Procès de la voiture de police incendiée quai de Valmy: Un tour de chauffe

PROCES Après deux suspensions d’audience, le procès de la voiture de police incendiée sur le quai de Valmy a été renvoyé à mercredi en raison de problèmes d’organisation…

Caroline Politi

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La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016.
La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Après l’agression de deux policiers quai de Valmy, neuf personnes ont été renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris.
  • Six risquent dix ans de prison pour des actes de violence aggravée sur des policiers.
  • Le procès devait initialement durer jusqu’à vendredi.

Un coup pour rien. Le procès de la voiture de police incendiée sur le quai de Valmy, dans le 10e arrondissement de Paris en avril 2016, a été suspendu ce mardi avant même d’avoir réellement commencé. En cause : des problèmes d’organisation. Salle trop petite ne permettant pas à l’ensemble des journalistes et du public d’entrer, manque de chaises pour les avocats, tensions à l’extérieur avec des soutiens particulièrement véhéments… Les audiences reprendront mercredi après-midi, dans une salle à peine plus grande mais permettant l’ajout de quelques tables et chaises supplémentaires.

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Sifflements et insultes

Une heure avant l’ouverture du procès, environ 70 personnes - des proches des huit prévenus mais également des militants d’associations d’extrême gauche - se sont réunies devant la 14e chambre du tribunal correctionnel. Relativement calme au début, l’ambiance s’est peu à peu tendue lorsque les soutiens se sont aperçus qu’ils ne pourraient, pour la grande majorité d’entre eux, accéder à la salle d’audience. Masser contre les barrières, ils ont alors hué, invectivé et insulté les gendarmes chargés d’assurer la sécurité à l’entrée puis les journalistes, qui ont, pour une partie, pu accéder aux bancs qui leur sont réservés.

La proposition du président de faire tourner le public toutes les heures ne parvient pas à calmer les esprits. Pendant les quelques deux heures qu’a duré cette audience – en réalité quelques minutes de débat entrecoupées de longues suspensions –les manifestants privés d'accès ont scandé « tout le monde déteste la police », ses variantes « tout le monde déteste les journalistes/la justice », mais également « on veut une grande salle » et « liberté ». Si fort que plusieurs avocats qui plaidaient dans des salles à proximité ont rapporté avoir été gênés par la clameur.

« Des conditions de travail qui ne sont pas dignes de ce qu’est la justice »

A l’intérieur, l’ambiance était tout aussi électrique. D’emblée, Me Henri Leclerc a dénoncé, au nom de tous les avocats de la défense, des « conditions de travail qui ne sont pas dignes de ce qu’est la justice ». Compte tenu de la taille de la salle – « la plus petite du palais », selon le ténor - impossible pour l’ensemble des conseils de trouver une place sur les bancs qui leur sont alloués. Les chaises ajoutées en catastrophe pendant la suspension n’y ont rien changé. Tour à tour, les avocats ont appuyé sur l’impossibilité de travailler sereinement sans pupitre pour poser les dossiers ou prendre des notes. « Ne pas avoir son dossier ouvert pose un problème juridique, a fait valoir Me Antoine Vey. Cela ne satisfait pas aux règles d’un procès équitable tel que définit par l’article 6 de la Cour européenne des droits de l’homme. »

Le ton est monté lorsqu’un autre conseil, Me Jérémie Assous, a dénoncé un choix de salle purement politique. « Vous avez le monopole de l’audiencement, assumez les conséquences », a lancé le conseil à l’adresse du procureur. Tout au long de l’enquête, les avocats de la défense n’ont eu de cesse de dénoncer une instruction à charge. Le parquet avait dans un premier temps ouvert une enquête pour « homicide volontaire sur personne dépositaire de l’ordre public », un chef d’accusation passible de la Cour d’assises. Au terme d’un an d’enquête, les prévenus comparaissent finalement pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences ou de dégradations ». Six doivent également répondre de violences aggravées sur policiers en réunion, un délit passible de dix ans de prison. « C’est du cinéma, arrêtez d’agresser les gens », a rétorqué le magistrat, assurant que « les droits de la défense ont toujours été respectés ».

Les prévenus et les parties civiles décontenancés

Assis sur leurs bancs, tant les prévenus que les parties civiles semblent décontenancés par la tournure des événements. Kévin Philippy, l’ancien adjoint de sécurité devenu gardien de la paix, élégamment vêtu d’un costume noir et d’une chemise sombre assiste, avec le calme qui l’avait caractérisé pendant l’agression, aux joutes verbales. Pas une expression ne s’échappe de son visage. Sa collègue a, quant à elle, préféré se faire représenter. Quelques rangs devant le policier, c’est avec la mine mi-surprise, mi-décontenancée, que les prévenus découvrent un nouveau type de lutte, celle qui se joue dans les tribunaux.