Meaux: Les pickpokets de Disneyland devant la justice

JUSTICE Sept femmes et cinq hommes, dont la plupart sont de nationalité roumaine et appartiennent au même clan, sont jugés pour avoir participé à un réseau de pickpokets entre 2014 et 2016... 

C.Po. avec AFP

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Des visiteurs dans la rue principale de Disneyland Paris à Marne-la-Vallée.
Des visiteurs dans la rue principale de Disneyland Paris à Marne-la-Vallée. — BERTRAND GUAY AFP
  • Onze personnes comparaissent pour vol en bande organisée, recel et blanchiment, incitation de mineurs à commettre des délits et délaissement de mineurs.
  • Les organisateurs du réseau encourent jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle.
  • L'enquête a été menée avec la participation des autorités roumaines. 

Les chiffres donnent le tournis. Un millier de plaintes comptabilisées en six mois, un butin estimé à plus d’un million d’euros. De l’argent liquide, des téléphones portables, de la maroquinerie de luxe ou des bijoux pour l’essentiel. Et des voleurs à peine sortis de l’enfance, les plus jeunes ayant 12 ans.

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A partir de ce mardi et durant quatre jours, sept femmes et cinq hommes, pour la plupart de nationalité roumaine et appartenant au même clan, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Meaux, en Seine-et-Marne. Jugés pour « vol en bande organisée », « recel » et « blanchiment », mais également « incitation de mineurs à commettre des délits » et « délaissement de mineurs de moins de 15 ans », certains d’entre eux encourent jusqu’à trente ans de réclusion criminelle.

Des voleurs appartenant à la communauté roms

L’enquête démarre en mars 2015. Le commissariat de Chessy (Seine-et-Marne) constate une forte augmentation des vols à la tire aux abords de Disneyland Paris et dans le RER A desservant le parc d’attractions. Le centre commercial Val d’Europe, à proximité du parc et très fréquenté par les touristes, est également ciblé. Les victimes décrivent des voleurs appartenant à la communauté roms et ayant, malgré leur jeune âge, un mode opératoire bien rodé.

« Les mineurs agissaient en milieu d’après-midi, par groupe de trois au quatre : le premier détournait l’attention, le deuxième en profitait pour faire les poches et le troisième faisait disparaître le bien volé », avait expliqué à l’époque le commissaire Jérôme Georges.

Fugues et fausses identité

La police a beau procéder à des interpellations, elles restent sans effet : les mineurs donnent à chaque fois une fausse identité, refusent d’apposer leurs empreintes et, placés dans des foyers, ont tôt fait de s’enfuir pour pouvoir recommencer à voler. Les autorités en ont la certitude, les jeunes voleurs à la tire ne sont que les petites mains d’un vaste réseau très organisé. L’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) prend alors le relais des investigations avec le concours des autorités roumaines.

Filatures, écoutes téléphoniques, suivi des « mandats cash »… L’enquête les mène jusque dans la ville de Craiova (Roumanie). A la tête de ce clan, qui ne compte pas moins de huit branches familiales, Marian Tinca, le « patriarche », 57 ans, et son ex-femme, Maria Lamandita, 51 ans, qui comparaissent détenus. D’après les écoutes téléphoniques, le patriarche félicite ou réprimande, se montre parfois violent quand les butins sont trop maigres. Son ancienne compagne s’occupe de réguler l’argent au profit du reste de la famille et d’envoyer des mandats cash vers la Roumanie. Sur place, l’argent est réinvesti par ses différents membres dans l’achat d’appartements, de terrains et de voitures. Tout le clan, dont aucun membre n’a de revenu déclaré, est mis à contribution : les aînés sont chargés de surveiller les mineurs voleurs afin qu’ils s’acquittent bien de leur mission et remettent l’argent volé.

Entre 500 et 800 euros par jour

Âgés de 12 à 17 ans, les sept mineurs impliqués, qui opéraient également sur les Grands Boulevards et la ligne 9 du métro, ont déjà été jugés par le tribunal des enfants. Selon Le Parisien, trois d’entre eux, âgés de moins de 13 ans, ont reçu un avertissement. Les quatre autres ont été condamnés à des peines allant de six mois ferme à trente mois, dont vingt-six ferme. Parmi eux, une jeune fille décrite comme particulièrement habile, qui rapportait entre 500 et 800 euros chaque jour à sa famille. Elle avait été mise en cause 48 fois dans des procédures pour vol.

Outre les dix membres du clan, le gérant d’un hôtel à Pantin, en Seine-Saint-Denis, qui percevait des loyers en liquide, est renvoyé pour blanchiment, ainsi que son père. Un restaurateur chinois de Pigalle, à qui les enfants remettaient l’argent pour éviter de se faire prendre avec des espèces sur eux, est poursuivi pour sa part pour recel. Le jugement est attendu vendredi.