Sarah Halimi: Le suspect mis en examen, sans qualification antisémite

SOCIETE L’homme a été mis en examen pour « homicide volontaire », plus de trois mois après ce meurtre…

20 Minutes avec AFP

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Illustration - Palais de justice
Illustration - Palais de justice — ALLILI MOURAD/SIPA

Le voisin musulman de Sarah Halimi, femme juive morte défenestrée en avril à Paris, a été mis en examen pour «homicide volontaire», plus de trois mois après ce meurtre, pour lequel la qualification antisémite n'a pas été retenue à ce stade, ce qui suscite de la «colère» dans la communauté juive.

«Il conteste toute motivation antisémite»

Kobili Traoré, 27 ans, toujours interné depuis ce drame survenu le 4 avril dans un HLM du quartier de Belleville, a été interrogé lundi par les magistrats instructeurs qui l'ont «mis en examen pour homicide volontaire au préjudice de Mme Attal-Halimi et pour séquestration» d'une famille voisine, a indiqué mercredi à l'AFP une source judiciaire.

Il a été présenté «au juge des libertés et de la détention et placé sous mandat de dépôt, mais reste toujours hospitalisé», a-t-elle précisé. Si cette mesure administrative était levée, le jeune homme serait conduit en détention provisoire. «Il conteste toute motivation antisémite», a fait savoir son avocat, Me Thomas Bidnic.

En pleine nuit, Kobili Traoré s'était introduit chez sa voisine du dessus en passant par l'appartement d'une famille d'amis. Aux cris d'«Allah Akbar», entrecoupés d'insultes et de versets du Coran, il l'avait rouée de coups sur le balcon, avant de la précipiter dans la cour.

Lucie Attal, aussi appelée Sarah Halimi - nom de son ancien époux -, une juive orthodoxe de 65 ans, était morte dans la chute. «J'ai tué le sheitan» (le démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme.

Une émotion vive dans la communauté juive

Le meurtre de Sarah Halimi, un nom qui réveille le terrible souvenir de l'assassinat antisémite d'Ilan Halimi en 2006, suscite une émotion vive dans la communauté juive, sur fond d'accusations de «silence médiatique» et de «déni du réel» face à un antisémitisme dans certains quartiers populaires, sous la pression d'un islam identitaire. Les responsables communautaires, les avocats des proches et un comité de soutien à la famille réclament que l'enquête retienne la circonstance aggravante d'antisémitisme.

>> Paris: La famille de Sarah Halimi, tuée par son voisin, dénonce l'inertie de la police le soir du drame

Interrogé par l'AFP, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, a exprimé une «réaction de stupéfaction, d'incompréhension et bien sûr de colère» en apprenant que ce mobile n'était pas retenu.

«Le point positif, c'est que l'assassin est mis en examen, ce qui laisse penser qu'il y a une reconnaissance de responsabilité», a nuancé le dirigeant de la vitrine politique de la communauté juive organisée.

Pour le président du Consistoire, Joël Mergui, «cet acte aurait dû être qualifié d'islamiste immédiatement, le fait qu'il ne l'ait pas été a créé un climat qui altère la confiance qui s'était installée entre la communauté et les autorités».

«Je suis furieux que les choses prennent autant de temps», a ajouté le responsable de l'instance religieuse, convaincu que, au final, la circonstance de l'antisémitisme sera retenue. «Dans la connaissance que j'ai du dossier, ça ne peut pas se terminer autrement», confie-t-il à l'AFP.

«Une première étape»

Avocat du fils de Sarah Halimi, Me David-Olivier Kaminski veut voir dans la mise en examen de Kobili Traoré «une première étape» alors que le dossier «était à l'arrêt».

«Il faut désormais que les juges et le parquet prennent leurs responsabilités pour que la dimension antisémite soit débattue au niveau judiciaire», a-t-il indiqué à l'AFP.

«Ma soeur craignait terriblement cet homme, il l'avait traitée de +sale juive+», avait affirmé en juin William Attal, au lendemain de son audition devant la police.

Une expertise psychiatrique a été ordonnée. Elle doit déterminer si le jeune homme est pénalement responsable.

Une plainte pour «non-assistance à personne en danger» a été déposée par la belle-soeur de la victime. Son avocat, Gilles-William Goldnadel, dénonce «l'inertie» des forces de l'ordre et «l'absence de coordination des services».

Sur place rapidement, les policiers n'avaient pas réussi dans la nuit à localiser rapidement l'appartement d'où provenaient les cris, selon des rapports d'enquête. Ils croyaient le suspect en train de séquestrer une famille dans l'immeuble voisin et attendaient des renforts, craignant d'avoir à faire à un islamiste armé.