L’ex-patron du Raid candidat aux législatives: «M’engager en politique n’était pas un projet de longue date»

INTERVIEW Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du Raid, l’unité d’élite de la police, est candidat dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne…

Propos recueillis par Caroline Politi

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L'ancien patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue, brigue aujourd'hui un siège de député.
L'ancien patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue, brigue aujourd'hui un siège de député. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Jean-Michel Fauvergue a été investi par La République en marche dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne.
  • L’ancien chef du Raid a été « séduit » par le programme d’Emmanuel Macron, notamment sur le volet sécurité.

Le 13 juin 2016, l’alerte retentit dans les locaux du Raid. Un djihadiste vient de tuer un couple de policiers à son domicile de Magnanville. Leur petit garçon, âgé de 3 ans, est retenu en otage. Le chef de l’unité d’élite, Jean-Michel Fauvergue, 60 ans, dont trente-huit dans la police, coordonne l’intervention. C’était déjà lui qui était aux commandes en janvier 2015 lors de l’assaut de l’HyperCacher ou en novembre de la même année au Bataclan et à Saint-Denis où plusieurs terroristes étaient retranchés. L’enfant sera libéré sain et sauf.

Ce mardi, près d’un an jour pour jour après cet attentat, le programme était bien différent. Vêtu d’un élégant costume gris, l’ancien chef de l’unité d’élite de la police a passé la matinée à tracter devant la station de métro Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne.

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Il a été l’un des tout premiers à être investi par La République en marche, avant même qu’Emmanuel Macron ne soit élu. Il vit « depuis vingt ans » dans la circonscription mais préfère taire le nom de sa commune par mesure de sécurité. Il affrontera dimanche, au premier tour de l’élection législative, le député sortant Eduardo Rihan Cypel (PS), mais également Chantal Brunel (LR) et Aurélie Cournet (FN). Rencontre entre deux distributions de tracts.

Comment passe-t-on de chef d’une unité d’élite de la police à candidat aux législatives ?

M’engager en politique n’était vraiment pas un projet de longue date. Mais au fur et à mesure que la date de ma retraite se rapprochait [elle est prévue pour la fin de cette année], j’ai commencé à réfléchir à un moyen de continuer à servir mon pays. Je me suis renseigné sur tous les programmes des candidats majeurs et républicains. J’insiste bien sur le second terme ! Celui d’Emmanuel Macron m’a séduit, notamment en matière de sécurité parce qu’il n’était pas uniquement sur le volet répressif. Nous nous sommes rencontrés à la fin de l’année 2016 et me voilà ! C’est une nouvelle vie qui commence.

Pendant la présidentielle, j’ai fait des propositions en matière de sécurité qui ont été débattues avec le reste de l’équipe de campagne

Être un ancien du Raid aide-t-il à faire campagne ? Les gens vous reconnaissent-ils lorsque vous tractez ?

Certains oui ! Lorsque j’ai apporté publiquement mon soutien à Emmanuel Macron, les médias en ont beaucoup parlé. Mon profil n’est pas courant, ça suscite de l’intérêt et de la curiosité. C’est également, parfois, un moyen d’accrocher l’attention lorsqu’on va à la rencontre des gens. Mais mon ancien métier ou mon expertise sur la sécurité ne suffisent pas à faire campagne. Il faut aborder tous les thèmes, être à l’écoute des habitants, être présent… La campagne se passe pour l’instant très bien. Il n’y a pas d’agressivité, même chez les gens qui ne partagent pas notre point de vue. La personnalité du président attire la sympathie.

Jean-Michel Fauvergue, le patron du Raid, l'unité d'élite de la police nationale, à Bièvres en France, le 5 septembre 2013
Jean-Michel Fauvergue, le patron du Raid, l'unité d'élite de la police nationale, à Bièvres en France, le 5 septembre 2013 - Fred Dufour AFP

Lorsque vous avez annoncé votre soutien à Emmanuel Macron, certains vous ont imaginé futur conseiller technique sur des questions liées à la sécurité…

D’abord, ce n’est pas quelque chose qu’on choisit ! Moi, j’aime l’idée d’être élu, cela permet d’asseoir une certaine légitimité, de faire un pont entre mon ancienne vie et la nouvelle. Pendant la campagne, j’ai fait des propositions en matière de sécurité qui ont été débattues avec le reste de l’équipe de campagne. Certaines ont été acceptées, d’autres non.

Lesquelles ?

Secret de fabrication ! Mais si je suis élu député, je pourrais continuer à échanger mes idées. Il y a des commissions parlementaires prévues à cet effet, par exemple.

Comment passe-t-on d’un métier de l’ombre à une fonction aussi exposée que celle de député ?

La médiatisation, je l’avais déjà eue lors de certaines affaires. Bien évidemment, ce n’est pas pareil, il faut respecter le devoir de réserve, tout est très cadré. D’ailleurs, j’y suis encore soumis puisque je suis en congé administratif jusqu’au 18 juin. Je ne peux pas parler de mes anciennes missions, par exemple. Mais lorsqu’on a dirigé un certain nombre d’opérations, on est forcément amené à penser à la manière dont on pourrait améliorer les choses. Je m’étais déjà exprimé lors de mon audition par la commission parlementaire sur les attentats de Paris. En tant qu’homme politique, on peut défendre ce que l’on croit.

Je n’ai pas la pression de perdre ou de gagner

Est-ce que l’adrénaline des interventions vous manque ?

Quand on a été policier de terrain, et notamment quand on a dirigé une unité telle que le Raid, on baigne dans l’action. Donc évidemment ça me manque mais il faut savoir tourner la page. De toute façon, ma retraite étant très proche, c’est quelque chose auquel j’étais préparé. La seule chose que je ne regrette pas, c’est la peur de perdre un de mes hommes pendant une intervention.

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La politique, c’est une autre forme de pression ?

Je n’ai pas la pression de perdre ou de gagner. D’abord parce que je ne suis pas d’un tempérament stressé, et puis mon métier m’a donné une forme de recul. Franchement, ça ne m’empêche pas de dormir ! Si je ne suis pas élu, je reviendrai à mon idée initiale : participer à des conférences sur le haut management et le leadership. Mais une campagne, c’est très intense. On doit faire dix choses en même temps, j’ai rencontré tous les maires de ma circonscription, les présidents d’agglomérations… Il faut aller sur le terrain, être à l’écoute, poser beaucoup de questions… Depuis le mois d’avril, je ne me suis pas arrêté une seconde !

Comment vos anciens collègues du Raid ont-ils vécu votre reconversion ?

Je n’aime pas le mot reconversion, il y a quelque chose de négatif. Je parlerais plutôt d’un renouveau. Et pour ce qu’ils en pensent, demandez-leur ! Plus généralement, que ce soit au niveau du Raid, de la police ou de la gendarmerie, les collègues sont plutôt contents d’avoir quelqu’un qui partage leurs préoccupations.

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Vous êtes optimiste pour dimanche ?

[Grand sourire] On verra bien. On se méfie toujours des sondages. Quand ils sont trop mauvais, on n’y croit pas. Quand ils sont trop bons, on se méfie ! [NDLR : Mais une réunion pour préparer l’entre-deux-tours était prévue ce mardi…]