Marché Vélib’: Les salariés de JCDecaux entre inquiétude et volonté de durcir le mouvement

SOCIAL S’ils n’obtiennent pas de garanties sur le maintien de leur emploi ce mardi, les salariés de Cyclocity, filiale de JC Decaux, pourraient éteindre les stations Vélib'…

Romain Lescurieux

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Une station de Vélib à Paris
Une station de Vélib à Paris — Jean-Philippe Ksiazek AFP

« Nous voulons continuer de travailler », s’exclame Bambo Cissokho, secrétaire du comité d’entreprise de Cyclocity, filiale de JCDecaux. L’entreprise, qui détient le marché parisien du vélo en partage - depuis sa mise en place en 2007 - a été écartée de l’appel d’offres par le syndicat Autolib' Vélib' Métropole au profit du concurrent, Smoove. Et en dépit des salariés qui gèrent actuellement l’entretien et la mise en service des vélos.

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Si le choix de cette PME de Montpellier doit encore être entériné le 12 avril prochain à l’issue d’une délibération, le personnel de Cyclocity se dit en effet inquiet pour son avenir, depuis la confirmation de l’information, vendredi.

« Nous ne réparons plus, nous ne régulons plus »

« Nous demandons la reprise des 315 salariés par l’entreprise Smoove, et ce, aux mêmes conditions salariales et sociales : salaires similaires, maintien des primes trimestrielles etc. Nous nous sommes battus pendant dix ans pour obtenir cela et ce n’est pas pour revenir dessus », poursuit auprès de 20 Minutes, Bambo Cissokho. Mais face à l’absence garantie sur le maintien de leur emploi, les salariés ont décidé de « durcir » le mouvement.

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« Pour le moment, nous avons fait tout ce que nous pouvions faire dans le calme et sans gêner les usagers », ajoute-t-il. Une centaine d’entre eux s’étaient par exemple rassemblées la semaine dernière devant l’Hôtel de Ville. « Désormais, nous ne réparons plus, nous ne régulons plus ». Ce mardi, ils prévoient de se rendre à la mairie du 13e arrondissement où ils remettront un courrier et une pétition signés par tous les salariés, à la présidente du syndicat Autolib' Vélib' Métropole (l’élue parisienne PS Marie-Pierre de la Gontrie). S’ils ne sont pas reçus, ils tenteront leur chance à la mairie de Paris, annoncent-ils.

Menace d’extinction

« Si nous n’obtenons rien cette semaine, on se lâche », prévient Bambo Cissokho. Ils pourraient notamment éteindre purement et simplement des stations. « C’est triste et dommage d’en arriver là mais ça montrera que nous sommes tous nécessaires à ce service et que nous avons une expertise et des compétences ».

« Apparement, Smoove prévoit de travailler avec 130 personnes pour 30.000 vélos à l’échelle du Grand Paris. Alors qu’aujourd’hui nous sommes 315 employés pour gérer et réparer 18.000 deux roues. Plus de vélos avec moins de salariés, c’est de toute façon, impossible », rappelle-t-il. De son côté, JCDecaux, assure qu’il « mettra tout en œuvre pour obtenir » la reprise.

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« Dumping social »

JCDecaux, estime que l’écart entre les deux offres « se fonde sur un dumping social, avec une proposition excluant la reprise de l’ensemble des personnels et reposant sur de nouvelles équipes inexpérimentées, moins nombreuses et à des conditions sociales et salariales dégradées ». Le groupe « demande que toutes les précisions sur le dimensionnement des équipes ainsi que leurs conditions sociales et salariales soient rendues publiques » et indique qu’il « examinera ces éléments avec la plus grande attention avant d’en tirer les conséquences juridiques qui s’imposent ».

JCDecaux affirme encore que « malgré (ses) demandes réitérées (…) tout au long de la procédure, il n’a pas été prévu de reprise de plein droit des équipes par le nouvel exploitant », et assure donc qu’il « mettra tout en œuvre pour l’obtenir ». Christophe Najdovski, adjoint EELV aux transports de la maire PS Anne Hidalgo, a assuré que l’exécutif parisien serait « vigilant sur l’avenir du personnel ». Des élus mettent davantage la pression.

Des élus montent au créneau

Les élus communistes parisiens ont appelé ce lundi le syndicat métropolitain Vélib' à rejeter l’offre de Smoove dans l’attribution du marché du vélo en partage qui doit entrer en vigueur en janvier 2018 pour 15 ans, accusant également la société de pratiquer du « dumping social » et de proposer un service « low-cost ».

« Si le syndicat métropolitain accorde, le 12 avril prochain, le marché Vélib' à la société Smoove, il ferait le choix du dumping social pour un service Vélib' low-cost », dénoncent les élus communistes dans un communiqué, appelant les élus siégeant au syndicat à voter « contre l’attribution du marché à Smoove s’il n’y a pas de garanties pour les salariés de Cyclocity ». « Il ne peut y avoir d’attribution sans garanties de reprise à salaires et conditions de travail équivalentes », ont-ils insisté.