Paris: Le tri des déchets alimentaires «ne fonctionne pas» selon un gardien

PLANETE A titre expérimental, la majorité des habitants des 2e et 12e arrondissements a reçu de la part de la mairie de Paris des mini-poubelles marron pour les déchets alimentaires…

Camille Anger
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Paris, le 20 juin 2017. Les poubelles marrons dédiées aux déchets organiques sont vidées par le Syctom deux fois par semaine.
Paris, le 20 juin 2017. Les poubelles marrons dédiées aux déchets organiques sont vidées par le Syctom deux fois par semaine. — C.ANGER
  • La mairie de Paris a instauré depuis le mois de mai un système de collecte de déchets alimentaires dans le 2e et le 12e arrondissement
  • L’objectif est de réussir d’ici 2020 à étendre cette expérimentation à tout Paris
  • Le défi est loin d’être gagné car il est question de changer les habitudes

Pour qui dispose d’un jardin, avec poules et compost, les conditions pour trier ses déchets alimentaires sont idéales. Mais en ville, l’affaire se corse. Quoique la maire Anne Hidalgo et son équipe ont encouragé plusieurs initiatives. La dernière en date, une collecte dédiée aux déchets alimentaires est organisée dans les 2e et 12e arrondissements de Paris. Cette expérimentation sert de point de départ à un projet censé être étendu à toute la capitale en 2020.

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« Ce n’est pas pratique »

Actuellement, seulement 20 % du contenu des poubelles est recyclé. L’objectif de la mairie de Paris est d’atteindre 75 % d’ici 2025, notamment grâce aux déchets humides ou organiques. Pour commencer, la ville de Paris prévoit de transformer 3.500 tonnes de déchets alimentaires annuels. Tous partent en usine de méthanisation. « C’est une ressource qui va pouvoir se vendre en tant que biogaz ou compost. Mais nous cherchons avant tout à limiter l’impact du tissu urbain sur l’environnement », rappelle Catherine Baratti-Elbaz, maire du 12e arrondissement de Paris également biologiste de formation.

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Encore faut-il que la population suive. Sur la porte de son appartement du quartier de Charenton-Picpus, Alexander a posé l’autocollant remis par la ville. Celui-ci indique qu’il est « équipé en p’tit bac ». Il a bien tenté l’expérience mais il a fini par abandonner. « Pas par manque de conviction, assure-t-il, mais parce que ce n’est pas pratique. » Pour ce jeune homme de 26 ans, jeter des déchets alimentaires, c’est un geste de plus à penser. « Le gardien n’a pas pu avoir de poubelle dédiée à cela dans notre local à ordures, trop souvent j’oublie… »

« Surpris d’ouvrir la porte aux distributeurs le 8 mai »

Joël, le gardien de l’immeuble, déplore ne disposer « que d’une poubelle de 120 litres » pour recueillir les déchets alimentaires de 230 logements, soit « environ 500 personnes ». Pour bien faire, il lui aurait fallu « six poubelles ». « Ça ne fonctionne pas. Nous trouvons de tout sauf de quoi faire du compost dans la poubelle censée recueillir tous les déchets des résidants », déplore Joël. Il y trouve « des cartons » notamment.

Une centaine de personnes, recrutées en service civique ou bien des agents de la section propreté de la ville de Paris ainsi que du Syctom, a distribué mon p’tit bac aux  74.161 foyers des deux arrondissements entre les mois de mai et juin. Joël se souvient d’avoir reçu la sienne « un jour férié ». D’abord « surpris d’ouvrir la porte aux distributeurs le 8 mai », il a par ailleurs constaté « pas mal de petits seaux restés dans les couloirs ». Mais selon le gardien, d’autres solutions auraient pu être étudiées pour encourager le tri. « Un potager urbain se situe à deux pas de l’immeuble. C’est là qu’il faudrait prévoir une poubelle à compost ! »

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« Cela faisait longtemps que nous attendions ce type de tri »

Parmi la « quinzaine d’habitants motivés », un chiffre annoncé par Joël, il existe un jardinier. « Cela faisait longtemps que nous attendions ce type de tri », défend Eric. Chez lui, « tout ce qui est vert » part dans le p’tit bac. Tous les déchets alimentaires peuvent y être jetés : épluchures de légumes, yaourts périmés (sans le pot, bien sûr), pain rassis, peaux d’agrumes et graines y passent. Deux fois par semaine, à l’instar du rythme de collecte du Syctom, Eric remet ces détritus dans un sac plastique donné par la ville dans la poubelle collective marron placée à l’extérieur.

Les Parisiens produisent 160.000 tonnes de déchets alimentaires par an et sont connus pour jeter trois fois plus de déchets que les autres Français. En voilà au moins un prêt à réajuster le tir pour améliorer le tri. D’autres aimeraient mais ne peuvent pas. C’est le cas de Tiphaine, distributrice du p’tit bac dans les 2e et 12e. « Je cuisine beaucoup alors ce genre de tri m’aurait vraiment servi ! » Mais elle habite Bobigny et là-bas, un tel dispositif n’est pas d’actualité.