Bournazel face à El Khomri: «Pour la première fois de ma vie, je vais voter blanc»

POLITIQUE Dans la 18e circonscription où aucun candidat n’a officiellement été investi par La République en marche (LREM), Pierre-Yves Bournazel (LR) et Myriam El Khomri (PS) s’affrontent ce dimanche. Au grand désespoir des électeurs de « gauche »…

Romain Lescurieux et Thibaut Le Gal

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Les deux candidats dans la 18e circonscription se réclament de la majorité présidentielle
Les deux candidats dans la 18e circonscription se réclament de la majorité présidentielle — R.LESCURIEUX

Opération séduction. Ce mercredi matin, devant l’entrée du métro Jules Joffrin (18e), deux militants s’activent, tracts dans les mains et polos aux couleurs de leur candidat. D’un côté, Nathan, 19 ans, « fan » du candidat LR. Son mot d’ordre : « Ne tombez pas dans la confusion. Le candidat de la majorité présidentielle c’est Pierre-Yves Bournazel ». De l’autre côté, Xavier, 31 ans, issu de l’équipe de campagne de Myriam El Khomri (PS). Son leitmotiv à lui : « Mobilisons les forces. Il faut maintenir cette 18e circonscription à gauche ».

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Un homme du quartier passe, un brin mitigé face à ces arguments. « Je crains que beaucoup de gens la boycottent dimanche », déplore celui qui habite dans le 18e depuis dix ans. Et pour cause.

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« Pour la première fois de ma vie, je vais voter blanc »

Dans cette circonscription, Pierre-Yves Bournazel – soutenu officiellement par Edouard Philippe - est arrivé en tête dimanche dernier avec 31,76 % des voix, devant Myriam El Khomri (20,23 %). Elle, qui multiplie les sorties dans la presse et assure avoirle « soutien officiel » d’Emmanuel Macron, se prépare à un second tour compliqué. Pour faire face, l’ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a décidé de voler à son secours ce mercredi sur le terrain. Un déplacement suffisant pour convaincre ? Dans le quartier, certains électeurs de gauche sont déjà certains de leur « vote ».

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« Aucun candidat ne me correspond. Je vais m’abstenir », lance Sébastien, un « Insoumis » de 43 ans, « né ici ». Non loin Patricia, attablée à la terrasse d’un café, qui vit dans le quartier depuis 40 ans, regrette aussi cette situation politique. « J’ai toujours voté à gauche. Et pour la première fois de ma vie, je vais voter blanc. Je trouve ça dommage pour mon arrondissement, mais c’est comme ça », s’exclame-t-elle. Cette ancienne socialiste « convaincue » passée « Insoumise » cette année, ne « peut pas voter Myriam El Khomri ». La raison principale de cette rancœur : La loi Travail. Dans ce sens le candidat Paul Vannier (LFI) et Caroline de Haas - égérie de la lutte contre cette loi - ne laissent planer aucun doute.

Les affiches des candidats dans le 18e arrondissement
Les affiches des candidats dans le 18e arrondissement - R.LESCURIEUX

« Ne pas donner une seule voix aux destructeurs du Code du travail »

Contacté par 20 Minutes, Paul Vannier - qui a obtenu 16,6 % des voix - revient sa position pour ce second tour. « Myriam El Khomri incarne ce contre quoi nous nous battons à tous points de vue : la loi Travail, l’autoritarisme avec le 49.3, la professionnalisation de la vie politique », explique-t-il. Lundi soir, les militants se sont réunis pour discuter. « Nous étions tous d’accord pour ne pas donner une seule voix aux destructeurs du Code du travail, et donc de choisir entre le vote nul, blanc et l’abstention. Il faut s’attendre à une démobilisation très forte », conclut-il. Même conclusion du côté de Caroline de Haas qui a, elle, obtenu 13,57 %.

« Dans nos sphères militantes, tous disent qu’ils vont voter blanc ou s’abstenir. El Khomri et Bournazel sont les deux faces d’une même pièce. On ne va pas départager bonnet blanc et blanc bonnet », affirme auprès 20 Minutes, celle qui a reçu un appel de la part de l’ex ministre du Travail. « Elle m’a appelé après les résultats… (rires) Mais elle n’était pas dupe, je lui ai dit que je ne me prononcerai pas entre deux candidats de droite ».