Violences policières: «Ils m’ont demandé de dire que je m’étais cogné contre le volant»

INFO «20 MINUTES» Kerim A., 19 ans, affirme avoir été victime de violences policières lors d'une interpellation à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Il a porté plainte auprès de l'IGPN...

Caroline Politi

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Kerim affirme avoir été victime de violences policières dimanche soir.
Kerim affirme avoir été victime de violences policières dimanche soir. — Kerim A.- Collection personnelle

Il a encore le visage tuméfié. Des croûtes sur le front et au coin de l’œil, un bel hématome au niveau de la tempe, le nez et la mâchoire particulièrement enflés. « Je n’ai rien pu manger de solide depuis dimanche, je n’arrive pas à ouvrir la bouche. Même quand je souris ça me fait mal ». De toute façon, Kerim A., tout juste 19 ans, n’a pas vraiment le cœur à rire ces derniers jours. Ces blessures, affirme-t-il, sont la conséquence d’une interpellation particulièrement violente. Il a porté plainte auprès de la police des polices (IGPN), plainte que 20 Minutes a pu consulter.

« J’ai mis les mains sur la tête »

Il est un peu plus de minuit, dimanche 19 février, lorsque le jeune homme est interpellé sur la route entre Villetaneuse et Pierrefitte, en Seine-Saint-Denis. Ce soir-là, Kerim, étudiant en CAP cordonnerie, est au volant de la voiture qu’il vient d’acheter. Problème, et non des moindres : il n’a pas encore son permis. Est-ce parce qu’il n’a pas les réflexes d’un conducteur aguerri que la police le repère ? Impossible à dire, le commissariat d’Epinay-sur-Seine n’a pas donné suite à nos demandes et l’IGPN ne communique pas sur une plainte en cours. Toujours est-il qu’une voiture de police le somme de s’arrêter. Ce que Kerim rechigne à faire dans un premier temps.

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« J’ai eu peur, j’étais dans l’illégalité, reconnaît le jeune homme au casier judiciaire vierge. Pendant quatre ou cinq minutes, j’ai continué à rouler. Et puis, j’ai compris que j’aggravais mon cas donc je me suis rangé sur le bas-côté et j’ai mis les mains sur la tête. » Le passager, un ami mineur, fait de même. L’interpellation est donc légitime et les fonctionnaires probablement sur la défensive.

Coups et menaces

Puis, tout est allé très vite. Les policiers, explique-t-il d’une voix tremblante, ont d’abord brisé les deux vitres avant du véhicule « alors que les portes étaient déverrouillées ». L’un d’eux lui aurait ensuite asséné un coup de « crosse » au niveau du visage avant de le mettre à terre. « Ils m’ont donné des coups de pied au niveau de la tête. » Combien étaient-ils ? A quelle unité appartenaient-ils ? Le jeune homme ne s’en souvient plus.

Aux coups, se seraient ajoutées les insultes. « Ta gueule », « Fils de pute ». Et les blagues matinées de menaces. « Ils se moquaient de moi, me disaient que j’allais me prendre un coup de matraque. Comme Théo… », se remémore-t-il, encore très affecté. De l’autre côté de la voiture, le passager assiste impuissant à la scène. Lui aussi a été menotté et mis à terre mais sans être brutalisé. « Mon client est poursuivi pour “conduite sans permis” et “refus d’obtempérer” pas pour “rébellion”, rappelle l’avocat de Kerim, Me Selcuk Demir. Il a fait une grosse bêtise en ne respectant pas la sommation mais ensuite il s’est repris et a coopéré. »

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Sur le chemin du commissariat, les fonctionnaires lui auraient indiqué à deux reprises la version des faits officielle qu’il devait livrer. « Tu n’avais pas ta ceinture et tu t’es cogné contre le volant en freinant brusquement. » Mais le jeune homme refuse de s’y tenir et préfère donner sa vérité. Il confie que la médiatisation de l’affaire Théo l’a convaincu de parler. « Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu de souci avec la police, même les contrôles, ça prenait deux minutes et c’était fini. Quand je voyais l’affaire Adama ou celle de Théo, je me disais que ça ne pouvait pas m’arriver. »

Nez cassé et mâchoire déplacée

Dès la sortie de sa garde à vue, le lundi en fin d’après-midi, ses amis et sa famille le poussent à aller porter plainte. Il se rend donc dans le commissariat le plus proche… celui d’Epinay-sur-Seine. Là même où il vient d’effectuer sa garde à vue. « Les policiers m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas enregistrer ma plainte, qu’il était trop tard. » Le jeune homme, entouré d’amis, insiste. Finalement, un agent lui donne l’adresse de l’IGPN.

Dès le lendemain matin, il se rend sur place pour déposer plainte et consulte dans la foulée le médecin référent : outre des hématomes, Kerim a le nez cassé et la mâchoire déplacée. Six jours d’ITT lui ont été prescrits. Ce vendredi, le parquet de Bobigny n’avait pas encore été avisé de l’affaire.