Attentat de Manchester: Les abords des salles de spectacle et des stades, point faible de la sécurisation?

TERRORISME L’attentat de Manchester a eu lieu devant la salle de concert, dans une zone publique. Comment assurer la sécurité autour des lieux de rassemblement ?

Caroline Politi

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Devant le Manchester Arena après l'attentat pendant le concert d'Arina Grande
Devant le Manchester Arena après l'attentat pendant le concert d'Arina Grande — TIMOTHY A. CLARY / AFP
  • Une bombe a été déposée devant l'entrée d'une salle de concert à Manchester, faisant au moins 22 morts.
  • La sécurisation des flux de personnes, et non pas uniquement des lieux, est un enjeu grandissant.

Ariana Grande était en train d’entamer sa dernière chanson lorsqu’un bruit sourd a retenti au fond du Manchester Arena, l’une des plus grandes salles de concert d’Europe. Le doute sur l’origine de l’explosion n’a pas plané longtemps. Moins d’une heure plus tard, la police des transports britannique a indiqué qu’ une bombe avait explosé dans le hall de la salle de concert, un espace public accueillant boutiques et bars qui relient la salle à la gare, toute proche, de Victoria. Le bilan est lourd : 22 morts et une soixantaine de blessés. Beaucoup d’adolescents, venus parfois avec leurs parents écouter la star américaine, étaient en train de quitter les lieux au moment de l’attentat, revendiqué par l’organisation terroriste Etat Islamique.

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Si la maire de Paris, Anne Hidalgo, a affirmé ce mardi au micro d’Europe 1 sa volonté de ne pas annuler de concerts ou d’événements dans la capitale, des « consignes » ont été transmises par le ministère de l’Intérieur aux préfets afin qu’ils puissent assurer, en collaboration avec les organisateurs d’événements, la sécurité. Dès le début d’après-midi, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a réuni les directeurs des salles de spectacle, cinéma, théâtre mais également les organisateurs du tournoi de tennis de Roland-Garros et la Fédération française de football pour passer au crible le « dispositif » mis en place pour prévenir toute attaque similaire. «  Des instructions ont été données pour renforcer la sécurité », a-t-il affirmé, à l’issue d’un court point presse.

Heure de fin et extension du périmètre de sécurité

Déjà après l’attaque du Bataclan, la sécurisation des salles de spectacle avait fait l’objet d’une profonde réorganisation. Toutes avaient été mises en lien avec les commissariats d’arrondissement afin d’évaluer leur dispositif. La présence d’agents de sécurité privée avait été renforcée pour assurer un meilleur filtrage et fouille. Certaines se sont équipées de portiques de sécurité. Devant d’autres, des plots en béton ont été installés.

Cette fois, l’accent a principalement été mis sur la sécurisation des extérieurs, les files d’attente, les accès à la salle, la protection du public à sa sortie. Désormais, les organisateurs d’événements doivent notamment transmettre les horaires de fin des spectacles aux autorités afin de renforcer les patrouilles aux abords, a détaillé le préfet. De même, il a annoncé l’extension du périmètre de surveillance. L’accent sera notamment mis sur les événements à destination des enfants ou des adolescents. « Une des priorités à atteindre est de limiter au maximum les regroupements de personnes dans les espaces publics non sécurisés », a précisé Michel Delpuech.

File d’attente et heure de sortie

La question de la sécurisation aux abords des zones de rassemblement s’était longuement posée au moment de l’Euro. A l’entrée des stades ou des fan-zones, les supporters étaient palpés, leurs sacs fouillés, mais comment éviter que des terroristes s’en prennent à la file d’attente que génère nécessairement un contrôle approfondi ? « Le risque zéro n’existe pas, rappelle Olivier Duran, le porte-parole du Syndicat national des entreprises de sécurité. Mais nous avons beaucoup travaillé en amont avec les autorités sur la gestion des flux afin de trouver des moyens d’éviter des points d’engorgements. » Un travail de sensibilisation a été mené en amont : le public a été appelé à venir très en avance afin d’étaler les files d’attente, si possible sans gros sac à dos. Les points de contrôle ont été multipliés, le nombre d’agents de sécurité a été revu à la hausse, des portiques de sécurité ont été installés.

Ces changements sont pour la plupart devenus la norme. Mais l’Euro ne durait que quelques semaines et les points d’achoppement étaient clairement identifiés. Comment surveiller l’entrée et la sortie de toutes les salles de concert, de cinéma, des enceintes sportives sur le long terme ? Théoriquement, les agents de sécurité privée ne peuvent, hors autorisation spéciale, intervenir dans l’espace publique. « Même sur le trottoir, il faut une autorisation », assure le syndicaliste, qui reconnaît néanmoins une tolérance à ce niveau.

Vers une sécurisation de plus en plus « dynamique »

La sécurisation incombe donc aux forces de l’ordre. Ainsi, à Paris, a rappelé le préfet, 756 fonctionnaires et militaires sont déchargés de toute fonction d’intervention et dédiées à la lutte antiterroriste. « Ces patrouilles prendront en compte les salles de spectacle et les événements organisés », a-t-il ajouté. Lors des gros événements, sportifs ou culturels, la police assure déjà la sécurisation vers les transports, mais difficile à généraliser à tous les lieux de divertissement, tant le rythme est déjà soutenu. « Il faut aller vers une sécurisation de plus en plus dynamique et non statique », assure Alain Bauer, professeur en criminologie au conservatoire des arts et métiers. En clair : ne plus réfléchir en termes d’espace mais de flux humains. « Ça commence déjà à se faire, mais il faut intégrer au maximum les distances, les zones de transports… », assure l’expert.