Un bar-tabac à coucher dehors

PARIS Lundi soir, Catherine Barbançon-Baumet et ses deux employés s’apprêtaient à passer leur quatorzième nuit sur le trottoir...

Sophie Caillat

— 

Au Jean-Bart, rue Saint-Antoine à Paris (4e), les employés dorment dehors pour «conserver leur outil de travail».
Au Jean-Bart, rue Saint-Antoine à Paris (4e), les employés dorment dehors pour «conserver leur outil de travail». — S. ORTOLA / 20minutes

Lundi soir, Catherine Barbançon-Baumet et ses deux employés s’apprêtaient à passer leur quatorzième nuit sur le trottoir. Ils se battent «pour conserver [leur] outil de travail», le Jean Bart, un bar-tabac populaire du quartier du Marais (4e).

Nuit et jour, devant le bistrot parti en fumée le 12 novembre dernier, ils alpaguent, pétitionnent (8.000 signatures revendiquées), disent leur colère de ne pas pouvoir démarrer les travaux de remise en état, faute d’un accord avec leur propriétaire. Ce dernier, qui veut rester anonyme, affirme ne «pas comprendre» la réaction de sa locataire et «n’avoir pas reçu tous les documents relatifs au sinistre pour débloquer le dossier d’assurance». Une attitude qui révolte Catherine Barbançon-Baumet: «Il nous a déjà fait perdre deux mois, c’est le moyen misérable qu’il a trouvé pour faire du chantage.»

Car derrière ce différent se cache un autre enjeu: la renégociation du loyer. Un accord pour une hausse de 50% serait sur le point d’être trouvé, mais propriétaire et locataire s’accusent mutuellement de se servir de cette question d’assurance pour gagner le bras de fer financier. La partie restaurant du Jean-Bart, un bail distinct, n’ayant pas été touchée par le feu, Catherine Barbançon-Baumet et ses employés s’appuient sur cette activité pour subsister en attendant. Jusqu’à quand? «Le bailleur cherche à mettre son locataire sur la paille pour le contraindre de fermer. Des méthodes courantes, surtout dans un quartier où le prix des baux flambe», analyse Jean-Louis Guez, l’expert en assurance mandaté par la locataire du Jean Bart.

Assurance L’assureur paie au propriétaire le dédommagement incombant à l’immeuble, et au locataire ce qui concerne le mobilier. Pour fusionner le dossier auprès des assurances, le propriétaire peut se désister pour que le locataire coordonne les travaux.