Attentat raté sur les Champs-Elysées: Le double jeu d’Adam D.

TERRORISME Dans une lettre-testament envoyée le jour même de l’attaque contre un fourgon de gendarmerie, le terroriste affirme qu’il nourrissait son projet depuis « plusieurs années »…

Caroline Politi
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Un homme de 31 ans, islamiste radicalisé, a foncé lundi 19 juin avec sa voiture chargée d'une bonbonne de gaz et d'armes sur des gendarmes sur les Champs-Élysées à Paris.
Un homme de 31 ans, islamiste radicalisé, a foncé lundi 19 juin avec sa voiture chargée d'une bonbonne de gaz et d'armes sur des gendarmes sur les Champs-Élysées à Paris. — Matthieu Alexandre/AP/SIPA
  • Dans une lettre-testament, Adam D. confie qu'il mûrissait son projet depuis « plusieurs années »
  • L'arsenal découvert laisse présager un projet initial d'une plus grande ampleur
  • Adam D. affirme avoir tenté à plusieurs reprises de se rendre en Syrie

Dans cette affaire, les enquêteurs n’ont qu’une seule certitude : leterroriste n’a « pas atteint l’objectif envisagé », a déclaré ce jeudi le procureur de la République de Paris, François Molins. En projetant délibérément son véhicule contre un fourgon de gendarmerie, lundi après-midi, sur les Champs-Elysées, Adam D., 31 ans, n’a fait qu’une victime : lui-même. Pourtant, alors que l’enquête ne fait que commencer, de nombreux éléments attestent de sa détermination et de sa dangerosité.

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Sur le siège passager de la voiture qui a servi à l’attaque, les enquêteurs ont découvert un pistolet Glock, une carabine 7.62 (similaire à une kalachnikov), 28 chargeurs, plusieurs couteaux, une besace contenant des projectiles ressemblant à des ogives. Sur la banquette arrière du véhicule, deux bombonnes de gaz achetées la veille et pas moins de 8.700 cartouches.

A cet impressionnant arsenal s’ajoute le contenu de la perquisition à son domicile – en réalité celui de ses parents – au Plessis-Pâté, dans l’Essonne. Fusils à pompe, machette, fusil à lunette... Une partie du stock d'armes a vraisemblablement été acquis légalement car Adam D. était titulaire d'un permis depuis 2012. «L’ arsenal atteste de l’ampleur de l’action terroriste projetée, qui, si elle avait abouti, aurait pu avoir des conséquences humaines dramatiques », a précisé le magistrat.

Un projet de longue date

Dans une lettre testament envoyée le 19 juin, jour de l’attaque, à plusieurs de ses proches, le djihadiste se vante de préparer ce projet depuis « plusieurs années » et d’avoir commencé le tir sportif dans cette optique et non par « adhésion aux thèses survivalistes » comme il le faisait croire à ceux qui s’étonnaient de cette passion. Sa première inscription, dans un club de tir de l’Essonne, remonte à 2011.

Il confie également dans la missive avoir prêté allégeance à Abu Bakr al-Baghdadi et avoir tenté de rejoindre, en vain, la Syrie. Effectivement, les services de renseignements avaient été alertés au printemps 2015 que l’homme avait été repéré à la frontière gréco-turque avec sa femme, Tunisienne, et leurs deux filles, nées en 2010 et en 2015. Il avait été signalé au même poste frontière un mois plus tard, dans le sens retour. Ce qui n'a pas empêché les autorités françaises d’émettre une fiche « S » à son encontre.

En 2016, il effectue trois séjours en Turquie. A chaque fois, il indique, factures à l’appui, s'y rendre dans le cadre de son travail. Adam D. a monté en 2014 une petite entreprise de commerce d’or et de métaux précieux. S’il n’y a aucune trace d’un passage en zone irako-syrienne, le procureur a souligné « sa volonté déterminée » de rejoindre le secteur. Est-il parvenu à berner les autorités ou a-t-il réellement travaillé en Turquie ? L’enquête le dira. Reste qu'Adam D. était recherché également depuis 2014 par les autorités tunisiennes à cause de ses liens présumés avec un groupe terroriste local.

Pas de cible précise ?

Si sa détermination semble intacte, son passage à l’acte suscite néanmoins de nombreuses questions. Adam D. avait-il un projet précis ? Etait-il téléguidé depuis la Syrie ? Avait-il repéré sa cible auparavant ou au contraire a-t-il précipité son action, se sachant surveillé ? Lundi, sa Renault Mégane est repérée en différents points de la capitale. A 14h50, Adam D., seul dans le véhicule, traverse le pont de Grenelle en direction de la Tour Eiffel. Vingt minutes plus tard, il est au cœur du Champs de Mars. Il est ensuite aperçu à 15h34 circulant sur le Quai Branly.

A 15h39, il remonte les Champs-Elysées lorsqu’il croise l’escadron de gendarmerie en sens inverse. Il fait demi-tour et percute une minute plus tard le véhicule de tête, sur l’aile avant droite. Les forces de l’ordre à bord entendent quasiment instantanément une détonation, une fumée orange sort de l’habitacle en feu. Le suspect décède quelques minutes après l’impact, probablement à cause de l’effet de blast et l’inhalation des fumées, sans que les forces de l’ordre fassent usage de leurs armes.

L’enquête a été confiée à la DGSI, le service antiterroriste de la brigade criminelle et la sous-direction antiterroriste de la PJ.