Portillons anti-fraude dans les gares TGV: A Montparnasse, les usagers sont partagés

TRANSPORTS La SNCF va installer des « portes d’embarquement » dans 14 grandes gares TGV d’ici fin 2018 pour lutter contre la fraude... 

R.L.

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Des portiques d'embarquement en gare de Paris-Montparnasse.
Des portiques d'embarquement en gare de Paris-Montparnasse. — P.Kovarik/AFP

Lumières bleutées, portes battantes et rangée d’écrans. Ce mardi, à l’entrée des quais du TGV Atlantique, à la gare Montparnasse, des portillons automatiques et anti-fraude ont été activés sur les quais 6 et 7, après un an de test. Le point de départ d’un déploiement national. La SNCF va en effet installer ces « portes d’embarquement » dans 14 grandes gares TGV d’ici fin 2018.

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« On limite considérablement les incivilités dans les trains »

Ce dispositif « va monter en puissance progressivement », a déclaré à l’AFP Delphine Couzi, directrice des opérations et du service aux clients de Voyages SNCF, l’entité chargée de l’exploitation des TGV. Ces « portes d’embarquement » - à ne pas confondre avec les portiques du Thalys, équipés de scanners - seront normalement « bien rodées pour l’ouverture des lignes à grande vitesse vers le sud-ouest et la Bretagne », a précisé la responsable.

Le 2 juillet, tous les quais TGV de Montparnasse, mais aussi des gares de Nantes et Rennes, devraient donc être « opérationnels », a-t-elle ajouté. La généralisation de ces portillons vise un double objectif : permettre aux contrôleurs de « passer plus de temps avec les clients et moins de temps avec les fraudeurs », a résumé Delphine Couzi, rappelant que la fraude dans les TGV représente environ 100 millions d’euros par an. La SNCF affirme que les voyageurs y gagneront « en termes de tranquillité et de sérénité à bord » car « on limite considérablement les incivilités dans les trains quand on filtre la fraude à quai ». Les usagers, eux, sont divisés.

Des avis mitigés

« Je suis profondément anti-fraude donc je trouve ce dispositif très bien. Ça évite de se retrouver avec des gens à notre place et qui n’ont pas payé », s’insurge Danielle, 64 ans, à l’entrée du quai 7 de la gare Montparnasse. Non loin, Olivier, 53 ans, se dit « peu convaincu ».

« Les portiques ne sont pas nécessaires. Les contrôles dans les trains suffisent et restent efficaces. Le train doit rester facile d’accès. Ce serait dommage d’arriver au même système que dans les aéroports », note-t-il. « Cela ne sert à rien. C’est beaucoup de moyens mis en place pour pas grand-chose », constate Jean-Paul, 70 ans. Pour Philippe 77 ans, la fraude « existera toujours » et « c’est le problème le plus difficile à résoudre pour n’importe quelle entreprise », précisant qu’il est toutefois « important de pomper l'argent de la SNCF ». Des associations d’usagers ne sont de leur côté pas convaincues.

« Je ne pense pas que ce soit la façon la plus efficace »

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) est « assez réservée » sur ce nouveau dispositif, a indiqué son président, Bruno Gazeau, sur RTL. « C’est une façon de lutter contre la fraude, je ne pense pas que ce soit la plus efficace », a-t-il estimé, expliquant que « ça ne contrôle qu’en partie (les billets), puisque ça contrôle la validité du titre mais pas (celle) des cartes d’abonnement ».

« On veut que les gens prennent de plus en plus le train et on commence par mettre des barrières », a-t-il regretté, affirmant que « les gens vont devoir arriver plus tôt, au moins un quart d’heure ».

Le président de laFnaut redoute en particulier des difficultés d’accès « pour toutes les personnes qui veulent accompagner leur famille au train, qui ont des enfants, qui ont des bagages » et aussi pour « tous les handicapés (qui) vont devoir demander une assistance au personnel présent ».

L’Unsa-ferroviaire, deuxième syndicat à la SNCF, se montre aussi « plutôt sceptique ». « Forcément, ça va freiner les flux de voyageurs et cela ne remplacera pas les contrôles à bord des trains », a déclaré à l’AFP son représentant Roger Dillenseger.

« Pour que ça marche, il faut des personnels en amont et des contrôleurs en aval », estime Patrick Sapet, de la CFDT-Cheminots. Selon ce syndicat (quatrième à la SNCF), l’entreprise a garanti pour six mois la présence d’au moins un agent de sûreté et deux agents d’escale à chaque quai.