« Il faut anticiper l'explosion numérique »

Propos recueillis - ©2008 20 minutes

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Francis Parny

Vice-président (PCF) du conseil régional, en charge de la Culture.

A l'occasion des états généraux de la culture, qui se tiennent aujourd'hui, vous allez débattre de la numérisation des cinémas. S'agit-il d'un enjeu important ?

Nous sommes à l'heure de l'explosion numérique. Peu de films sont réalisés en numérique aujourd'hui, mais il faut anticiper, car cette technique va rapidement se généraliser. Les majors n'auront aucun mal à numériser leur catalogue et à équiper leurs salles. Quid en revanche des cinémas indépendants ? L'équipement d'une salle, avec la modification de la cabine, coûte entre 80 000 euros et 100 000 euros. Certaines structures n'auront pas les moyens de s'équiper, et risquent de souffrir considérablement.

Que peut faire la région sur un tel dossier ?

Aux Etats-Unis, ce sont les diffuseurs qui financent. En France, nous sommes à la recherche d'un modèle économique différent, pour éviter que ces derniers contrôlent tout et fassent pression sur la diffusion des films. L'intervention publique est nécessaire, et la région, en partenariat avec le CNC [Centre national du cinéma], veut être moteur sur ce dossier. Nous possédons sur notre territoire quelque trois cents salles indépendantes, soit mille écrans, et nous voulons continuer à défendre la diversité culturelle. Nous avons donc provisionné 750 000 euros pour cette année, afin de financer à hauteur de 50 % les travaux d'équipement d'une salle. Ainsi, dès le deuxième semestre 2008, nous allons pouvoir aider une trentaine de cinémas en Ile-de-France. Evidemment, nous avons choisi la norme la plus performante, dite « K2 », pour permettre aux salles de diffuser tous les films en numérique. Nous allons aussi demander aux cinémas indépendants de se regrouper, afin d'obtenir des prix sur le matériel et les logiciels.

Etes-vous si certain que la « bascule » à l'ère numérique va être aussi rapide ? Il semble qu'UGC ait choisi d'attendre...

Le CNC a lancé une étude qui sera prête fin mars. On en saura alors un peu plus. Mais on sait déjà qu'aux Etats-Unis de nombreux films sont produits en numérique. A la fin du mois, je me rends à Bombay pour faire un état des lieux de la production indienne. Je suis convaincu que cette « bascule » se fera très vite : d'ici à deux ans, peut-être moins. Malgré tout, il faudra intervenir au bon moment : la période de « cohabitation » entre le 35 mm et le numérique doit être la plus courte possible, car cela va engendrer des frais supplémentaires pour les salles.

Combien de salles se sont déjà équipées en Ile-de-France ?

On en dénombre cinq, et trente-neuf dans toute la France. A Paris, le Max-Linder (9e), le Gaumont des Champs-Elysées, le Publicis (8e) et l'Arlequin (6e) sont équipés, le Balzac (8e) est en cours. En banlieue, seul le CGR à Torcy (Seine-et-Marne) a franchi le cap.

Quels sont les principaux avantages de cette technique ?

Le film Azur et Asmar, sorti récemment, a été entièrement tourné en numérique. La qualité de l'image est extraordinaire. Le réalisateur du film, Michel Ocelot, m'a confié que toutes ses réticences avaient été levées quand il a tourné, notamment en raison de la légèreté du matériel. Enfin, d'un point de vue commercial, le numérique, c'est la disparition des copies des films, donc une économie considérable. L'absence de copies peut aussi permettre de porter l'oeuvre le plus loin possible : on pourrait ainsi équiper les centres sociaux pour la diffusion de documentaires. Cette innovation technique peut permettre une démocratisation culturelle, à condition que le marché ne s'en empare pas de façon exclusive.