Un policier devant le 36, quai des Orfèvres à Paris, le 6 février 2015
Un policier devant le 36, quai des Orfèvres à Paris, le 6 février 2015 — Kenzo Tribouillard AFP

PROCES

Vol de cocaïne au «36»: L'ancien brigadier aux «Stups» Jonathan Guyot devant la justice

Jonathan Guyot, ancien brigadier de police comparaît à partir de ce mardi avec neuf autres personnes pour le vol de 52 kilos de cocaïne au 36, quai des Orfèvres...

C’est son comportement étrange qui a d’abord intrigué les fonctionnaires chargés de surveiller l’entrée du 36, quai des Orfèvres. Il était un peu plus de 23 h 30 ce 24 juillet 2014 lorsque  Jonathan Guyot présente sa carte de police avant de s’engouffrer dans les mythiques locaux de la PJ parisienne. Rien d’étonnant en théorie, l’homme est brigadier aux « Stups », le service qui lutte contre le trafic de drogue. Mais pourquoi a-t-il deux grands cabas vides avec lui ? Et surtout, comment se fait-il que quelques minutes plus tard, en ressortant, ces derniers soient pleins à craquer ?

Actuellement en détention, l’ancien policier comparaît à partir de mardi pourle vol de 52 kg de cocaïne – un peu plus de 48 kg si on retire l’emballage – dans la salle des scellés. « Après deux ans et demi à l’isolement total, il a hâte de pouvoir enfin s’expliquer même s’il est anxieux, notamment eu égard au contexte pas forcément favorable pour les policiers », confie son avocat Me Bertrand Burman. Neuf autres personnes seront à ses côtés sur le banc des prévenus, parmi lesquelles sa femme, son frère et quatre autres policiers, notamment pour recel et blanchiment.

Un sac de billets « lourd comme un pack d’eau »

Depuis son interpellation, moins de quinze jours plus tard, Jonathan Guyot, 36 ans, n’a cessé de nier les faits qui lui sont reprochés. Il a pourtant été formellement identifié par plusieurs de ses collègues sur les images de vidéosurveillance et le code du coffre-fort était enregistré sur son portable. Lui assure qu’il s’agit du numéro de téléphone d’un dentiste à New York dont il a eu besoin au cours d’un voyage. Quid de l’argent découvert lors des perquisitions ? 16 000 euros en petites coupures dans son sac à dos et un peu plus de 31 000 euros à son domicile parisien. L’immense majorité des billets portent des traces de cocaïne. Ses versions varient au fil des interrogatoires : il garde l’argent pour le compte d’un tiers, il économisait pour faire un cadeau de mariage à sa mère et à sa sœur, il s’agit de sommes servant à rémunérer les indics… Reste qu’il était propriétaire de cinq biens immobiliers.

Quelque 400 000 euros, selon les estimations des enquêteurs, ont également été entreposés chez deux amis d’enfance, Touati Mekhelfi, gardien de la paix au commissariat du 12e arrondissement de Paris, et Nicolas Joubert. « Dis à Touati de faire le ménage », aurait glissé Jonathan Guyot à sa compagne le jour de son interpellation. Nicolas Joubert a jeté, en pleine nuit, une partie du butin dans différentes poubelles à Paris. Un peu plus de 31 000 euros ont néanmoins été découverts chez lui, sous son évier. Le second a remis un sac contenant 200 000 euros au frère de Jonathan Guyot, Donovan. Un sac « lourd comme un pack d’eau de six bouteilles d’un litre et demi », se rappelle-t-il.

Le butin du lac

Ce dernier entreprend alors de jeter le butin dans un lac de Créteil. Problème : le sac – qui contient lui-même plusieurs sacs en plastique destinés à protéger les billets – ne coule pas. Il décide donc de retirer un des petits sacs – soit 50 000 euros – pour le cacher dans un buisson. Il y restera jusqu’à ce que son frère lui demande lors d’un parloir de remettre « l’argent du lac » à Yossef Ifergan, un ami de Christophe Rocancourt, « l’arnaqueur des stars ». Les deux hommes ont fait connaissance dans le quartier VIP de Fleury-Mérogis. Selon l’escroc-star, Jonathan Guyot l’aurait approché pour blanchir l’argent.

Rendez-vous est pris le 3 janvier 2015, à Montparnasse. Ensemble, Donovan Guyot et Yossef Ifergan se rendent à Créteil. Mais impossible de mettre la main sur le sac à dos immergé. Seuls les 50 000 euros cachés dans les buissons sont retrouvés. L’homme de main de Christophe Rocancourt retournera, seul, quelques jours plus tard sur les rives du lac dans l’espoir de retrouver l’argent. En vain. La brigade fluviale a découvert le sac au fond du lac.

Un trafic entamé en 2013 ?

Mais dans cette affaire, plusieurs inconnues demeurent. Les scellés ont-ils été détournés en une ou plusieurs fois ? La nuit précédant le vol, Jonathan Guyot, accompagné cette fois d’un complice arborant un casque de moto, s’était déjà introduit en pleine nuit au 36. « L’homme au casque » n’a pas pu être formellement identifié. Et où sont passés les 48 pains de cocaïne dérobés ? Le soir du vol, l’ex-brigadier a été en contact à 17 reprises avec un de ses indics Farid Kharraki, dit « Robert ». Leurs portables ont borné tard dans la nuit dans la même zone. Si l’homme a toujours nié avoir été en possession de la drogue du 36, il a en revanche affirmé que depuis 2013, Jonathan Guyot lui avait fourni une dizaine de fois plusieurs kilos de cannabis. Bilan de l’opération : 200 000 euros dont 50 000 pour le brigadier.

Mais l’homme est « spécialisé » dans le cannabis et non dans la cocaïne. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir demandé de l’aide à un de ses amis, Moussa Bouzembrak. Ce dealer pourrait avoir participé à l’écoulement de la drogue. Mais ce dernier est toujours en fuite. Un mandat d’arrêt a été lancé à son encontre.