Agression d’un gardien de prison à Fresnes: «On est des souffre-douleur pour les détenus»

PRISON Un gardien de la prison de Fresnes a été tabassé par trois hommes qu’il a identifié comme des anciens détenus...

Caroline Politi
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Maison d'arrêt de Fresnes.
Maison d'arrêt de Fresnes. — SIPA

« Tu te souviens de nous ? » P., 36 ans, n’avait effectivement pas oublié leur visage. Dimanche en fin d’après-midi, ce surveillant pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) a été agressé devant chez lui par trois hommes qu’il a identifié comme étant d’anciens détenus. Outre les nombreux coups, notamment au niveau du visage, les trois hommes auraient, selon son récit, tenté de l’enlever en le forçant à monter dans le coffre d’une voiture. Sa résistance et l’aide d’un voisin lui ont permis de mettre les assaillants en fuite. Hospitalisée pendant 24 heures, la victime s’est vue prescrire 21 jours d’ITT. Il souffre notamment de nombreuses plaies au visage et a perdu plusieurs dents. « C’est triste à dire, mais nous ne sommes pas tellement surpris. C’est un scénario que nous craignions depuis longtemps », confie Stéphane Barraut, secrétaire général adjoint du syndicat Ufap-Unsa.

Menaces extérieures

Dans les coursives des maisons d’arrêt, la violence aussi bien physique que verbale n’est pas une problématique nouvelle. « Ça fait malheureusement partie du métier », résume Ahmed El Hoummass, secrétaire CGT à la prison de Fresnes. Les insultes et les menaces de morts sont quasiment quotidiennes. Et les mises en œuvre, ou en tout cas tentatives, ne sont pas si rares. La semaine dernière, un détenu de Bois d’Arcy (Yvelines) s’est ainsi jeté sur deux gardiens avec un bris de miroir. Il avait pris soin d’enduire son corps d’huile pour être plus difficilement maîtrisé. Moins d’un mois auparavant, un autre a tenté de poignarder trois gardiens dans sa cellule de Grasse. « On est leurs souffre-douleur parce qu’on représente l’autorité, poursuit le délégué syndical. A leurs yeux, on est responsable de ce qu’ils leur arrivent. »

Mais la menace n’est plus uniquement dans l’enceinte des prisons. Beaucoup craignent désormais pour leurs proches. « Certains détenus nous disent "je sais où tu habites, où travaille ta femme, dans quelle école vont tes enfants". Et ce ne sont pas que des paroles en l’air, ils le savent réellement », assure Stéphane Barraut. Théoriquement pourtant, les détenus ne sont pas censés connaître les noms des surveillants. « Ils mettent leurs proches à contribution, ils nous font suivre. Ensuite, ce n’est pas compliqué d’aller trouver notre nom sur la boîte aux lettres », poursuit Ahmed El Hoummass.

Enquête sur les réseaux sociaux

Certains mènent également leur enquête sur les réseaux sociaux. Si les gardiens font de plus en plus attention à verrouiller, lorsqu’ils en ont un, leurs profils Facebook, leurs enfants ne sont pas toujours aussi précautionneux. Dans certains cas, les menaces émanent directement des proches d’un détenu.

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Que veulent-ils ? Tout, et rien à la fois. Certains réclament que les gardiens ferment les yeux sur certaines pratiques, notamment sur l’usage du portable, la consommation de cannabis ou des comportements non réglementaires. Parfois, il s’agit simplement de se « venger » après une remontrance. « Ils ne veulent pas forcément réclamer quelque chose. On est plus face à un refus d’autorité », précise Stéphane Barraut. La plupart des détenus agressifs et violents sont des « petites frappes ». « Ceux issus du grand banditisme ne sont pas concernés. Ils sont beaucoup matures et respectueux », poursuit Ahmed El Hoummass.

Risque terroriste

L’inquiétude était déjà montée d’un cran en juin dernier chez les gardiens de prison. Larossi Abballa, le djihadiste qui a assassiné un couple de policiers chez eux, à Magnanville (Yvelines), a explicitement visé les agents dans son message de revendication. « Je vous appelle à privilégier les policiers, les surveillants pénitenciers (sic), les journalistes […] Ecoutez-moi et mettez bien ça en œuvre », déclarait-il dans une vidéo diffusée sur Facebook Live. Deux mois plus tard, un détenu radicalisé de la prison d’Osny (Val-d’Oise) blessait deux gardiens, dont un très grièvement, avec une arme fabriquée dans sa cellule, en l’occurrence un poinçon de 20 centimètres. La lame a miraculeusement évité les organes vitaux.

A la peur, se mêle la colère. Les gardiens se sentent désœuvrés. Le personnel est en sous-effectif alors même que la population carcérale ne cesse d’augmenter. Les recrutements ne permettent pas d’absorber le nombre toujours plus important de détenu. Impossible, par exemple, d’organiser des rondes à deux dans de nombreuses maisons d’arrêt. « On est de plus en plus exposé et on a de moins en moins de possibilité pour agir », déplore Stéphane Barraut.