A Saint-Denis, les profs dénoncent la mutation «contre son gré» d'un des leurs

EDUCATION Un rassemblement a eu lieu devant le rectorat de Créteil pour dénoncer la mutation d’un enseignant décrit comme un pilier du lycée Suger de Saint-Denis…

Caroline Politi

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Le lycée Suger à Saint-Denis (Illustration).
Le lycée Suger à Saint-Denis (Illustration). — Google Maps
  • Pascal Stoller, professeur de lettres-histoire, a été muté contre sa volonté.
  • Les enseignants dénoncent une « sanction » du rectorat après plusieurs prises de position contre la direction.
  • Le rectorat assure qu’il s’agit d’une « mutation dans l’intérêt du service »

L’année scolaire n’a pas débuté que, déjà, la colère gronde au lycée Suger à Saint-Denis. Ce mercredi, des professeurs appuyés par des élèves et parents ont manifesté devant le rectorat de Créteil contre la mutation « contre son gré » d’un membre historique de l’équipe enseignante, Pascal Stoller, professeur de lettres-histoire et directeur délégué du pôle audiovisuel. Ils dénoncent le caractère « injustifié », « punitif » et « injuste » de cette décision.

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A leurs yeux, aucun doute, cette mutation est une sanction déguisée contre l’enseignant qui ne faisait pas mystère de ses désaccords avec la direction. « En le mutant, la direction a non seulement fait taire un leader charismatique mais a également mis en garde toute l’équipe sur des voix dissonantes », déplore Romain Testard, professeur de sciences économiques et sociales dans l’établissement.

« Les relations avec la direction étaient tendues »

La nouvelle, tombée au début de l’été, a provoqué la stupeur de l’équipe enseignante. « Il est là depuis la création de l’établissement, en 1994, il est adoré de ses élèves et les résultats au BTS cette année atteignent 94 % », explique une professeur qui refuse que son nom apparaisse dans l’article de peur d’être à son tour « la cible d’une sanction ». « Les relations avec la direction étaient tendues mais nous n’imaginions pas que cela puisse aller jusque-là », poursuit Romain Testard. Peu à peu, le comité de soutien s’organise. Une pétition, qui a recueilli à ce jour 2.158 signatures, est mise en ligne. Une page Facebook « Pas de Suger sans Pascal Stoller » est ouverte et une lettre ouverte envoyée à la rectrice d’académie le 22 août.

Rapidement, d’anciens élèves rejoignent le mouvement. A l’image de Zoé, qui participait ce mercredi à la manifestation. « J’ai eu mon BTS cette année donc si je suis là aujourd’hui ce n’est pas pour moi. Mais cette formation m’a tant apporté, sur le plan technique comme personnel, que j’ai envie que d’autres puissent en profiter. » A ses yeux, l’excellence de la filière reposait en grande partie sur la « personnalité charismatique » de l’enseignant. Des élus locaux, à l’instar du député PCF Stéphane Peu, se sont également rangés contre la décision du rectorat. « En affaiblissant les filières d’excellence par le départ de Pascal Stoller et en refusant d’assurer les conditions de travail et de sécurité nécessaires […], on dispose de tous ingrédients pour enfermer le lycée dans ses difficultés », assène-t-il dans un communiqué.

« Il n’y a rien d’arbitraire dans cette décision »

Le professeur a-t-il fait les frais de sa participation à la grève en septembre dernier après l’agression d’un surveillant devant l’établissement ? Ou ses critiques sur la gestion des violences au sein même de l’établissement en marge de l’affaire Théo ? Le comité de soutien en est persuadé. Ce que nie fermement le rectorat de Créteil. « Il ne s’agit pas d’une sanction à l’encontre de professeur mais d’une mutation dans l’intérêt du service. On lui a proposé des postes équivalents dans d’autres établissements de l’académie. »

S’il refuse d’entrer dans les détails des motifs qui ont conduit à cette décision, le rectorat assure qu’il n’y a « rien d’arbitraire dans cette mutation ». La décision se fonde sur le rapport de deux inspecteurs généraux, venus dans l’établissement en avril. « C’était une inspection punitive en aucun cas une évaluation du travail de cet enseignant », poursuit Romain Testard. Et sa collègue de poursuivre : « Ce rapport était totalement à charge, ces inspecteurs n’ont retenu des témoignages que ce qu’ils voulaient entendre, nous ne nous sommes pas reconnus. » Les professeurs envisagent de se mettre en grève si Pascal Stoller n’est pas réintégré.