Paris: «Paname Undergound», une plongée littéraire dans les bas-fonds de la capitale

INTERVIEW Johann Zarca, 33 ans, publie «Paname Underground». Un roman sur les cloaques de Paris, sélectionné pour le prix de Flore 2017 et en librairie le 19 octobre prochain... 

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Johann Zarca, 33 ans, auteur de «Paname Underground » (Editions Goutte d’Or)
Johann Zarca, 33 ans, auteur de «Paname Underground » (Editions Goutte d’Or) — R.LESCURIEUX
  • «Paname Underground» (Editions Goutte d'Or) sort en librairie le 19 octobre
  • Ce quatrième roman de Johann Zarca est sélectionné pour le prix de Flore

« Lors de mes pérégrinations dans les bas-fonds panamiens, j’aurais constaté́ une chose : l’Underground de la rive droite, plus populo, abrite des zigs de misère – lascars de cité, bicraveurs au détail, toxs, talonneuses, tireurs et autres gagne-petit. La rive gauche, d’apparence plus peace et plus bourge, planque “l’Underground d’en haut”, le grand-banditisme, les braqueurs de Brink’s, youvs en col blanc, escrocs à la taxe carbone, baveux corrompus et autres ripous. Et puis aussi, des mercenaires cramés de la tête ». Extrait de Paname Undergound aux  Éditions Goutte d’Or.

Avec son dernier roman, Johann Zarca, 33 ans, frappe fort : l’argot juste, le style frontal. En librairie le 19 octobre prochain, son livre – sélectionné pour le prix de Flore 2017 – entraîne le lecteur dans les abîmes de la capitale. Ancien pion, coursier et éducateur sportif au parcours « bordélique », l’auteur revient pour 20 Minutes sur son ultime shoot littéraire.

Comment est venue l’inspiration de Paname Undergound ?

J’ai toujours écrit sur les milieux undergound. Après Le Boss de Boulogne, j’ai sorti un bouquin sur l’undergound de Bangkok, Phi Prob. Et là, c’était le tour de Paname. L’idée, c’est un peu de soulever le capot pour voir ce qu’il se cache en dessous ou de regarder derrière les façades. Il y a une curiosité malsaine. En fait, à chaque fois, j’ai une envie d’écrire qui se base sur une obsession. Au bout d’un moment, j’ai des images dans la tête qui font un film. Il n’existe pas mais j’aimerais le voir, et comme je n’ai pas de caméra, je l’écris. La démarche reste spontanée. Après, Paname Undergound est ma première autofiction.

Justement, vous vous mettez en scène avec des personnages existants évoluant dans des endroits connus… où se situe-t-on entre le réel et la fiction ?

C’est presque demander à un magicien d’expliquer son tour. Je jongle en permanence entre le réel et la fiction. Je n’ai pas d’intérêt à raconter la vérité aux lecteurs. Après, oui, il y a des personnages connus et mes potes avec qui j’ai grandi. L’un d’eux est passionné d’armes à feu et est parti dans le mercenariat en Ukraine, un autre est dans le deal, un dernier dans les combats. Je parle aussi d’univers que je connais bien : Les Afghans du square Villemin aux fafs de la rive gauche, en passant par les toxicos de Paris Nord. En fait, j’ai trouvé une trame basée sur du réel et je joue à tirer vers la fiction, pour raconter ces univers underground, que je connais, que je maîtrise et qui me font bander. L’histoire c’est un prétexte pour les raconter et les dévoiler, chapitre par chapitre, en fonction d’un arrondissement, d’un quartier ou d’un spot.

Quel endroit vous fascine le plus dans les bas-fonds parisiens ?

Si je prends la fascination au sens attirance autant que répulsion, je dirais la backroom de Montparnasse qui se fait appeler le « Gouffre », et « La Colline » (un ancien bidonville du 18e où circulait beaucoup de crack), même si elle n’existe plus. Des endroits très codés qui suscitent la curiosité, la peur, le voyeurisme.

Comment définiriez-vous l’« underground parisien » ?

Comme toutes les grandes métropoles, Paris a un undergound et il y en aura toujours un. Mais je ne vois pas de spécificité parisienne. Malgré l’embourgeoisement et la gentrification de Paris, je mets aussi en lumière dans ce bouquin les gens en galère.

Et d’être sélectionné au prix de Flore, c’est underground ?

Ce prix se positionne comme un prix à contre-courant dans la machine littéraire. Ils aiment l’insolence et il y a un lectorat pour ça. L’underground excite le bourgeois.