«Summer of love» 1967-2017: On a marché avec l’homme derrière le tag «L’amour court les rues»

SERIE D'ETE A l’occasion des 50 ans du «Summer of Love», «20 Minutes» part à la recherche d’«amour» et de «paix» et a rencontré l’un des tagueurs parisiens les plus amoureux de la capitale…

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Pour Wilfrid, «L'amour court les rues» et ça a débuté à l'été
Pour Wilfrid, «L'amour court les rues» et ça a débuté à l'été — R.LESCURIEUX
  • A la radio, sur les maillots de bain, dans des pubs ou à l’affiche de festivals… Le « Summer of Love » sera PARTOUT cet été à l’occasion des 50 ans du mouvement.
  • Cette récupération mercantile ne rend cependant pas hommage à l’esprit du mouvement. 20 Minutes veut croire à un nouvel « été de l’amour » possible et va partir à la recherche de l’esprit du Summer 67 dans le monde de 2017.
  • Ce troisième épisode de notre série propose d’en savoir plus sur l’amour.

Il déambule dans son quartier de Montmartre (18e), à l’affût d’un pan de mur ou d’un encombrant. En une poignée de secondes, ce Poulbot dégaine un marqueur de sa poche et laisse sa trace sur un vieux sommier qui jonche le sol. Derrière lui, ces mots, son blase, sa philosophie : « L’amour court les rues ». Casquettes, lunettes, Wilfrid ne donne pas son âge mais a la tchatche facile.

Wilfrid, cet été, dans son quartier de Montmartre
Wilfrid, cet été, dans son quartier de Montmartre - R.LESCURIEUX

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A l’occasion des 50 ans du « Summer of Love », 20 Minutes part tout l’été à la recherche de l’esprit hippie, de la paix et de l’amour, de la contestation de l’ordre établi, de la liberté, du plaisir et du psychédélisme. Pour affiner notre quête, nous avons marché dans les rues de Paris, avec ce photographe de profession et poète urbain pour qu’il nous donne des pistes d’exploration, tout en revenant sur sa démarche, qui a commencé lors d’une soirée d’été torride.

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Depuis combien de temps tu inscris « L’Amour court les rues » sur les murs ?

Je fais ça depuis maintenant trois ans. Ça a commencé un soir d’été. J’étais avec ma chérie de l’époque à la terrasse d’un bar du quartier, quand elle me dit : « Viens on rentre à la maison (sourire). » L’ivresse aidant nous sommes partis en courant main dans la main comme des enfants de 15 ans en direction de chez moi. Puis, elle me signale un message d’amour négatif sur un mur. Je n’ai jamais eu de Posca (feutre) ou de bombes. Mais là, j’avais un marqueur car la veille je faisais le vernissage d’une de mes expos photos. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu l’idée d’écrire « L’amour court les rues » sur un mur. J’ai continué et ça a fonctionné. Les gens se raccrochent à ce slogan, d’autant plus depuis les attentats.

Quel est ton support ? Ton terrain de prédilection ?

C’est clairement mon petit village de Montmartre. Aujourd’hui, je ne me déplace jamais sans de l’encre et je peux faire parfois entre 10 et 15 kilomètres par jour à pieds dans Paris. J’adore aller rue Dénoyer à Belleville comme la rue des Rosiers dans le Marais. Il peut m’arriver d’en faire beaucoup si je m’amuse sur les passages cloutés. Après moi, mon truc ce sont les encombrants et les objets trouvés dans la rue, comme des matelas, des cuvettes de WC, des chaises… et les gens se servent gratuitement. C’est une marque déposée mais franchement, je n’aurais jamais imaginé être aussi vite un des street artists les plus connus du grand public.

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Pourquoi ?

Plus de 6.000 photos de fans ont été postées sur les réseaux sociaux avec le hashtag l’amour court les rues. Ça me dépasse un peu. Aujourd’hui, des gens se déplacent pour me demander de customiser des blousons en cuir, chemise, veste ou de venir chez eux pour écrire sur leurs murs. Des gens prennent des planches taguées dans la rue pensant que ça a de la valeur. Je ne suis pas certain. Par contre, j’expose car c’est important de rencontrer mes fans. Notamment au Bel’Air Bar Jaune à Montmartre. Dernièrement, c’est l’artiste Kebla qui m’a proposé d’exposer avec lui.

Jean-Luc Duez, l’homme qui a tagué « Amour » durant des années à Paris est décédé il y a quelques mois. C’était un proche ?

Oui. C’était une personne incroyable que j’ai rencontrée et avec qui j’ai fait des vidéos en 2004. Puis, nous nous sommes retrouvés quelques années plus tard. Il est passé de nombreuses fois chez moi, et j’en ai encore des traces un peu partout : sur une fenêtre et sur un grand miroir. Le plus beau cadeau qu’il m’a offert, c’est un des angles de l’ancienne place de la République signé « Amour » qu’il avait récupéré avant que la place ne soit refaite. Depuis, j’expose fièrement ce morceau de bitume dans mon salon.

Finalement, l’amour court-il vraiment toujours les rues ?

Si tu te poses cette question, c’est que tu ne dois pas être très heureux dans ta vie. Je suis Montmartrois, regarde dans les rues, tous les messages d’amour qu’il y a maintenant. Nous avons fait plein de petits avec Duez. Le plus important c’est de positiver, d’aimer et de le faire savoir. L’amour n’est pas mort.