«Summer of Love» 1967-2017: Énergie et cohésion... L’esprit «hippie» se cache-t-il dans les friches?

SERIE D'ETE A l’occasion des 50 ans du «Summer of Love», nous avons rendu visite aux Grands Voisins et à la Prairie du canal, qui jouissent de manière éphémère des friches pour créer le monde urbain de demain...

Romain Lescurieux

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L'équipe de la Prairie du canal à Bobigny (Seine-Saint-Denis)
L'équipe de la Prairie du canal à Bobigny (Seine-Saint-Denis) — R.LESCURIEUX
  • A la radio, sur les maillots de bain, dans des pubs ou à l’affiche de festivals… Le « Summer of Love » sera PARTOUT cet été à l’occasion des 50 ans du mouvement.
  • Cette récupération mercantile ne rend cependant pas hommage à l’esprit du mouvement. 20 Minutes veut croire à un nouvel « été de l’amour » possible et va partir à la recherche de l’esprit du Summer 67 dans le monde de 2017.
  • Ce cinquième épisode de notre série propose un focus sur les initiatives positives de vivre-ensemble qui prennent vie en lieu et place d'anciens endroits délaissés.

Premier été d’un côté, dernier de l’autre. Nous les avions quittés en début d’année 2016 et à l’époque ils actaient l’installation d’un poulailler et réfléchissaient à l’ouverture d’un camping sur le site de l’ancien hôpital désaffecté Saint-Vincent-de-Paul (14e) devenu depuis les Grands Voisins. Un an et demi plus tard, ces projets sont sortis de terre.

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Si les jours de ce village solidaire dans la ville restent comptés, la détermination est intacte, l’imagination sans limite. Comme sur de nombreuses anciennes friches du Grand Paris, actuellement. Et c’est tout l’objet d’un des axes de notre quête.

Le mur des valeurs des Grands Voisins
Le mur des valeurs des Grands Voisins - R.LESCURIEUX

Les « laboratoires du monde demain »

Cet été, à l’occasion des 50 ans du « Summer of Love »,20 Minutes part à la recherche d’amour et de paix, de la contestation de l’ordre établi, de la liberté, de psychédélisme mais surtout d’initiatives positives à l’heure où la jeunesse est dépeinte comme fataliste, négative et déprimée.

1967-2017: Les 50 ans du «Summer of Love»
1967-2017: Les 50 ans du «Summer of Love» - 20 minutes - Slideshow

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« A l’époque, ce mouvement du Summer of Love a été accueilli avec fascination. Tout le monde s’est précipité à San Francisco, des Américains, des Européens et même quelques Français, pour savoir ce qu’il s’y passait. C’était vu comme une sorte de laboratoire du monde de demain […] laissant comme héritage la révolution informatique et l’écologie », affirme Frédéric Monneyron, auteur avec Martine Xiberras de Le monde hippie : De l’imaginaire psychédélique à la révolution informatique (Imago). Aujourd’hui, où sont ces « laboratoires » qui fourmillent d’idées entre cohésion et vivre ensemble ?

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« Montrer que c’est possible »

« Nous n’avons pas la prétention de parler de modèle mais on a envie de continuer à montrer que c’est possible », affirme Florie, de l’association Aurore. Celle-ci est gestionnaire de l’ensemble du site des Grands Voisins depuis 2014 pour une mission d’accueil et agit contre l’exclusion sociale. Mais pour subvenir aux coûts de gestion – plus de deux millions d’euros par an – les membres, avec l’aide de Plateau Urbain et de Yes We Camp, ont décidé de proposer au fil du temps les espaces vacants contre une contribution aux charges. Le but : « baisser les barrières ».

>> 1967-2017 : Les 50 ans du « Summer of Love » en photos

Aujourd’hui, 600 personnes vivent dans les centres d’hébergement d’urgence et de stabilisation sur le site, qui compte également 250 structures (associations, espaces de co-working et start-up) et des centaines de visiteurs viennent profiter d’activités, des espaces et du bar. En tout, plus de 2.000 personnes coexistent au quotidien et apportent une contribution au projet global, dans cet espace de quatre hectares situé en plein cœur de la capitale. Une mixité des usages et des publics, sur un lieu réhabilité, qui intrigue. En ce jour de juillet, des journalistes coréens ont fait le déplacement dans le 14e. « Ils écrivent un article sur la reconversion et la mise en valeur de bâtiments vacants en Corée à travers des exemples en Europe. Pour la France, ce sont les Grands Voisins », explique leur traductrice.

Le Conseil des Grands Voisins vu d'un ancien service médical
Le Conseil des Grands Voisins vu d'un ancien service médical - R.LESCURIEUX

Mais quel avenir pour les Grands Voisins ? « On devrait déjà être partis », lâche Florie. La convention d’occupation qui allait initialement jusqu’à juin a finalement été prolongée jusqu’au 31 décembre pour laisser place à un projet d’écoquartier dès mars prochain. Beaucoup de réflexions, donc sur la suite mais rien n’est arrêté. « L’idée n’est pas de dupliquer tel quel le modèle ailleurs, mais de s’inspirer de ce qui est fait et fonctionne aux Grands Voisins pour le mettre en pratique ailleurs », note la jeune femme. « Les personnes dans les centres d’hébergement seront relogées. Des structures vont rejoindre le marché classique et on les accompagne », assure Jean-Baptiste de Plateau Urbain. Une chose est sûre, l’esprit des Grands Voisins restera et continue de se diffuser.

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« Des espaces délaissés rendus aux habitants » et aux poules

A la Prairie (Bobigny, Seine-Saint-Denis) nichée entre le canal de l’Ourcq et la Nationale 3, l’heure est au premier été. Un bassin en aquaponie, des tournesols, un jardin pédagogique, un mandala (une forme traditionnelle indienne censée insuffler des énergies positives et des bonnes vibrations), un poulailler et une clairière pour des concerts… Depuis mai 2017, l’association La Sauge qui s’est donnée pour mission de faire pratiquer à un maximum de gens une activité agricole, a installé sa « fée » (ferme écologie et éphémère) sur une parcelle de 5.000 mètres carrés de Bobigny où se trouvait initialement une ancienne usine de mobylette. Puis des débris. « Les friches urbaines sont le meilleur moyen de ramener de la nature en ville », explique Paul-Arthur, 22 ans qui travaille sur le projet.

La Prairie s'invente chaque jour
La Prairie s'invente chaque jour - R.LESCURIEUX

« On se déplace de friche en friche pour sensibiliser les populations environnantes aux enjeux de la transition écologique. Après des occupations sur la Petite ceinture et dans un dépôt de la SNCF, nous sommes là jusqu’en février prochain, puis nous irons ailleurs », affirme Swen, 28 ans, à la tête du projet avec Antoine, 26 ans, ingénieur agronome. En attendant l’installation probable de futurs équipements du Grand Paris, une dizaine de personnes construisent et animent cet espace qui peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

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« Nous sommes contents de voir que ces espaces délaissés, parfois reniés par les villes, soient rendus aux habitants et notamment à leur créativité », ajoute Swen, qui, avec son équipe, se prépare à accueillir dans quelques jours, des dizaines d’enfants de centres aérés de Bobigny pour leur montrer que la nature en ville, le vivre-ensemble « c’est possible ». Et ce n’est pas juste une utopie (bobo) hippie.

Les poules de la Prairie se nomment Sean Poule, Poulidor ou encore Poulnareff
Les poules de la Prairie se nomment Sean Poule, Poulidor ou encore Poulnareff - R.LESCURIEUX