et différents quelques semaines plus tard.

On a tendance à l’oublier depuis l’intérieur de sa voiture, mais un périphérique c’est aussi bruyant. La pollution sonore gêne les humains, mais qu’en est-il des moutons ? « Le mouton a une meilleure ouïe que l’homme avec un plus grand panel de sons. Quand il y a un son dissonant qui les gêne, ils fuient la source dérangeante. Là, dès l’installation dans la parcelle, ils ont brouté directement », souligne Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris en charge de la nature en ville. « Dans une bergerie, il y a 200 ou 300 bêtes, poursuit Paul Letheux, le bruit est insupportable pour nous, eux, ça n’a pas l’air de les déranger. » Comme les vaches qui regardent passer les trains, les ovins du périph' comptent sereinement les voitures.

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Les moutons devraient au printemps 2018 gagner de nouveaux pâturages le long du périphérique et dans Paris pour passer de 10.800 m2 d’éco-pâturage à 6 ha. « L’idée est de mettre des moutons sur la totalité des talus possibles du périphérique, indique Pénélope Komitès. Parmi les zones ciblées, les talus du XIIe, XIXe et XXe mais aussi le cimetière de Thiais (cimetière parisien extra-muros dans le Val-de-Marne). Vous pouvez donc continuer à rouler en toute sérénité et en admirant le décor champêtre offert par les bêtes dans leurs friches.