Paris: Saviez-vous que les braqueurs agissent généralement en hiver et à moins de 4 km de chez eux?

ETUDE L’Observatoire national de la délinquance a passé au crible, dans une étude publiée ce jeudi, 870 vols à main armée à Paris et dans la petite couronne…

Caroline Politi

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Des policiers devant une boutique de la rue de la Paix à Paris après un braquage le 4 octobre 2013
Des policiers devant une boutique de la rue de la Paix à Paris après un braquage le 4 octobre 2013 — Thomas Samson AFP
  • Les braqueurs sont généralement Français, âgé de moins de 25 ans et récidiviste
  • Les supermarchés sont les cibles privilégiées
  • Les vols à main armée commis contre des particuliers sont souvent plus violents.

Quelles sont les cibles préférées des braqueurs ? Quand agissent-ils ? Combien leur rapporte en moyenne un casse ? Dans une étude publiée ce jeudi, l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP) a passé au crible les 870 vols à main armée perpétré en 2014 à Paris et dans la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne). « Les chiffres datent d’il y a trois ans pour pouvoir notamment prendre en compte l’enquête qui a suivi mais les caractéristiques n’ont pas changé », assure Christophe Soullez, son directeur. Une radiographie de la criminalité qui met à mal les idées reçues.

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Un homme français de 25 ans en moyenne avec un casier judiciaire. Sur les 870 vols à main armée recensés cette année-là, 248 affaires ont été résolues et 408 personnes ont été interpellées au cours des deux années qui ont suivi. Et sur l’ensemble des dossiers traités, une constante : la quasi-totalité des auteurs sont des hommes (98,5 %). Les rares femmes mises en cause n’ont joué qu’un rôle de complice. Les braqueurs, Français pour les trois quarts d’entre eux, sont majoritairement jeunes – 58 % ont moins de 25 ans dont 14 % de mineurs – et déjà bien connus des services de police (72 % d’entre eux ont un casier judiciaire).

Les supermarchés, plus braqués que les bijouteries. L’essentiel des braquages à Paris et en petite couronne vise des personnes morales, c’est-à-dire des magasins, des banques, des convoyeurs de fonds (58 %). Contrairement aux idées reçues, les petites et grandes surfaces sont les cibles privilégiées des braqueurs. Un quart des vols à main armée vise un supermarché, bien loin devant les bijouteries (6,3 %) ou les agences bancaires (3,4 %). Dans 50 % des cas, les montants dérobés n’excèdent pas 680 euros mais les écarts sont particulièrement importants. 31 casses en 2014 ont rapporté plus de 20.000 euros à leurs auteurs, dont deux plus de 350.000 euros. Dans 28 % des cas, les vols à mains armées visent des objets, notent les chercheurs. En premier lieu desquels, l’alcool et les cigarettes (22 %), les bijoux (19 %) et le matériel informatique (14 %).

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Vous avez plus de risques de vous faire braquer chez vous que dans la rue. Sur les 368 vols à mains armées ayant visé des particuliers à Paris et dans la petite couronne, 43 % ont eu lieu au domicile de la victime. Généralement, les braqueurs sonnent à la porte ou suivent la victime sur le chemin du retour pour s’introduire chez elle sans avoir à casser la porte ou la fenêtre. Les vols en pleine rue représentent néanmoins 39 % des agressions. L’étude met à mal l’idée selon laquelle, les vieilles dames sont les cibles privilégiées des malfrats. Dans les trois quarts des cas, les victimes sont des hommes seuls, plutôt jeunes, 32 ans en moyenne.

Chez les particuliers, les biens représentent l’essentiel du butin (73 %). Sur la première marche du podium : les téléphones portables et plus généralement le matériel informatique, suivi des véhicules et des bijoux. Les vols d’argent s’étalaient, en 2014, de 10 à 250.000 euros, notent les chercheurs. 50 % des braquages chez des particuliers ont « rapporté » moins de 370 euros.

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Les braquages ont généralement lieu le soir, entre décembre et février. Les braqueurs agissent généralement les soirs d’hiver, entre 18 heures et minuit. Les chercheurs ont en effet noté une concentration des vols à main armée entre les mois de décembre et de février. « Pour les magasins, cela s’explique assez facilement, confie le directeur de l’Observatoire. Au moment des fêtes de fin d’année et juste après, les caisses sont pleines et les stocks achalandés. Pour les attaques contre les particuliers, ce pic peut s’expliquer par le fait que les gens sortent moins de chez eux en hiver, les témoins sont donc plus rares. »

Qu’ils attaquent des commerces ou des particuliers, les braqueurs sévissent en moyenne près de chez eux. La moitié a parcouru moins de 3,6 km, 20 % ont agi à moins d’un kilomètre. « Agir près de chez soi, c’est avoir une meilleure connaissance du terrain, savoir où sont les lieux de replis et surtout pouvoir rentrer rapidement », poursuit le chercheur.

Les braqueurs de magasins, mieux préparés que les braqueurs de personnes physiques. C’est peut-être la principale différence entre les braqueurs de magasins et ceux qui s’en prennent aux particuliers. « Le degré de préparation et de préméditation est largement plus élevé chez ceux qui s’en prennent à des personnes morales », note le directeur de l’ONDRP. Preuve en est : 80 % des braqueurs dissimulent leurs visages sous une capuche ou un casque lorsqu’ils s’en prennent à des commerces, contre 48 % pour les particuliers. De même, dans 41 % des cas, les auteurs d’attaques contre des magasins ont plusieurs armes en leur possession contre 24 % chez ceux qui s’en prennent aux personnes physiques.

De ce degré de préparation dépend également la violence du braquage. Chez les particuliers, les actes de violence, souvent des coups de pied, poing, gifles, sont plus élevés que dans les commerces, 47 % des cas contre 37 %.