«Une femme rom en était à sa 21e IVG»

Recueilli par Sophie Caillat

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Quelque 230 Roms, essentiellement Roumains, ont été évacués mardi matin dans le calme du terrain qu'ils occupaient depuis quelques semaines à Vénissieux (Rhône).
Quelque 230 Roms, essentiellement Roumains, ont été évacués mardi matin dans le calme du terrain qu'ils occupaient depuis quelques semaines à Vénissieux (Rhône). — Martin Bureau AFP/Archives

Entretien avec Antoinetta Popescu, chargée de projet roms à Médecins du monde.

Vous publiez, à l'occasion de la Journée de la femme samedi, le résultat du suivi en 2007 d'une centaine de femmes roms en Seine-Saint-Denis. Quel constat dressez-vous?

A peine une femme sur dix bénéficie d'un suivi médical pendant la grossesse. Entre les fausses couches et les IVG, seules deux grossesses sur quatre en moyenne aboutissent à la naissance d'un enfant vivant. Généralement, elles appellent les pompiers lorsqu'elles sont sur le point d'accoucher et elles sont transportées d'urgence à l'hôpital.

Ce sont des situations extrêmes...

Oui, par exemple, l'âge moyen à la première grossesse est de 17 ans, et on rencontre souvent des femmes de 22 ans qui ont déjà quatre enfants. J'ai suivi une femme de 35 ans qui en était à sa 21e IVG: elle paraissait dix ans de plus. C'est le signe de la plus grande précarité.

Pourquoi ne font-elles pas valoir les droits auxquels elles pourraient prétendre?

Il suffit de pouvoir prouver trois mois de présence en France et elles ont droit à l'aide médicale d'Etat (AME), mais très peu le savent et la demandent. Si elles vont à l'hôpital, on leur demande une facture, alors elles n'y retournent pas. Notre mission est de leur faire connaître la PMI (protection maternelle et infantile) et le planning familial.

Leur situation s'aggrave-t-elle?

Oui, car la pression policière s'accroît, les forçant à changer de campement de plus en plus souvent.