Paris: Qui sont les jardiniers amateurs autorisés à planter des fleurs aux pieds des arbres?

ENVIRONNEMENT Environ 1.700 bénévoles ont passé un permis de végétaliser. Pour cela, ils ont répondu à un questionnaire soumis en ligne par la ville de Paris…  

Camille Anger

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Paris, le 14 avril 2017. Michel et Fatima, à l'œuvre dans le jardin de la rue Charenton.
Paris, le 14 avril 2017. Michel et Fatima, à l'œuvre dans le jardin de la rue Charenton. — C.ANGER

Ces Parisiens sont prêts à couper, tailler, biner, tuteurer toute l’année. Un permis de végétaliser leur donne le droit d’agir ainsi sur l’espace public, aux pieds d’arbres, dans des potelets, des jardinières mobiles et sur des murs de la capitale.

« C’était spontané »

Jacky Pacey se définit lui-même comme un « précurseur » de ceux qui rendent la ville plus verte. En 2006, il a été le premier à signer avec la ville de Paris « l’ancêtre du permis de végétaliser ». Cela s’appelait en ses termes « la charte de fleurissement au pied des arbres ». Ce fleuriste du 11e arrondissement a commencé à faire pousser des fleurs au pied de l’arbre planté devant son magasin au début des années 2000. Selon Christelle, une de ses employées, « il n’a pas toujours reçu de bons retours de la voirie au départ ». Le quinqua a été « menacé de verbalisation pour plantation illégale » dans la rue Faidherbe.

A présent, tout le long de cette rue, les fleurs plantées autour des pieds d’arbre font partie du paysage. Une quarantaine de commerçants de l’association du Village Faiherbe, les écoles et des habitants du quartier contribuent à cet embellissement, « pour des journées autour du jardinage ou du fleurissement ». « Cette démarche s’est institutionnalisée mais elle est née d’un élan spontané », poursuit Christelle. Une initiative soutenue également par l’association Saint-Bernard dans le cadre de « chantier de quartier » avec des adolescents. « Après l’achat d’osier à Rungis, les jeunes ont entouré les pieds des arbres entretenus par les commerçants », déclare le collectif Saint-Bernard.

« Un jardin urbain avec des racines sociales »

Fatima passe ses soirées au jardin. Elle habite en face d’un potager urbain, dans un immeuble de la rue Charenton dans le 12e arrondissement. Difficile de dire qu’elle prend une bouffée d’air pur. Pourtant au niveau symbolique, si. Sur un trottoir d’environ cinq mètres de large, le potager est bordé par une allée de voitures en stationnement. Fatima vient là décompresser après une journée de travail. « Faire le ménage, c’est dur », commente-t-elle en signifiant qu’elle préfère jardiner. Au Portugal, elle en a appris le b.a-ba.

Le jardin urbain de la rue Charenton (Illustration).
Le jardin urbain de la rue Charenton (Illustration). - Compte facebook du Conseil de quartier de la vallée de Fécamp

Michel Cerdan, un autre habitant du quartier, aimerait étendre ce jardin potager sur une dizaine de mètres supplémentaire encore. Il a besoin de l’aide de la mairie pour l’aménager et établir un autre bordurage, comme cela a pu se faire samedi pour le réaménagement de la place de la Nation.

Derrière l’exigence du travail manuel se glisse la difficulté d’acheminer de l’eau jusqu’au jardin. L’été dernier, Michel s’est retrouvé « à porter 150 litres d’eau à bout des bras sur 200 mètres ». Une solution est recherchée avec la mairie de Paris pour trouver un autre lieu que le cimetière où s’approvisionner en eau. « En plus, l’été, le jardin a besoin d’être arrosé et nous manquons de bénévoles avec les vacances », complète-t-il. Ils sont une petite dizaine à œuvrer sur « ce jardin potager "provençal", en rappel à son implantation, sur l’ancienne route de Marseille », rappelle Michel.

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En plus d’une fonction décorative, « les racines sociales du jardin urbain sont importantes », soutient le secrétaire du conseil de quartier. Une école élémentaire à proximité, rue Wattignies, a bien compris le rôle pédagogique de ce jardin. « Les enfants apportent le compost qu’ils fabriquent. Aux beaux jours, ils récoltent les pommes de terre. Leur enthousiasme fait plaisir à voir ! », commente Michel. « Des enfants autistes participent également à la plantation. Le travail manuel leur est bénéfique », ajoute-t-il.

Un large public gravite, donc, autour de ces espaces publics revisités. « Le permis de végétaliser répond à un véritable engouement des Parisiens pour jardiner leur ville. Cette envie de nouveaux liens sociaux et d’une amélioration du paysage en bas de son immeuble ne faiblit pas. Plus de 1.700 permis de végétaliser ont été distribués depuis l’été 2015 », déclare Pénélope Komitès, adjointe à la Maire de Paris, en charge des espaces verts. Une fois par an, ces jardiniers amateurs reçoivent des bulbes et graines à planter offerts par la mairie.