Présidentielle: A Yerres, un vote aux allures de référendum, «pro» ou «anti» Dupont-Aignan

REPORTAGE A Yerres, les habitants se montrent plus ou moins surpris du ralliement de Nicolas Dupont-Aignan au Front national... 

Camille Anger

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Yerres, le 7 mai 2017. Loïc et Yann font partie des manifestants opposés au ralliement de leur maire Nicolas-Dupont-Aignan au FN.
Yerres, le 7 mai 2017. Loïc et Yann font partie des manifestants opposés au ralliement de leur maire Nicolas-Dupont-Aignan au FN. — C.ANGER

Une idée hante Daniel depuis le mois de novembre et le lancement de la campagne présidentielle. « Je ne peux pas m’arrêter de penser à 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir », souffle dimanche matin ce retraité de Yerres avant de glisser un bulletin dans l’urne. Un sentiment renforcé la semaine dernière par le ralliement du maire de cette petite commune de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan, au Front National. « On est passé chez les Nazis », poursuit Serge, 78 ans, à la sortie du bureau de vote de l’école Maternelle Saint-Hubert. Pourtant, « [il] avait une très bonne opinion du maire… Avant ».

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« Ça nous fait bizarre de savoir qu’il devient pro Le Pen »

Mamadou, aussi, s’étonne du choix du leader de Debout La France. « Ma mère a bossé avec lui, à la mairie. Ça nous a fait bizarre de savoir qu’il devient pro Le Pen ! » Cet homme de 27 ans avait voté au premier tour de l’élection présidentielle pour Nicolas Dupont-Aignan. Pour le second tour, il hésite encore.

« C’est un bon gestionnaire, il a sorti sa ville de l’endettement, il a rénové des routes, des bâtiments », renchérit Michel. Mais son ralliement lui a fait l’effet d’un coup de massue. « Il a cassé l’esprit gaulliste », souffle-t-il. A quelques minutes de voter, il est encore indécis. « Peut-êtreblanc ». Fabrice et Christine, 50 et 46 ans, votaient également régulièrement pour Nicolas Dupont-Aignan même s’ils dénoncent des « taxes foncières élevées » et ne s’avouent « pas fiers d’habiter une commune où des lacunes sur les logements locatifs sociaux ont été révélées ». Mais cette fois, le couple « ne lui souhaite pas de gagner ! »

« C’est dans la logique »

Michel, artisan de 58 ans, défend le choix de son maire. « C’est dans la logique », avance-t-il. « Nicolas Dupont-Aignan veut faire carrière en politique pour exister, c’était son seul choix », défend-il. Le maire nationaliste a trouvé des accords avec Marine Le Pen sur les questions européennes, « la priorité nationale et patriotisme démocratique ».

Même si Abou n’est inscrit sur aucune liste, il comprend le choix de l’édile. « Je ne prends de parti pour personne », explique le Réunionnais, arrivé sur la commune en 1980, tout en estimant que Marine Le Pen « n’est pas raciste ».

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Quelle que soit l’issue du scrutin ce dimanche, les opposants au maire promettent de ne pas baisser les bras de sitôt et pensent déjà aux prochaines élections. « Le gaullisme pour Nicolas Dupont-Aignan, c’est fini ! Il s’était tenu à distance du parti lepéniste mais là, il vient de franchir une limite. » A ses côtés, Yann affiche sa déception d'« habiter une ville potentiellement fasciste ». Tous les deux manifestent régulièrement depuis l’annonce du ralliement et compte bien répondre présent au rassemblement prévu dès ce lundi, à 15 heures sur la place de l’église.