Paris: Un couple affirme avoir été roué de coups par des lycéens, les témoignages contredisent leur version

RIXE Un couple avait affirmé avoir été roués de coups, notamment de trottinette, après avoir réprimandés des lycéens à la suite d'un crachat. Une version largement contredite par des témoignages...

Caroline Politi

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La bagarre a eu lieu devant le lycée professionnel Suzanne Valadon, qui jouxte une école primaire.
La bagarre a eu lieu devant le lycée professionnel Suzanne Valadon, qui jouxte une école primaire. — Google Maps/capture d'écran
  • Le 20 septembre dernier, un couple affirme avoir été frappé notamment à coups de trottinette par des lycéens, dans le 18e arrondissement de Paris.
  • Selon le rectorat, le couple aurait provoqué les lycéens, deux d’entre eux sont d’ailleurs convoqués le 8 novembre devant le juge des enfants.
  • Une plainte pour « violences aggravées », « dénonciation calomnieuse » et « injure publique à caractère raciale » a été déposée.

L’affaire avait fait les choux gras de la « fachosphère ». C’était le 20 septembre dernier. Un couple avait été roué de coups par des lycéens devant l’école primaire de leur enfant, dans le 18e arrondissement de Paris. Leur seul tort ? Avoir fait une remontrance à l’un d’eux après un crachat sur le trottoir.

Selon leur récit, s’en était alors suivi un déluge de coups de pied, de poing et même de trottinette. Le père de famille, dont le nez a été brisé, a écopé de 15 jours d’interruption temporaire de travail (ITT). Deux adolescents, poursuivis pour violences volontaires aggravées et violences en réunion, sont convoqués le 8 novembre par le juge pour enfant.

« Il n’y a jamais eu de coups de trottinette »

Pourtant, depuis cette affaire, le scénario décrit par les plaignants a été mis à mal par de nombreux témoignages. A commencer par les autres parents d’élèves présents ce jour-là et le personnel scolaire du lycée professionnel Suzanne-Valadon, accolé à l’école primaire. « Tous les témoignages qui nous sont remontés confirment une bagarre mais assurent que c’est le couple qui a commencé par agresser les lycéens et non l’inverse. Et, jamais, il n’y a eu de coups de trottinette », explique-t-on au rectorat.

Me Nedji Mokrane, l’avocat d’un des deux adolescents poursuivis, scolarisé en seconde générale et totalement inconnu des services de police, a déposé une plainte auprès du parquet, le 27 septembre, pour « dénonciation calomnieuse », « violences volontaires aggravées » et « injure publique à caractère racial ». « Il y a eu deux poids, deux mesures dans le traitement de cette affaire, s’indigne le conseil. Je veux bien entendre qu’on interpelle ces lycéens quand on voit le père de famille en sang mais pourquoi le couple n’a-t-il pas été placé en garde à vue lorsque les témoignages ont fait ressortir une autre version ? »

Premiers coups et insultes à caractère raciste

Selon la version des adolescents, largement corroborée par le rectorat de Paris, le couple aurait copieusement insulté un des lycéens après que ce dernier a craché par terre. « Ils ont commencé par lui dire qu’il était mal élevé puis rapidement le ton est monté. Ils se sont moqués de son physique puis l’ont traité de "sale arabe" et autres insultes à caractère raciste », poursuit le conseil. Placé en garde à vue, cet adolescent a été mis hors de cause.

La mère de famille s’en serait ensuite prise à un autre adolescent qui se trouvait sur sa trottinette. Après avoir tenté de le déséquilibrer, elle lui aurait assené un « coup dans le bas-ventre » puis le père l’aurait frappé au visage. S’en suit alors une bagarre. C’est à ce moment-là que la femme serait tombée par terre et que l’homme aurait reçu plusieurs coups, lui cassant le nez. « Si le parquet estime qu’il ne s’agit pas de légitime défense, elle peut a minima constater que les violences sont partagées », estime l’avocat.

« La bagarre a éclaté à la suite des provocations du couple et non l’inverse », insiste le rectorat. Le personnel scolaire et les témoins ont séparé les lycéens et le couple. Contacté par Le Parisien, le père de famille a assuré n’avoir « aucun souvenir » d’avoir reçu un coup de trottinette. « Il y a eu une tentative de réécrire l’histoire. La justice ne doit pas être à géométrie variable », assure Me Nedji Mokrane.