Paris: Pas de problème de voisinage entre SDF, réfugiés et riverains du 16e près du bois de Boulogne

SOCIETE Après près de 150 jours d’ouverture, le centre d’hébergement pour personnes sans-abri et réfugiés accueille 200 personnes. Des résidents discrets…

Camille Anger

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Paris, le 19 mars 2017. Le Centre d'accueil pour réfugiés et sans abri, vu de l'avenue du Général Maunoury.
Paris, le 19 mars 2017. Le Centre d'accueil pour réfugiés et sans abri, vu de l'avenue du Général Maunoury. — C.ANGER

Un samedi du mois de mars, aux abords de la résidence destinée aux personnes sans domicile fixe et aux réfugiés du bois de Boulogne, « on dirait qu’il n’y a personne ». Agnès et Marie-Jeanne se demandent si les logements sont vraiment occupés. Le centre est arrivé à son 145e jour d’ouverture. Tous les jours, ces deux retraitées passent par là, aux abords de la Porte de Passy, pour promener leur cocker et leur labrador. « Depuis l’ouverture de ce centre, je dois dire, nous n’avons jamais été dérangées », avouent-elles.

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Invisibles et pourtant

« Par contre, je note de plus en plus de familles en train de mendier, au niveau des rues commerçantes, ça pullule ! » lâche Marie-Jeanne. Un fait dénoté par Natercia également, lors d’une pause au soleil, dans le Jardin du Ranelagh à deux pas du centre. Cette concierge de la rue de Passy a remarqué « depuis deux à trois mois, des familles beaucoup plus nombreuses à mendier dans [son] quartier, avec des valises. » Lorsqu’elle passe devant la résidence, le soir, elle aperçoit de la lumière, signe que la résidence est bien occupée. Car elle ne voit « jamais personne dans la journée ». Comme un leitmotiv, ce constat s’entend chez plusieurs passants. Amandine court souvent aux abords du centre pour retrouver le bois de Boulogne. « Je ne vois jamais d’immigrés », déclare-t-elle.

Au beau milieu de l’après-midi, un jeune sort de la résidence. Ali*, 19 ans, est arrivé deux mois plus tôt dans ce foyer. À la suite d’un échec en tant qu’apprenti, son assistante sociale l’a orienté vers ce centre. « Je me sens un peu à part ici. J’ai l’impression d’y croiser beaucoup de personnes âgées… », commente-t-il avant de pointer du doigt un homme au dos courbé, les cheveux gris, qui se dirige vers la résidence. S’il ne côtoie pas vraiment ses voisins de chambre, il n’a remarqué aucune tension perceptible avec les riverains comme celle à la création du centre. « La relation avec eux ? Rien à signaler ! ».

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A y regarder de plus près

Aldo* promène ses chiens, depuis 25 ans, aux abords de l’allée des Fortifications. « Je connais le bois par cœur. Ça ne me gêne pas, en fait, ces bâtiments. Avant son installation, je me posais des questions mais c’est tranquille », avance ce Portugais d’origine. Sa fille de 9 ans l’accompagne parfois jusque-là.

Selon Annie*, habitante de l’une des maisons juste en face de la résidence, du côté de l’avenue du Maréchal-Maunoury, « faire ses courses dans ce quartier du 16e, c’est juste inabordable ! Comment peuvent ces personnes aux revenus des plus modestes se débrouiller ici ? » Dans ce sens, elle juge l’emplacement mal choisi. « Cet ensemble en bois n’est pas des plus esthétiques… », estime cette quinquagénaire.

Paris, le 19 mars 2017. L'avenue Maunoury vue du centre d'accueil du Bois de Boulogne.
Paris, le 19 mars 2017. L'avenue Maunoury vue du centre d'accueil du Bois de Boulogne. - C.An

Du côté de l’association des riverains du bois de Boulogne, Lionel Lemaire, le président, abonde dans ce sens. « Les résidents se trouvent le nez sur le périphérique et loin d’un centre commercial où faire ses courses. » Lionel Lemaire avait créé cette association en 2001 qui regroupe 500 membres. « Nous n’avons rien contre les résidents en soi. Personne n’est venu se plaindre à leur sujet. Ce qui nous dérange, c’est la violation du bois de Boulogne qui sert de réserve foncière », soutient le président.

Le maire du 16e Claude Goasguen, contacté par 20 Minutes, s’est montré indisponible. Il avait demandé l’installation de caméras de vidéosurveillance à la préfecture, après trois départs de feu repérés dans la résidence. « Les riverains (du 16e arrondissement) ne sont pas du genre dynamiteurs de centres de SDF », avait-il déclaré au Parisien. Quant à la conseillère de Paris, Julie Boillot, chargée du quartier d’Auteuil nord, elle sourit à l’évocation de la relation entre les riverains et les résidents. « C’est un non-sujet », déclare-t-elle lors d’une réunion publique dans le 17e arrondissement de Paris, le 22 mars.

* Prénom d’emprunt