Porte de la Chapelle: «La plupart des migrants présents depuis l’évacuation sont de nouveaux arrivants»

INTERVIEW Trois semaines après l’évacuation de 2.770 migrants dans le quartier de la Chapelle, les campements sont déjà en train de se reformer. L’analyse de Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile..

Caroline Politi

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Dans le quartier La Chapelle, les campements se reforment évacuation après évacuation.
Dans le quartier La Chapelle, les campements se reforment évacuation après évacuation. — Goodman/LNP/Shutterstoc/SIPA
  • Trois semaines après l’évacuation de 2.770 migrants du quartier de la Chapelle, les camps de fortune se sont reformés.
  • La plupart des migrants viennent du Soudan, d’Erythrée ou d’Afghanistan.
  • Certains considèrent la France comme une étape, d’autres leur destination finale.

A peine ont-ils été évacués, que déjà les camps se reforment. Le 7 juillet, la préfecture de police de Paris a lancé une opération d’ampleur pour « mettre à l’abri » les quelque 2.770 migrants qui vivaient, dans des conditions plus qu’insalubres, aux abords du boulevard Ney, dans le quartier de la Chapelle (18e arrondissement). Pourtant, trois semaines plus tard, près de 600 migrants dorment à nouveau près de la porte de la Chapelle. L’analyse de Pierre Henry, directeur général de France Terre d’asile.

Comment expliquer, qu’évacuation après évacuation, ces campements se reforment ? Et toujours dans le même quartier…

Parce qu’il y a de nouveaux arrivants. Ceux qui sont actuellement dans la rue ne sont pas, dans l’immense majorité des cas, ceux qui ont été mis à l’abri début juillet. Les camps se reforment parce qu'on manque dramatiquement de structures d’accueil. Les arrivants s’installent – si on puis dire – à la Chapelle parce que le quartier est à proximité des grands axes routiers et de la gare du Nord. Ils viennent surtout ici parce qu’ils sont à proximité du seul centre de transit en France [le centre humanitaire d’accueil, situé boulevard Ney]. Mais comme il manque de places, les migrants sont obligés de rester aux abords.

D’où viennent ces migrants ?

Depuis un an et demi, on observe l’arrivée de beaucoup de Soudanais et d’Erythréens qui fuient les conflits, la dictature et la famine. Ils viennent de traverser la Méditerranée et remontent d’Italie. Il y a également un important groupe d’Afghans. Eux, arrivent souvent d’Allemagne, de Suède ou de Norvège. Contrairement aux Soudanais ou aux Erythréens, une partie d’entre eux a déjà fait une demande d’asile dans un pays d’Europe mais celle-ci leur a été refusée. Ils tentent donc leur chance dans un autre pays. Mais c’est quasiment impossible de généraliser les parcours car il y a autant de situations que de migrants. La seule chose qu’on observe, c’est qu’il s’agit généralement d’hommes jeunes, de 16 à 25 ans. Les familles sont relativement rares.

Paris est-il un point de passage ou d’ancrage ?

Là encore, la situation est très variable. Certains veulent rejoindre la Grande-Bretagne. Si la jungle de Calais n’avait pas été démantelée, une partie des migrants présents à la Chapelle serait probablement là-bas pour tenter la traversée. Mais on recense également énormément de migrants qui souhaitent rester en France pour commencer une nouvelle vie ici.

Que préconisez-vous pour améliorer la situation ?

Il faut absolument ouvrir des centres de transit un peu partout sur le territoire pour améliorer la prise en charge de ces migrants. Il n’y en a qu’un seul, à La Chapelle, alors qu’il faudrait des centres d’accueil dans chaque capitale régionale. Depuis 40 ans, les politiques sont persuadés que ces centres vont créer un « appel d’air » et encourager les migrants à venir. C’est une analyse totalement erronée. Ce qui les fait rêver, c’est notre pays. La démocratie, les valeurs européennes, le système éducatif… Nous devons nous inspirer de l’Allemagne qui a un système mieux pensé et beaucoup plus organisé pour prendre en charge les migrants. Il est également nécessaire de réactiver la solidarité européenne à ce sujet. On ne peut pas traiter ce sujet seul. Par exemple, les migrants éligibles au droit d’asile devraient être répartis dans différents pays.