Corbeil-Essonnes: Les habitants dubitatifs face à la destruction des tours des Tarterêts

REPORTAGE Avec la rénovation des Tarterêts à Corbeil-Essonnes une partie des habitants craint pour leur avenir et celui du quartier…

Camille Anger

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Corbeil Essonnes, le 27 juin 2017. Le quartier des Tarterêts évolue depuis le premier projet de renouvellement urbain débuté en 2004.
Corbeil Essonnes, le 27 juin 2017. Le quartier des Tarterêts évolue depuis le premier projet de renouvellement urbain débuté en 2004. — C.ANGER
  • Treize tours ont déja été abattues aux Tarterêts. Il en reste quatre
  • Près d’un millier d’habitants doit être relogé mais certains souhaitent rester dans le quartier

Dans la maison des associations, un petit groupe de femmes s’activent. Ce samedi a lieu le carnaval des Tarterêts (Essonne) - le premier du genre - et à moins d’une semaine de l’échéance, tout reste à faire. A commencer par les costumes qui sont pour une partie d’entre eux, toujours à l’état de patron. Un événement convivial, « à l’image du quartier », assure Koumba, arrivée à Corbeil-Essonnes à l’âge de 21 ans. Son amie Fatimata, venue prêter main forte, ne raterait cet événement pour rien au monde, bien qu’elle n’habite plus dans ce quartier classé en Zone de sécurité prioritaire (ZSP) et en pleine mutation.

Depuis 2004, 13 tours ont été détruites. Selon le plan de renouvellement urbain de la commune, il reste encore à déloger les locataires des quatre tours des rues Paul-Gauguin et Paul-Cézanne, soit un millier de personnes.

Corbeil Essonnes, le 27 juin 2017. Rokia Coulibaly, Marianne Diallo et Koumba Kébé, des figures du quartier des Tarterêts (de gauche à droite et de haut en bas).
Corbeil Essonnes, le 27 juin 2017. Rokia Coulibaly, Marianne Diallo et Koumba Kébé, des figures du quartier des Tarterêts (de gauche à droite et de haut en bas). - C.ANGER

« Reconstruire des logements avant d’en détruire »

Fatimata, regrette presque d’avoir quitté une de ces tours de 15 étages. « Le loyer était parfait au N° 25 », se souvient-elle. Aujourd’hui, elle verse 300 euros de plus pour son logement. « Ce sont de fausses maisons sociales. Les loyers modérés ne sont pas à la portée de tout le monde », décrit la quadragénaire également agent de mairie. Guylain, 40 ans, habite dans une des tours rénovées de l’avenue Léon-Blum. Ce père de deux enfants s’en sort parce que le loyer qu’il verse à la la Croix-Rouge est calculé en fonction de ses revenus, « 15 % » de ceux-ci.

Des surfaces moindres pour un loyer plus cher. Eric Breton, adjoint au maire chargé de la politique de la ville admet cette réalité. Ce directeur d’une des huit écoles du quartier, celle de Jacques-Prévert, a aussi remarqué le désarroi d’un couple réinstallé en centre-ville. « Ils n’ont pas retrouvé le lien social tissé sur des années avec leurs voisins et commerçants des Tarterêts ». L’élu, conscient de devoir « reconstruire des logements avant d’en détruire » aimerait rassurer « les 90 % des locataires désireux de rester dans le quartier ». Or, il n’a aucune garantie de pouvoir le faire, à ce jour. « Le Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) prévoit le désenclavement du quartier et cela suppose un relogement dans d’autres secteurs », déplore-t-il.

Corbeil Essonnes, le 27 juin 2017. Une des quatre tours à détruire dans le quartier des Tarterêts.
Corbeil Essonnes, le 27 juin 2017. Une des quatre tours à détruire dans le quartier des Tarterêts. - C.ANGER

Zahia, habitante d’une des tours menacées de destruction, regrette déja le futur déménagement. « L’école, les transports, les amis, tout est là pour les enfants », lance-t-elle. Arrivée d’Algérie dans les années 2000, cette employée de restauration collective n’a « jamais eu de souci aux Tarterêts ». D’autant qu’ici le loyer est moins cher qu’ailleurs et elle assure ne « pas en avoir les moyens ».

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« Les cafards passent »

D’autres, en revanche, n’attendent qu’une chose : partir. A l’instar de Danielle. Elle a déchanté depuis le temps où, nourrice, elle guettait la fin de la construction des tours de la rue Paul-Gauguin, dans les années 1970. Locataire d’un F4 au rez-de-chaussée de l’immeuble n°27, la quinquagénaire jouit d’un petit jardin « qui fait le tour de l’immeuble ». Mais cette mère de quatre enfants n’en profite plus. Elle ramasse « des serviettes hygiéniques, voire des culottes » jetées à travers les fenêtres. Des ordures « dévorées par les rats ». Elle a signalé leur présence à son bailleur HLM. Elle a également formulé « 24 demandes d’appartement » auprès de la mairie de Corbeil-Essonnes, en vain. « S’il fallait bouger à Juvisy-sur-Orge, j’irai », confie-t-elle.

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