Paris: Jusqu'à 800 migrants campent près du centre d'accueil de la Chapelle

SOCIETE Après la destruction du camp de Grande-Synthe, des centaines de migrants s’installent dans le nord-est parisien…

20 Minutes avec AFP

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Près du camp de migrants légal, plusieurs centaines de personnes ont planté des tentes (Illustration) / AFP PHOTO / JOEL SAGET / AFP PHOTO / JOEL SAGET
Près du camp de migrants légal, plusieurs centaines de personnes ont planté des tentes (Illustration) / AFP PHOTO / JOEL SAGET / AFP PHOTO / JOEL SAGET — JOEL SAGET/AFP

Des Afghans et des Soudanais gravitent autour du centre d’accueil pour migrants du nord-est parisien. Ils sont plusieurs centaines de personnes à camper, dans un climat émaillé de tensions, auprès du centre devenu le principal dispositif de transit en France depuis l’incendie à Grande-Synthe (Nord), rapporte l’AFP. On comptait en début de semaine « entre 700 et 800 personnes » et leur nombre « augmente doucement depuis plusieurs semaines », selon la préfecture de région.

Sous un pont, au ras des gaz d’échappement

Si quelques Erythréens sont installés rue Pajol, dans le 18e arrondissement, la plupart des migrants ont élu domicile autour du « centre de premier accueil », dispositif innovant ouvert en novembre porte de la Chapelle, pour les orienter vers une procédure d’asile, avec une capacité de 400 places. Les plus visibles, boulevard Ney, sont les Soudanais, installés sur un étroit terre-plein gazonné, avec désormais une quarantaine de tentes. Une soixantaine d’autres sont plantées à l’entrée du périphérique, sous les voies de l’autoroute A1. Dans les interstices de l’échangeur routier, des Afghans dorment au ras des gaz d’échappement. Plus loin encore, des Erythréens dorment sous un pont.

La cohabitation peut s’avérer compliquée. Jeudi soir, une rixe entre Afghans et Soudanais a éclaté, faisant plusieurs blessés légers. Début mars déjà, une altercation avait éclaté à l’intérieur du centre, faisant deux blessés au couteau.

« Les Soudanais subissent depuis des mois. Jeudi, ils ont explosé », explique Yann Manzi de l’association Utopia 56 chargée de la médiation devant le centre, et qui ne veut plus gérer la file d’attente. En cause : l’accès à cette file, « tenue par les Afghans » selon plusieurs sources de terrain, au détriment des Soudanais que le découragement guette. « Cela fait trois mois que je dors ici », explique Faysal en montrant une couverture sur le sol. « Les Afghans nous battent », assure ce Soudanais de 23 ans, qui n’a « plus qu’une chose dans la tête, entrer ».

Des places réservées chaque semaine en centre

Maraudes, repérages… chez Emmaüs solidarités qui gère le centre, on assure avoir pris des mesures pour corriger la situation. « Le système d’attribution des places évolue pour être le plus équitable possible », assure Aurélie El Hassak-Marzorati, directrice ajointe de l’association, en soulignant qu’à l’intérieur, la proportion d’Afghans a déjà baissé à 50 %.

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La maire de Paris Anne Hidalgo, elle, met en cause un problème de « fluidité », lorsque le rythme hebdomadaire des départs vers des structures d’hébergement telles que les centres d’accueil et d’orientation (CAO) « a chuté à 150 ». L’Etat doit « assumer ses responsabilités », a-t-elle écrit au préfet de région, Michel Delpuech, et au préfet de police, Michel Cadot. « Nous avons d’ores et déjà pris des mesures » ont rétorqué les deux préfets dans un courrier commun, en soulignant que la présence policière avait augmenté. Pour la fluidité, « 300 places » de CAO sont réservées chaque semaine pour le seul centre parisien, ont-ils ajouté, et la semaine dernière « 290 personnes [ont] pu bénéficier d’une orientation ».

Motif de soulagement toutefois pour les autorités : « il n’y a pas eu d’explosion du nombre de personnes présentes » dans le sillage de la destruction du camp de Grande-Synthe la semaine dernière, assure-t-on à la préfecture de région. « Les migrants viennent surtout d’Allemagne », confirme un acteur de terrain.

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Le souvenir de la place Stalingrad reste vivace, avec l’évacuation géante de près de 4.000 personnes en novembre, dans la foulée du démantèlement de la « Jungle » calaisienne. La mise en place du centre d’accueil a empêché la réformation de tels campements : 4.500 personnes ont été orientées vers des CAO depuis l’ouverture. Aussi les autorités surveillent-elles la situation comme le lait sur le feu. Le campement a déjà été évacué le 9 mars et « on travaille au sujet d’une éventuelle opération » de mise à l’abri, assure-t-on à la préfecture.