Dur de nicher dans les quartiers huppés

Carole Bianchi - ©2008 20 minutes

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Pour les moineaux aussi, certains coins de la capitale deviennent inabordables. Alors que les scientifiques ne sont toujours pas en mesure de certifier que le nombre de « piafs » diminue dans la ville, Frédéric Malher, membre du Centre ornithologique d'Ile-de-France (Corif), a constaté que plus un quartier était chic, plus les moineaux disparaissaient.

Selon ce professeur de sciences de la vie et de la terre, passionné d'ornithologie urbaine, ce phénomène s'explique par la réhabilitation des immeubles et l'entretien minutieux des espaces verts. « Les moineaux domestiques adorent nicher dans le trou d'un mur, dans une tuile cassée ou dans des buissons peu entretenus, avec de l'herbe haute autour. Ce qui n'est pas souvent le cas dans les quartiers huppés », assure Frédéric Malher.

Ainsi, lors d'un repérage effectué il y a plus d'un an dans les 16e, 17e et 18e arrondissements, ce professeur s'est amusé à comparer le nombre d'oiseaux au kilomètre à celui du prix au mètre carré. Quand il compte deux « pierrots » sur un kilomètre de l'avenue Foch, où le prix au m2 atteint les 6 000 ?, il en repère 10 dans l'est du 17e (5 500 ?/m2), 20 à l'ouest du 18e (4 500 ?/m2) et 36 dans le quartier de Barbès (3 500 ?/m2). Cette interprétation est l'une des hypothèses retenues pour expliquer la disparition des moineaux, qui suscite tant d'interrogations chez les scientifiques depuis cinq ans. « Mais pour l'instant, aucune de ces thèses ne permet de dire pourquoi Londres ou Amsterdam sont très touchées par le phénomène, alors que Berlin ne l'est presque pas », relève Frédéric Malher.