Torcy: Soupçonné de «prosélytisme», l'imam, également professeur de maths, suspendu de l'Education nationale

RADICALISATION L'imam de la mosquée de Torcy (Seine-et-Marne), fermée lundi par arrêté préfectoral, a été suspendue de l'Education nationale. Il exerçait depuis une trentaine d'années en tant que professeur de maths...

Caroline Politi
Torcy le 10 octobre 2012. La mosquée de Torcy en Seine-et-Marne, gérée par l'association Rahma, a été fermée sur décision administrative, le mardi 11 avril 2017.
Torcy le 10 octobre 2012. La mosquée de Torcy en Seine-et-Marne, gérée par l'association Rahma, a été fermée sur décision administrative, le mardi 11 avril 2017. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Il avait refusé un « temps d’échange » en classe après les attentats du 13 novembre et cherchait à s’imposer dans la « vie privée » de ses élèves de confession musulmane. L’imam de la mosquée de Torcy, qui travaillait comme professeur de mathématiques, a été suspendu ce mercredi de l’Education nationale, a indiqué le ministère, confirmant une information de RTL. Une décision qui intervient au lendemain de la fermeture par arrêté préfectoral de la mosquée Rahma, accusée de « légitimer le djihad » en « prônant un islam rigoriste ».

« Il s’agit d’une suspension à titre conservatoire compte-tenu de l’enquête en cours », indique le rectorat de Créteil. Selon l’arrêté préfectoral, le prosélytisme d’Abdellali Bouhnik dépassait les murs des préfabriqués qui servaient de mosquée à quelque 500 fidèles pour s’exercer « également au sein des établissements scolaires où il a enseigné ». Professeur depuis une trentaine d’années, il travaille depuis trois ans au lycée Jean Moulin à Torcy. Le professeur de mathématiques cherchait notamment à avoir une influence auprès de jeunes élèves de confession musulmane en tentant de « s’interposer comme leur interlocuteur exclusif et de s’immiscer dans leur vie privée », précise le préfet. Il avait également refusé à ses élèves de seconde un « temps d’échange » après les attentats.

Un lien avec la cellule Cannes-Torcy

En 2012, le nom de ce responsable religieux avait émergé lors de l’enquête sur la cellule terroriste « Cannes-Torcy », présentée par les services antiterroristes comme l’une des plus dangereuses opérant en France et dont le procès s’ouvre la semaine prochaine. Il est notamment cité dans le testament religieux de Jérémie Louis-Sidney, l’un des leaders de la cellule, tué par le GIPN à Strasbourg. Il le remerciait pour ses enseignements. Selon les juges d’instruction, Abdellali Bouhnik « critiquait régulièrement l’école de la République accusée d’être à l’origine de la "déchéance des musulmans". » Il n’a cependant pas été poursuivi dans ce dossier.

L’arrêté précise que « cette influence a été relevée par différents chefs d’établissements qui la lui ont reprochée ». Le rectorat assure, de son côté, ne pas avoir été informé d’éléments inquiétants. « S’il y avait eu des éléments avérés, il aurait été suspendu », assure-t-on. Quoi qu’il en soit, cette suspension ne peut légalement excéder quatre mois. Une commission disciplinaire devra étudier son dossier dans ce délai, au regard des avancées de l’enquête.

La mosquée fermée par arrêté préfectoral

La mosquée Rahma, à Torcy, en Seine-et-Marne, a fait l’objet lundi d’une fermeture administrative, dans le cadre de l’état d’urgence. Ce lieu « de référence influent de la mouvance salafiste, prônant un islam rigoriste, représente, par les propos qui y sont tenus et par son influence, une menace grave pour la sécurité et l’ordre public », a justifié le préfet de Seine-et-Marne. Il a également relevé que les imams faisaient « des prêches ouvertement hostiles aux institutions, aux lois républicaines, à la laïcité », les fidèles étaient « appelés à prier pour les djihadistes du monde entier ». Les Occidentaux, chiites et juifs « présentés comme des ennemis à combattre ».