Paris: Cinq lycées d'Ile-de-France font leur rentrée scolaire dans la rue

EDUCATION Lycéens, professeurs et parents d’élève ont manifesté devant les locaux du Ministère de l’Education nationale ce mercredi 6 septembre…

Lucien Petit-Felici

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Près de 150 personnes manifestaient ce mercredi devant les locaux du Ministère de l'Education nationale
Près de 150 personnes manifestaient ce mercredi devant les locaux du Ministère de l'Education nationale — Lucien PF/20 minutes
  • Près de 150 lycéens, professeurs et parents d’élèves de cinq établissements franciliens ont manifesté devant le ministère de l’Éducation nationale.
  • Ils dénoncent des conditions de travail précaires, l’absence de moyens humains et des rentrées dysfonctionnelles.

« Macron, du pognon ! » C’était l’un des principaux mots d’ordre de la manifestation lycéenne de ce mercredi 6 septembre, devant les locaux du ministère de l’Éducation nationale, rue de Grenelle (VIe). Près de 150 lycéens, professeurs et parents d’élèves de cinq établissements d’Ile-de-France – Suger à Saint-Denis, Utrillo à Stains, Germaine-Tillon au Bourget, Jean-Zay à Aulnay, Maupassant à Colombes – dénoncent des conditions de travail précaires et des rentrées dysfonctionnelles. Ils protestent également contre le manque de considération des gouvernements successifs.

« La mise en place de lycées ghettos dans des quartiers ghettos »

« On manque cruellement de moyens humains », lance Clément, un parent d’élève du lycée Suger, en Seine-Saint-Denis. « Le lycée est en sous-effectif et des surveillants sont régulièrement agressés par des personnes venues de l’extérieur. Suger est dans une zone fragile, on réclame de nouveaux assistants d’éducation mais nos demandes sont systématiquement rejetées ou ignorées. »

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Dans un haut-parleur, un manifestant tempête contre le « prétexte de l’austérité. On dénonce une gestion typiquement macronienne, c’est-à-dire entrepreneuriale, technocratique et néo-libérale ». Une professeure déclare, anonymement que « Jean-Michel Blanquer (le ministre de l’Education nationale) fait des beaux discours mais on assiste à la mise en place de lycées ghettos dans des quartiers ghettos. Ça ressemble de plus en plus au film Banlieue 13, avec un Paris bourgeois et gentrifié entouré de banlieues laissées à l’abandon ».

« On fait face un public scolaire très difficile et on n’a même pas droit aux moyens vitaux, le nombre réglementaire de surveillants n’est pas atteint, ce qui est illégal. On est confronté à une véritable indifférence vis-à-vis des classes populaires », ajoute une autre enseignante qui préfère également taire son nom.

Un professeur muté de force

Les mots sont forts, et l’anonymat est de mise chez nombre de nos interlocuteurs. En effet, les manifestants sont nombreux à avoir peur des représailles depuis que l’un d’entre eux, Pascal Stoller, enseignant au lycée Suger depuis 1994, s’est fait muté contre son gré dans un autre établissement. « Personne ne comprend, il faisait tenir le lycée debout » déclarent Zoé et Axel, d’anciens élèves de l’établissement.

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Les manifestants réclament unanimement sa réintégration dans son lycée. Ce dernier a déposé un recours en grâce auprès du rectorat et envisage de porter plainte devant le tribunal administratif. « Sa mutation est un vice de forme. Il n’a commis aucune faute professionnelle et a fait l’objet de faux témoignages », déclare Nicolas, un professeur. Tous saluent la bonne volonté du remplaçant de Pascal Stoller, prévenu trois jours à l’avance de sa nouvelle affectation, mais ce dernier se reconnaîtrait lui-même « perdu et pas qualifié ».

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Najat-Valaud-Belkacem avait fréquemment été critiquée par le monde enseignant, notamment pour son laxisme. Le nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, se présente comme plus conservateur en mettant l’accent sur un enseignement plus traditionnel et autoritaire. Mais les manifestants soulignent que rien n’a été fait pour augmenter le nombre de surveillant dans les lycées sensibles. « C’est la même politique, le même mépris, le même laxisme, nous ne sommes pas dupes des faux effets d’alternance », déclare une enseignante du lycée Suger. Elle garde cependant espoir : « Si je n’avais plus espoir, j’aurais changé de métier. D’autant plus que le mouvement prend de l’ampleur, et que ce seront bientôt huit lycées qui vont se mettre en grève en Ile-de-France. » Ce jeudi, le personnel des cinq établissements présents devant le ministère de l’Education nationale poursuit la grève.