«Je n’ai jamais giflé la candidate Nathalie Kosciusko-Morizet», martèle son agresseur présumé à son procès

PROCES Le procureur a requis quatre mois de prison avec sursis et 1.500 euros d’amende à l’encontre de Vincent Debraize, soupçonné d’avoir violenté l’élue Les Républicains...

Caroline Politi

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NKM en campagne à Paris le 15 juin peu avant son agression.
NKM en campagne à Paris le 15 juin peu avant son agression. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Le 15 juin, NKM avait chuté sur le sol, perdant connaissance, après une altercation pendant un tractage.
  • Son agresseur présumé, maire d'une petite commune de l'Eure, nie les faits
  • Le procureur a requis 4 mois de prison avec sursis et 1.500 euros d'amende. 

Pendant plus de trois heures, leurs regards ne se sont jamais croisés. Et sur aucun point, leurs versions ne se sont accordées. Ce mardi, devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Vincent Debraize, accusé d’avoir insulté et violenté Nathalie Kosciusko-Morizet lors d’un tractage pendant l’entre-deux-tours des législatives, a fermement nié avoir eu un quelconque geste agressif à son égard. « A aucun moment, je n’ai touché la candidate Nathalie Kosciusko-Morizet », n’a-t-il eu de cesse de répéter, articulant une à une chaque syllabe, comme pour appuyer son propos. Les photos de l’élue, étendue inconsciente sur le sol, avaient fait la Une des journaux.

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S’il reconnaît être allé parler à la candidate Les Républicains pendant qu’elle tractait sur le marché Maubert, dans le 5e arrondissement de Paris, c’était avant tout en sa qualité demaire (sans étiquette) de Champignolles, une petite commune de l’Eure, en Normandie. Vincent Debraize, élégamment vêtu d’un blazer bleu et d’un pantalon beige, assure avoir entamé la conversation sereinement, lui glissant néanmoins « bobo de droite contre bobo de gauche, on a vu le résultat, c’est Hidalgo à la mairie de Paris. » « Vous ne trouvez pas ça agressif ? », l’interroge le procureur. « Non, c’est juste une constatation ». Assise sur son banc, NKM trépigne, se retourne vers ses avocats, cherche leur regard. Selon elle, Vincent Debraize l’aurait immédiatement agressé verbalement, la traitant notamment de « bobo de merde » et non de « bobo de droite ». Si bien qu’un de ses gardes du corps lui aurait proposé de l’écarter. Elle refuse. « Ce n’est pas ma culture de couper la conversation avec un élu en général, un maire en particulier », explique-t-elle, droite comme un "i" à la barre.

« A ce moment-là, je l’ai vu tomber »

Mais rapidement, son interlocuteur serait devenu « de plus en plus agressif », lui arrachant ses tracts pour la gifler avec avant de lui donner un coup au niveau du thorax. « Je suis tombée en arrière et après je ne me souviens plus de rien. » Brièvement hospitalisée, elle a écopé de deux jours d’ITT. « On a dit qu’étant une femme, j’avais fait un malaise en raison de la chaleur. C’est totalement faux. Je n’ai jamais fait de malaise et je ne tombe pas comme ça », précise-t-elle.

Vincent Debraize l’écoute impassible, les mains posées sur les genoux, les yeux fixés sur le sol. Mais une fois de plus, leurs versions sont inconciliables. A l’en croire, les hostilités ont été déclenchées par NKM elle-même. Quelques minutes après le début de leur conversation, « elle camoufle son visage avec ses tracts et là, je l’entends dire de façon très lente, très distincte, à voix basse, ‘dégage connard’. » Il aurait alors saisi les tracts que l’élue pointait vers lui pour les jeter à terre. « A ce moment-là, je l’ai vu tomber », explique-t-il. Toute seule, donc.

Menaces et salut nazi

« Nathalie Kosicusko-Morizet se trompe-t-elle ? Ment-elle ? », interroge, avec une pointe d’ironie, le procureur. Vincent Debraize n’en démord pas. « Ou elle se trompe, ou elle ment. Moi tout ce que je peux dire c’est que je ne l’ai pas touché. » Quid des photos prises par un photographe de l’AFP qui accompagnait ce jour-là la candidate pour un reportage ? On le voit les tracts à la main, le bras levé. Nathalie Kosciusko-Morizet semble se protéger le visage. Dans son témoignage, la reporter précise d’ailleurs qu’il ne s’agissait pas d’une « altercation mais bien d’une agression ». Encore et toujours la même réponse. « Je maintiens, je l’affirme et je confirme, je n’ai pas giflé Mme Nathalie Kosciusko-Morizet. »

Pourquoi alors avoir pris la fuite s’il n’avait rien à se reprocher ? Vincent Debraize affirme avoir été immédiatement pris à partie par l’équipe de campagne de NKM. L’un d’entre eux lui aurait glissé « On va t’avoir ». Un autre aurait fait un salut nazi en disant « Heil Hitler. » « Grotesque », s’insurge la femme politique. Le prévenu n’en démord pas. « J’étais totalement encerclé, je ne comprenais pas ce déferlement de violence. » « Pourtant, sur les photos, on ne vous voit pas encadré », remarque le président. On aperçoit effectivement l’équipe se précipiter vers la candidate à terre tandis que Vincent Debraize regagne une station de métro.

Quatre mois avec sursis requis

L’expertise psychiatrique a souligné des « éléments paranoïaques » et « un sentiment de persécution » chez le prévenu. « Les faits sont interprétés, les propos se tordent pour donner une interprétation convaincante », note l’expert. Le procureur a requis quatre mois de prison avec sursis et 1.500 euros d’amende à son encontre. « Ces faits sont graves car Monsieur Debraize s’est attaqué à une élue et derrière cette agression, il y a la question de la démocratie. Lorsqu’un citoyen n’est pas content d’un élu, la seule sanction possible est de ne pas voter pour lui, pas de l’agresser », a-t-il estimé.

Quant à savoir si NKM avait bien été agressée en sa qualité d’élue – ce qui entraîne la circonstance aggravante d’outrage et de violence « sur personne en mission de service public » - ou de candidate comme le plaidaient les avocats de Vincent Debraize, le magistrat n’en doute pas une seconde. « Lorsqu’il agresse Nathalie Kosciusko-Morizet, il agresse la députée sortante et l’élue de Paris », assène-t-il. La décision a été mise en délibéré au 7 septembre.