« Dans le quartier, il n'y a plus que des boîtes à fric ! »

C. B. - ©2008 20 minutes

— 

Carla Griffiths, habitante de l'avenue George-V depuis quarante-cinq ans, se promène de moins en moins dans le quartier des Champs-Elysées.Ce sont les touristes « McDo » comme elle les nomme, qui l'excèdent. « Ils vous bousculent et vous hurlent dans les oreilles », s'énerve cette personne âgée élégante. Et puis il y a la disparition à petit feu des commerces de proximité, qui a « fichu en l'air la vie de quartier ». « Regardez rue François-Ier, il n'y a plus que des boîtes à fric ! Et les boulangeries maintenant ne font plus que des sandwichs pour que ce soit plus rentable. »

Aujourd'hui, seules les grandes enseignes peuvent encore s'offrir un loyer avenue des Champs-Elysées, à l'instar de la marque Nespresso, arrivée en décembre dernier. En attendant, les cinémas, qui font de moins en moins de marge sur la vente des tickets, « disparaissent les uns après les autres dans le quartier », relève le Comité des Champs-Elysées. Et la poste de l'avenue, la seule qui possédait le tampon « Champs-Elysées » si prisé des touristes, est menacée de fermeture. Son loyer est passé de 15 000 euros à 108 000 euros par mois pour 240 m2, après renégociation du bail commercial en 2003. « Va-t-il falloir classer tous les bâtiments aux Monuments historiques, comme le Fouquet's, pour pouvoir conserver tous les petits commerces ? », s'indigne Jean-Paul Rouillac, permanent CGT à La Poste. Norbert Septfons, agent immobilier chez George V Real Estate, constate aussi une désertification des petites boutiques. « Il n'y a plus que des bureaux achetés par les Russes et les investisseurs des Emirats arabes, analyse-t-il. Avec de telles augmentations de loyers, les médecins et les avocats se regroupent entre eux pour acheter des locaux. Rue Marignan, dans l'immeuble où j'habite, il existe huit sociétés pour six logements. »