Paris: «Le 10 Bis», «Aux Belles Poules»… Quand d’anciennes maisons closes reprennent vie

SOCIETE La célèbre maison close « Aux Belles Poules » va rouvrir ses portes fin avril. Transformée en une salle de réception, l’espace conserve toutefois l’esprit de l’époque…

Romain Lescurieux

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Caroline, 35 ans, a transformé les «Belles Poules» en une salle de réception
Caroline, 35 ans, a transformé les «Belles Poules» en une salle de réception — R.LESCURIEUX

« Je voulais mettre tenancière de bordel sur ma carte de visite. Finalement, j’ai opté pour gérante d’une salle d’événementielle », lâche Caroline. Sur fond de coups de perceuse, cette jeune femme de 35 ans, fait visiter l’espace de réception qu’elle ouvrira fin avril en lieu et place d’un endroit mythique : la maison close « Aux Belles Poules » nichée rue Blondel (2e arrondissement). Fermé en 1948 avec la loi Marthe Richard, l’espace tombé dans l’oubli a commencé à reprendre vie quand Caroline est tombée dessus par hasard.

« Respecter l’esprit de l’époque mais avec la climatisation »

Il a six ans, Caroline achète avec son père des locaux pour son entreprise d’informatique. Elle découvre alors la rue Blondel, son « ambiance », ses « traditionnelles » et surtout une arrière-salle ornée de miroirs et de fresques colorées datant de 1921 et vantant les mérites du sexe et de la frivolité. « Quand on a acheté on nous a indiqué que l’endroit était inscrit à l’inventaire supplémentaire des bâtiments de France. De par cette salle et une fresque dans le couloir », détaille-t-elle. Après plusieurs années à admirer l’endroit, la jeune femme décide d’exploiter le mythe et de s’y consacrer pleinement.

Une fresque des Belles Poules
Une fresque des Belles Poules - R.LESCURIEUX

« Après des mois de constitution de dossiers, nous avons finalement obtenu un permis de construire pour rénover cette pièce atypique qui n’a pas bougé », note-t-elle. Coût des travaux et de mises aux normes : 204.000 euros. « On veut vraiment respecter l’esprit de l’époque mais avec la climatisation et l’insonorisation », poursuit-elle. Les « filles » de la rue s’en réjouissent.

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« A l’époque, les gens savaient rigoler »

« Cet endroit, c’est l’histoire de la rue Blondel. C’est beau. On s’y imagine »,affirmait l’an dernier Brigitte, 57 ans, prostituée depuis des années dans la rue. Et douze mois après, l’engouement ne s’est pas terni dans cette artère de 2e arrondissement sublimée dans les chansons de Brassens et Booba.

Dany, le décolleté assorti à un parapluie bleu électrique parle de la réouverture des « Belles Poules », avec émotion. « C’est bien de faire revivre cet endroit mythique. Ça va faire revenir les gens dans le quartier », explique-t-elle, sans cacher une pointe de tristesse. « Mais cela met le bourdon quand même. Je n’ai pas connu cet endroit, mais les anciennes m’avaient expliqué. A l’époque, les gens savaient rigoler. Bref, j’irai y faire un tour en civil », s’exclame-t-elle.

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Cette salle de 70 m², pouvant accueillir jusqu’à 60 personnes sera donc disponible à la location et pour différents événements comme des anniversaires, des soirées d’entreprise, des déjeuners conférences ou encore des dîners spectacle avec des shows burlesques. Les prix : 1.500 euros la soirée et 2.000 le week-end. Et elle est loin d’être la seule dans la capitale à opérer la transformation de « maisons closes », de « bordels », de « lupanars » ou encore de « claques ».

L’antre de Katia la Rouquine transformé en un quatre étoiles

En janvier 2015, quand Karim Massoud cherche les murs de son futur hôtel et qu’il découvre le passé sulfureux du « 10 Bis », cette ancienne maison close du 17e arrondissement, c’est le déclic : « J’ai visité un vendredi soir, j’ai signé le lendemain matin à 10 h. Je savais que je tenais là un morceau de notre patrimoine parisien », note-t-il. « La piste de danse, le bar, une chambre remplie d’habits… C’était incroyable », s’exclame Karim Massoud.

L’endroit appartenait jusqu’en 2014 à la célèbre tenancière Katia la Rouquine au passé sulfureux, qui avait, elle, transformé sa maison close en club échangiste pour ne pas avoir à fermer. Et ce, jusqu’à son hospitalisation entraînant la vente de l’endroit.

Le « cabinet des curiosités » du « 10 Bis » dans le 17e arrondissement
Le « cabinet des curiosités » du « 10 Bis » dans le 17e arrondissement - R.LESCURIEUX

Après avoir dépensé 9 millions d’euros (achat et travaux compris), Karim Massoud propose désormais dans son établissement quatre étoiles 23 chambres – de 16 à 30 m² – pour un prix moyen de 200 euros la nuit. L’esprit de l’époque lui reste éparpillé façon puzzle dans certains recoins. Comme la statue de ce chien et ce panneau « complet » qui se retrouvent en 2017 à l’accueil, dans un « cabinet des curiosités ».