Bataille de chiffonniers au Marché Saint-Pierre

Sophie Caillat - ©2008 20 minutes

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Leurs visages sont devenus familiers des clients du Marché Saint-Pierre, célèbre vendeur de tissus installé au pied du Sacré-Coeur (18e). Silencieux, tenant dignement leur banderole, Hélène et Philippe Magdelonnette stationnent tous les jours, durant une heure et demie depuis dix-neuf mois, devant l'immeuble de leur ancien employeur. Ce dernier, Salomon Elbaz, les assignait hier devant le tribunal de grande instance de Paris pour « trouble illicite ». Pour la deuxième fois en un an et demi.

En juin 2006, au nom de la liberté d'expression, le juge des référés les avait autorisés à poursuivre leur pacifique mouvement. Entre-temps, le tribunal des prud'hommes a reconnu le caractère abusif de leur licenciement et condamné leur patron à leur verser sept mois d'indemnités chacun. Au chômage tous les deux, ils ont fait appel de cette décision car ils estiment qu'après vingt-huit et trente-quatre ans de service, cela fait peu pour être mis à la porte. « Ils font du chantage pour obtenir l'argent qu'ils n'ont pas eu aux prud'hommes », a dénoncé l'avocate du PDG du marché Saint-Pierre, bien décidé à les faire taire.

France Marcovitch, conseil du couple Magdelonnette, a donné une tout autre version de cette histoire. « Ils avaient 21 ans quand ils se sont rencontrés là-bas, c'était leur famille, ils ne font rien d'autre qu'être debout et dire "on a mal." » Hélène et Philippe voient approcher la fin de leurs droits au chômage avec angoisse. Et clament, sans illusion : « Si on pouvait être réintégrés dans l'entreprise, ce serait super ! » Décision rendue le 5 février.