Aulnay-sous-Bois: Après la mort de Yacine dans une cave, la famille en quête de réponses

ENQUETE L’autopsie a révélé un taux très élevé de cocaïne dans son sang mais la famille et les proches assurent qu’il n’en consommait pas. Ils ont porté plainte pour «homicide volontaire»…

Caroline Politi
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Dans le quartier de Savigny, à Aulnay-sous-Bois, où est décédé Yassine.
Dans le quartier de Savigny, à Aulnay-sous-Bois, où est décédé Yassine. — Capture d'écran/Google Street
  • Yacine a été retrouvé mort, le visage face contre terre, le 14 septembre dans la cave de son immeuble.
  • Une enquête préliminaire pour « homicide involontaire » et « trafic de stupéfiants » est ouverte.
  • La famille demande la requalification des faits.

Un peu plus d’un mois après sa mort, l’incompréhension est encore palpable parmi les proches de Yacine. Le 14 septembre, le corps sans vie du jeune homme de 24 ans a été découvert dans les caves de son immeuble d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Visage face contre terre, une barre de fer sous son cadavre. L’enquête s’est pourtant rapidement orientée vers une mort accidentelle, probablement liée à une overdose. Une théorie à laquelle ne croient pas sa famille et ses amis.

Ses proches sont reçus ce mercredi à 17 h par la procureure chargée du dossier. Un rassemblement est prévu devant le tribunal de Bobigny dans l’après-midi. Objectif : obtenir l’ouverture d’une information judiciaire pour « homicide volontaire ».

Une position du corps suspecte

Retour en arrière. Le 14 septembre, aux alentours de 10 h 30, un employé chargé de la dératisation d’un immeuble de la rue de Savigny avise la police qu’un corps gît dans le couloir menant aux caves. La position du corps intrigue, tout comme l’environnement. A environ deux mètres du jeune homme, un des box est ouvert. A l’intérieur, les enquêteurs découvrent de la cocaïne et du doliprane réduit en poudre, « un produit souvent utilisé dans la coupe de la drogue » ainsi que des sachets pouvant servir au conditionnement, précise une source proche de l’enquête à 20 Minutes. Des traces de poudre blanche sont également retrouvées à proximité immédiate de son corps.

La PJ est saisie, le parquet fait le déplacement. « A ce moment-là, l’hypothèse d’un meurtre dans le cadre d’un règlement de compte est largement envisagée », assure cette même source. La victime est rapidement identifiée. L’Aulnaysien a un casier judiciaire, notamment pour trafic de stupéfiants. Sa dernière condamnation remonte au mois de janvier. Une autopsie est diligentée. Elle confirme que la mort remonte à quelques heures mais bat en brèche l’hypothèse criminelle.

Un hématome, mais pas de coups mortels

Plusieurs hématomes et plaies ont été relevés au niveau de son visage mais « l’autopsie n’a pas révélé de traces de coups susceptibles d’entraîner le décès et elle a conduit à écarter l’hypothèse d’une mort violente », précisait le parquet de Bobigny peu après les faits. Elles pourraient correspondre à une chute. En revanche, l’analyse toxicologique a mis en évidence un taux important de cocaïne dans son sang, laissant penser que le décès serait lié à une overdose. Impossible aux yeux de la famille de la victime. « Yacine n’a jamais consommé de cocaïne, assure Me Franck Lévy. Il lui arrivait auparavant de fumer de l’herbe, mais même cela, c’est une période révolue. »

Une enquête préliminaire pour « homicide involontaire » et « trafic de stupéfiants » a été ouverte, comme c’est le cas à chaque fois qu’un décès par overdose est suspecté. « La piste criminelle a été écartée, aucune trace de violence n’a été relevée », affirme une source proche du dossier. La famille, elle, a porté plainte auprès du doyen des juges d’instruction pour « homicide volontaire » et compte réitérer sa demande de requalification des faits lors de l’entrevue avec la procureure. « La piste d’un meurtre ne peut pas être écartée d’un revers de main parce que les analyses toxicologiques indiquent la présence de cocaïne. Rien ne colle dans ce dossier, ni le profil de la victime, ni le contexte autour », explique le conseil.

« Un appel mystérieux » peu avant sa mort

Selon ses proches, le jeune homme était sur le point de se fiancer, venait de trouver une formation pour devenir chauffeur routier. « Il avait rendez-vous le jour de la découverte de son corps avec la banque pour percevoir l’argent de sa formation », assure son avocat. Il pointe également un élément « troublant ». Le soir précédant sa mort, Yacine passait la soirée avec des amis. Selon le conseil, il aurait reçu un « appel mystérieux le mettant très en colère » aux alentours de 3 h 50 du matin. Cinquante minutes plus tard, sa mère l’appelle à son tour pour récupérer un jeu de clés. « Il s’est dirigé vers le hall mais n’est jamais arrivé chez lui », poursuit l’avocat. Me Franck Lévy assure détenir des « éléments » de nature à faire basculer l’enquête. « Nous les présenterons lors de ce rendez-vous. »

Après la mort du jeune homme,la rumeur a couru qu’elle pourrait être le fait de policiers. Il faut dire que le spectre de l’affaire « Théo » est encore vivace. L’après-midi même de la découverte du corps, un homme a été interpellé pour « violences, outrage et rébellion » après avoir publiquement accusé les forces de l’ordre. « Il est venu coller son front contre un policier », a-t-on appris de source proche de l’enquête. Aucune poursuite n’a cependant été engagée. Dans les jours qui ont suivi l’affaire, plusieurs voitures ont été brûlées, des abribus détériorés aux abords de la rue de Savigny. « La famille de Yacine a appelé au calme dès le départ, jamais elle n’a évoqué de violences policières », insiste Me Franck Lévy.