Manifestation de salariés Vélib’ à Paris: «Nous refusons d’être jetés comme des chiffons»

REPORTAGE Une centaine de salariés de Vélib' ont manifesté ce mardi, en présence d’élus, devant l’hôtel de ville pour le maintien de leur emploi. Smoove, futur acteur du marché, devrait rependre «une partie de l’effectif»…

Romain Lescurieux

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Les salariés de Vélib' devant l'hôtel de ville ce mardi
Les salariés de Vélib' devant l'hôtel de ville ce mardi — R.LESCURIEUX

Elle chevauche son Vélib’et se poste dos à la mairie de Paris. « Nous devons garder notre emploi », s’insurge Claudine, 50 ans, gilet jaune sur les épaules. « Nous sommes compétents. Ce travail, nous le faisons quotidiennement depuis dix ans. Cela ne peut pas se faire sans nous », ajoute celle qui répare et entretien les vélos et bornes de ce service, depuis deux ans.

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Comme elle, une centaine de salariés de Cyclocity, filiale de JCDecaux - détenteur du marché parisien du vélo en partage depuis sa mise en place en 2007 - se sont rassemblés à l’hôtel de ville ce mardi. Dans le même temps une délégation était reçue au siège du Syndicat Autolib' et Vélib' Métropole, quelques rues plus loin. Cet établissement public qui fédère la capitale et les 100 communes partenaires du dispositif, a récemment écarté de l’appel d’offres JCDecaux au profit du concurrent montpelliérain, Smoove.

« Peu importe la boîte, que l’on nous laisse faire notre travail », martèle Claudine. Leur but donc : Obtenir des garanties écrites sur le maintien de leur emploi dans ce marché qui entrera en vigueur en janvier 2018, pour 15 ans.

Claudine, 50 ans, assure l'entretien et la réparation des Vélib' depuis deux ans.
Claudine, 50 ans, assure l'entretien et la réparation des Vélib' depuis deux ans. - R.LESCURIEUX

« Nous demandons la reprise des 315 salariés »

Si le choix de cette PME doit encore être entériné le 12 avril prochain à l’issue d’une délibération, le personnel de Cyclocity se dit en effet inquiet pour son avenir. Dans un concert de klaxons de vélo, Bambo Cissokho, secrétaire du comité d’entreprise, est clair.

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« Nous refusons d’être jetés comme des chiffons. Nous demandons la reprise des 315 salariés par l’entreprise Smoove, et ce, aux mêmes conditions salariales et sociales : salaires similaires, maintien des primes trimestrielles, acquis sociaux… Nous nous sommes battus pendant dix ans pour obtenir cela et ce n’est pas pour revenir dessus », ajoute le porte-parole des 315 salariés auprès de 20 Minutes.

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« Plus de vélos avec moins de salariés, c’est impossible »

Selon les premiers éléments du dossier, Smoove prévoit de travailler avec 180 personnes pour 30.000 vélos à l’échelle du Grand Paris. « Alors qu’aujourd’hui nous sommes 315 employés pour gérer et réparer 18.000 deux roues. Plus de vélos avec moins de salariés, c’est impossible », rappelle-t-il.

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Dans ce contexte, des élus parisiens et le candidat à la présidentielle Philippe Poutou (NPA) sont venus apporter leur soutien aux « 315 ».

« Il est important de les soutenir »

« Malheureusement aujourd’hui, il existe plein de situations comme celle-ci. La précarité extrême est le quotidien de beaucoup de salariés (…) Il est important de les soutenir », a déclaré devant la presse Philippe Poutou ». « On ne tient pas compte du savoir-faire et de l’expérience des salariés qui sont pourtant la base de la réussite du système Vélib’», a quant à lui réagi Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe communistes-Front de Gauche au Conseil de Paris. Lundi, la formation politique a appelé les élus siégeant au Syndicat à ne pas voter le marché. Et ce, « tant que le maintien de l’emploi n’est pas garanti ».

Philippe Poutou (NPA) et des élus parisiens sont venus apporter leur soutien
Philippe Poutou (NPA) et des élus parisiens sont venus apporter leur soutien - R.LESCURIEUX

Présente également, Danielle Simonnet, conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de Gauche, a tenu à rappeler que les « 315 ne devaient pas se retrouver au chômage » tout en évoquant la « responsabilité » d’employeur de JCDecaux. « L’entreprise doit s’assurer que Smoove reprenne les salariés, ou bien assume de les reprendre ». Elle a également mis en cause la responsabilité de la Ville qui n’assure pas ce marché en « régie directe ». « Ce qui garantirait une continuité ».

Vers la reprise d’« une partie de l’effectif »

Finalement, quelques heures plus tard, le Syndicat a fait savoir à la délégation que le futur repreneur, « s’engageait à reprendre une partie de l’effectif ». « Nous allons pouvoir le faire », confirme-t-on au sein l’entreprise sans toutefois donner de chiffre. Enfin, le Syndicat s’est également engagé « à s’adresser à JCDecaux » pour que les autres salariés soient reclassés dans le groupe. Autant de réponses non-satisfaisantes pour le porte-parole des « 315 ».

Si le Syndicat et l’exécutif parisien ont informé qu’ils seraient « attentifs à ce qu’aucun salarié ne reste sur le carreau », Bambo Cissokho s’interroge sur les conditions d’un tel plan. « Le reclassement chez JCDecaux pour laver les abribus, c’est non. Et la reprise chez Smoove en perdant nos avantages, c’est non aussi », prévient-il. Les salariés seront reçus lundi prochain par Christophe Najdovski (l’adjoint aux transports de la mairie de Paris) et continuent d’espérer des garanties écrites d’ici 12 avril. En attendant, le mot d’ordre reste le même : « Aucune réparation de vélos » dans la capitale.