Essonne: Après les squares et la rue, des migrants ont trouvé refuge à la Cité de l'air

reportage Ils occupent des logements autrefois réservés aux employés de la Direction générale de l'aviation civile. Un refuge d'où ils pourraient être expulsés en septembre...

J. B. avec AFP
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Quelque 70 enfants vivent dans le quartier autrefois réservé aux employés de la DGAC.
Quelque 70 enfants vivent dans le quartier autrefois réservé aux employés de la DGAC. — PKOVARIK
  • Trois semaines après l’évacuation de 2.770 migrants du quartier de la Chapelle, les camps de fortune se sont reformés
  • Certains se sont installés à Athis-Mons, dans l'Essonne, dans des pavillons autrefois destinés aux employés de la DGAC
  • Le Droit au logement demande aujourd'hui à l'Etat de mettre à disposition ces logements, une solution peu coûteuse, vante l'association 

« Je vais où ? Dans la rue ? Je ne pars pas », répète Abu Omar, un Syrien de 38 ans planté devant la maison qu’il occupe avec sa femme et ses trois enfants depuis un an et demi.

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Au premier coup d’œil, cette rue bordée de pavillons d’Athis-Mons (Essonne), à quelques kilomètres de l’un des principaux aéroports parisiens, ressemble à n’importe quelle rue d’un paisible quartier résidentiel. Devant les maisons, de la marmaille joue sur l’herbe, fait du vélo dans la rue. Sauf qu’ici, une grande partie des 70 enfants sont Syriens et vivent avec leurs familles à la Cité de l’ari, dans des logements autrefois destinés aux employés de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) travaillant à Orly. Des logements aujourd’hui vétustes et meublés sommairement.

La première expulsion repoussée à septembre

Après un jugement fin 2015, une première expulsion d’une dizaine de logements était prévue pour fin juillet. Elle a été repoussée jusqu’à une décision de justice, le 5 septembre, après plusieurs manifestations organisées par l’association Droit au logement (DAL).

« Avant on dormait dans la rue, dans les squares. Quelqu’un nous a parlé de cette maison, on nous a pas demandé d’argent et on nous a ouvert la porte », raconte Abu Omar. Comme lui, la plupart des Syriens présents ici sont arrivés par le bouche à oreille, explique Marie-Renée Courty, présidente de l’association Ajar, qui aide ces migrants.

« Il y a plusieurs types de situations : certains ont le statut de réfugié, d’autres ont demandé l’asile, certains ne l’ont pas encore demandé », précise-t-elle. La demande d’Abu Omar, arrivé en France en 2015, mais qui avait déjà demandé l’asile en Espagne, a, elle, été refusée.

Les pavillons sont pour la plupart inoccupés depuis des années. Des sans-abri s’y sont peu à peu installés, souvent en familles : beaucoup de Syriens ces deux dernières années, mais aussi des Français, des Algériens, des Roumains.

Réhabiliter un quartier qui « devenait un lieu de délinquance »

« C’est parfait pour de l’hébergement familial », soutient Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL. Ces familles « ont fait que ce lieu qui était déserté, qui devenait un lieu de délinquance, de drogue, de prostitution redevienne un quartier d’habitation ».

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Et de demander que l’Etat mette ces logements « à disposition », une solution « humaine et relativement peu coûteuse » par rapport à l’hôtel ou les foyers. La DGAC, qui n’a pas souhaité s’exprimer, a demandé l’expulsion des occupants. Elle pourrait avoir lieu à l’automne car, malgré le délai obtenu, « il y a une volonté d’expulser », affirme la préfète de l’Essonne, Josiane Chevalier. La préfecture n’a pas souhaité s’exprimer davantage.