Paris: «En se baladant dans cette prostate, on comprend mieux cette zone méconnue». Vraiment?

«POINT P» A l’occasion de « Movember » et d’un dossier spécial sur le plaisir prostatique, « 20 Minutes » a visité une prostate gonflable et géante…

Romain Lescurieux

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Le «prostate tour» a fait étape à Paris fin octobre.
Le «prostate tour» a fait étape à Paris fin octobre. — R.LESCURIEUX
  • A l’occasion de « Movember », mouvement dédié à la sensibilisation des cancers masculins, « 20 Minutes » se penche sur le plaisir prostatique. Une pratique encore taboue et source de clichés.
  • Dans cette prostate géante, les hommes appréhendent une éventuelle maladie et surtout découvrent leur corps.

Qu’est-ce que la prostate ? « Je ne sais pas trop », concède Marc, 32 ans. Devant lui, sur la place Saint-Sulpice (6e arrondissement), une structure gonflable rose de trois mètres de haut et cinq mètres de long, s’érige vers le ciel. Tandis que des badauds opèrent des allers-retours à l’intérieur de cet organe géant, Marc reste désarmé.

A quoi sert la prostate ? « Honnêtement, aucune idée », ajoute-t-il, un brin désolé. Heureusement pour lui, c’est toute la démarche du « Prostate Tour », qui fait étape en cette fin de mois d’octobre ensoleillée dans la capitale et sera le 8 novembre à Massy (Essonne), toujours avec cet « outil pédagogique et anti-tabou », notent les organisateurs. Mais de quels tabous parle-t-on ?

« Pour certains, c’est comme aller à l’abattoir »

« C’est étroit », s’exclame un homme en commençant son exploration. Valérie Perruchot Garcia, directrice de la communication de Janssen, qui organise le « Prostate Tour », se félicite de cet événement. « En se baladant dans cette prostate, on comprend mieux cette zone méconnue », assure-t-elle. Située à 5 ou 7 centimètres de l’entrée de l’anus, cette glande de l’appareil génital masculin – en forme d’une châtaigne – participe notamment à la formation des spermatozoïdes et à la sécrétion du liquide séminal. Elle représente aussi la première cause de cancer masculin en France, avec 54 000 cas déclarés par an et 8 000 décès.

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« Derrière la prostate, il y a également des croyances, des tabous et des idées préconçues », décortique Valérie Perruchot. Notamment la fin des rapports et de l’érection, en cas de cancer. « C’est faux, même avec une ablation de cet organe on peut continuer à avoir une vie sexuelle. En fait, la grande peur masculine c’est : Est-ce que je reste un homme si je ne suis plus capable de bander ou d’avoir un orgasme ? » rembobine-t-elle.

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Beaucoup d’hommes de plus de 50 ans déambulent donc dans ce petit village pour se renseigner sur ce cancer masculin, ses conséquences, tout en appréhendant leur corps et ce « rite de passage » du toucher rectal. « Pour certains, c’est comme aller à l’abattoir. La symbolique de la prostate est très forte », analyse le docteur Pierre Bondil, urologue et andrologue à Chambéry. Mais quelle est cette « symbolique » ? Surtout, est-ce que le vrai tabou ne se situerait pas ailleurs ? Car, avant de se dégrader en un éventuel cancer, la prostate est une partie du corps qui peut aussi procurer du plaisir sexuel, le plaisir prostatique pouvant déboucher sur l’équivalent du « point G » féminin :  Le « point P ».

Avant une maladie de « personnes âgées »… un plaisir caché et inavoué ?

« Du plaisir via la prostate, je ne savais pas », rétorque Marc. « C’est souvent pratiqué chez les homosexuels. Posez-leur la question, ils vous répondront mieux que moi », tranche de son côté, gêné, le docteur Pierre Bondil. Pourtant tous les hommes – sans distinction d’orientation sexuelle – sont éligibles à ce plaisir. Tentons notre chance auprès des femmes.

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« Il y a beaucoup d’hommes qui aiment les toucher rectaux, dans un cadre sexuel, mais ils n’en parlent pas parce que c’est tabou. Alors que de nombreux couples hétérosexuels le pratique dans leur sexualité », lance une femme d’une cinquante d’années, près du stand cancer et sexualité. Même constat immédiat chez les femmes plus jeunes, un peu plus loin. « Il y a un tabou autour de cette pratique dans la société. J’en ai déjà parlé avec des amies et je sais que certains hommes aiment qu’on leur mette un doigt dans l’anus et que cette pratique n’est absolument pas réservée aux homosexuels. Mais les mœurs n’ont pas encore évolué », analyse Claudia, 20 ans, étudiante en sociologie à Paris Descartes. « Ça a mis du temps pour le clitoris. Peut-être que dans dix ans tous les hommes seront à l’aise avec leur prostate. Mais ce n’est pas encore le cas. Alors, parlons-en », conclut-elle. Les hommes, eux, sont effectivement plus frileux sur le sujet.

« C’est à moi de pénétrer, de prendre le contrôle, de faire l’amour »

« Je ne sais pas si c’est nécessaire de s’attarder sur le plaisir prostatique, car on a déjà un orgasme au niveau du gland, analyse Eric, 27 ans, ostéopathe. De plus, l’organe sexuel masculin est fait pour pénétrer. L’organe sexuel féminin pour être pénétré. L’inverse, même avec un doigt, a une connotation sexuelle assez péjorative. Ce n’est pas naturel, alors à partir de là, il peut y avoir un côté honteux. Ça touche aussi à la fierté. »

Voire à la « virilité » pour Marc. « Ce n’est pas le rôle d’une femme. C’est à moi de pénétrer, de prendre le contrôle, de faire l’amour », tranche-t-il. Pourtant, certains hommes décident de s’affranchir de ces « constructions ». Pour découvrir « cette exploration », c’est par ici.